Claudette Baptiste: à l’école de la compassion

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La vice-présidente de Solidarité Rodrigues a une vie pleine comme un oeuf. Entre l’enseignement, la gestion de ses deux écoles et sa famille, elle trouve tout de même le temps de se rendre à l’hôpital chaque dimanche pour réconforter les malades esseulés.

Cette quinquagénaire aux yeux rieurs, originaire de Crève-Cœur à Rodrigues, attribue sa capacité à tout mener de front à la bénédiction donnée par sa grand-mère maternelle dont elle a pris soin lorsqu’elle avait 11 ans. «Ma grand-mère est restée alitée deux ans. Chaque jour, avant d’aller à l’école, je lui donnais son bain et faisais sa toilette intime pour qu’elle soit propre. Et à cette époque, il n’y avait pas de couches pour adultes. Vous imaginez ce que c’était. Ler mo réflési ek mo dimann moi kouma monn ariv okip bann baba ek aport rékonfor dimounn ki malad ek tousel, mo pansé ki sé bénédiksyon dé mo granmer sa.»

Cela fait deux ans que Claudette Baptiste a rejoint le service des visites bénévoles hospitalières de Solidarité Rodrigues, mis en place par Bernada Jaffar et qui comprend aussi Jacqueline Perrine et Josiane Prosper. Quatre personnes pour un tel service, c’est peu. «Oui mais ce sont des personnes qui se connaissent et quoi que les malades leur confient, ça reste confidentiel», explique-t-elle.

Cela fait 27 ans que Claudette Baptiste vit à Maurice. Et c’est par hasard qu’elle s’est intéressée à la puériculture. Sa soeur Mora, avait une école maternelle à Roseau, Rodrigues. Sauf qu’ayant postulé pour intégrer la fonction publique, Mora s’est vu offrir un emploi dans le laboratoire de l’hôpital Queen Elisabeth. Elle a alors confié son école à sa soeur Claudette.

C’est pour qu’elle se perfectionne en puériculture que les parents de Claudette Baptiste l’envoient à Maurice. Elle agit d’abord comme gouvernante chez une famille fortunée de Curepipe avant de s’installer chez son frère à Roche-Bois et de prendre un emploi d’aide-maîtresse dans une école maternelle. Sentant que les directeurs ne sont pas prêts à la laisser suivre des cours de perfectionnement, elle démissionne et finit par frapper à la porte de l’école Bethléem. «Je dois énormément à Sylvette Paris, la directrice de Bethléem, qui m’a encouragée et m’a appris les techniques.»

De son côté, Claudette Baptiste, qui veut se professionnaliser, prend avantage, au fil du temps, de toutes les formations disponibles – cours de puériculture chez Bethléem, formations de la Pre-primary Unit, de l’Organisation mondiale pour l’éducation préscolaire, de Playgroup, Teacher’s Certificate auprès du Mauritius Institute of Education, cours en Early Childhood Development. Une fois qu’elle se sent prête, elle loue une petite maison à Rouillard Lane, Baie-du-Tombeau qu’elle transforme en maternelle baptisée Les petits malins.

Elle commence avec six enfants. C’était il y a 21 ans. Depuis, le nombre d’élèves a augmenté. Elle a changé de local, tout en restant à Rouillard Lane mais optant pour un emplacement plus grand. Elle s’est dans la foulée acheté un appartement de la National Housing Development Company à Baie-du-Tombeau qu’elle a aussi aménagé en maternelle.

«Mo pa pou bess lébra»

Et comme il y avait des demandes pour des services de garderie et de crèche, elle a élargi son offre. Aujourd’hui, Les petits malins comprennent une centaine d’enfants de trois mois à 11 ans, venant de Trou-aux-Biches, Pailles, Riche-Terre, Baie-du-Tombeau, Roche-Bois et des alentours. Elle a six employés. Outre l’enseignement, Claudette Baptiste s’occupe aussi de l’administration et de la gestion de ces établissements. Les premiers enfants qu’elle a encadrés sont aujourd’hui des adultes et parents d’enfants qui lui ont été confiés.

Du lundi au samedi, ses journées sont remplies. Son seul jour de repos est le dimanche, mais c’est justement ce jour qu’elle a choisi pour visiter de manière bénévole des malades rodriguais qui sont envoyés à Maurice pour subir une intervention chirurgicale et qui se retrouvent seuls aux heures de visite. «Tout a commencé il y a deux ans lorsque j’ai rendu visite à un proche hospitalisé à l’hôpital Victoria. À l’heure des visites, j’ai réalisé qu’il y avait dans la salle une Rodriguaise venue à Maurice se faire soigner. Elle n’avait même pas de parents ici qui auraient pu lui rendre visite, prendre ses vêtements sales pour les laver et les ramener propres. Cette situation m’a beaucoup touchée. C’est là que je me suis dit : ‘les mo donn zot mo dimans’.»

Chaque dimanche, après la messe, Claudette Baptiste prépare le déjeuner pour son compagnon et, à 12 h 30, celui-ci la dépose sur l’arrêt d’autobus, afin qu’elle se rende dans l’un des hôpitaux de l’île. «Cela ne change rien au fait que la personne soit Rodriguaise ou pas. Si à l’heure des visites, je vois qu’un malade est seul, je l’approcherai pour lui faire un brin de causette. Mo pou dimann so nouvel, dimann li si so fami vinn get li. Mo pou met li à lez mé mo pa pou poz tro kestion pou li pa mal à lez.» Elle reste avec les malades esseulés, hommes ou femmes, jusqu’à 14 h 30.

Ce qu’elle en retire, c’est la satisfaction de leur avoir apporté un peu de réconfort. «Monn rann kikenn héré pou enn ti moman, monn met enn la zwa dan so leker. E ler ou tann bénédiksion ki ou résévwar la, kan dir ou : ‘Mersi mo tifi, Bondié béni ou’, li asé pou mwa.» Dimanche dernier, c’était à l’hôpital SSRN de Pamplemousses qu’elle a effectué des visites. La semaine d’avant, c’était à l’hôpital Victoria, à Candos. Aujourd’hui, vous risquez de la voir débouler à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, à Port-Louis.

Comment sa famille vit-elle son engagement ? Au début, dit-elle, son fils de 28 ans, marié et père de famille, ne comprenait pas qu’elle consacre son unique jour de congé aux autres. «Il me disait : Ma, met enn ler fini. Kifer tou dimounn éna enn ler fini, twa non ? To gagn zis dimans pou to repozé ek la osi to pa fer li. Je sais que c’est parti d’un bon sentiment mais je tiens à ces visites. Je me repose lorsque je rentre à la maison dans l’après-midi.»

Il est arrivé qu’un ou deux dimanches, Claudette Baptiste ait été retenue par des activités liées à ses écoles. Ces jourslà, précise-t-elle, «pa ti bann dimans pou mwa.» Elle ne compte pas s’arrêter de sitôt. «Tant que je serai capable de le faire, je le ferai. Mo pa pou bess lébra de sito», dit-elle, estimant que ce service est insuffisant. «Si j’avais les moyens, j’aurais pris leurs vêtements pour les faire laver et repasser et j’aurais même fait préparer un repas pour eux parski Rodriguais pas manz manzé lopital. J’aurais vraiment envie d’étendre ce service. Mais sans moyen, je ne peux faire que ce qui est possible…»

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