Agriculture biologique: la terre, leur racine

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Patricia Anne et son fils Patrice sont dans leur champ dès 6 heures chaque matin.

Patricia Anne et son fils Patrice sont dans leur champ dès 6 heures chaque matin.

C’est pour mettre du beurre dans les épinards que Patricia Anne et son fils Patrice se sont lancés dans la culture biologique à Dubreuil. Ils ont pris goût à ce retour à la Nature au point d’en avoir fait un style de vie.

La sécurité alimentaire pour la famille, une activité offrant la possibilité de faire des exercices physiques, garants d’une bonne santé, et surtout un moyen de se connecter à la nature et aux éléments. Ce sont là les bénéfices obtenus par Patricia Anne et son fils aîné Patrice, depuis qu’ils se sont mis à l’agriculture biologique il y a de cela trois ans. Ils poursuivent leurs activités sur un terrain d’un demi-arpent cédé par Entreprendre au féminin océan Indien (EFOI) à Dubreuil.

Au départ, pour Patricia Anne, mère de trois enfants et dont le mari est chauffeur d’un particulier, il s’agit avant tout de faire bouillir la marmite. Cette quinquagénaire, habile au maniement de l’aiguille, a travaillé à l’usine, tout en prenant des commandes de couture à domicile. Puis elle a pris un emploi de télé-agent dans un centre d’appels. Mais c’était insuffisant.

Elle rejoint une coopérative qui l’incite à placer ses travaux de couture quatre fois par mois dans des foires et c’est du reste ce qu’elle fait toujours. «Ma mère coud tous les jours jusqu’à deux heures du matin», confie son fils Patrice, 29 ans. Leur situation financière se complique à la mort de leur mari et père voilà deux ans.

C’est en assistant à une causerie sur le développement de la femme, organisée par EFOI, organisation présidée par Ginette Anaudin, que Patricia Anne réalise qu’EFOI offre aux femmes la possibilité d’obtenir gratuitement un terrain pour cultiver la terre.

Après avoir visité ledit terrain d’un demi-arpent, à Dubreuil, Patricia en parle à ses enfants. Et bien que Patrice soit dans l’installation de portails électriques et de systèmes d’alarme, que Yannick, son cadet, soit carrossier, et que sa benjamine Anaïs, fasse de l’artisanat à la maison, ils se prononcent tous en faveur du projet et promettent de l’aider.

C’est au Food and Agricultural Research Institute que Patricia suit un cours de biofarming. Son aîné lui emboîte le pas mais suit aussi tous les autres cours proposés par le FAREI, y compris celui consacré à l’élevage. C’est en 2014 qu’ils mettent en terre les premières semences d’endives, de piments, de carottes, de laitues, de concombres, de courgettes et de haricots. Ils n’utilisent que du fumier de volaille et de cheval qu’ils récupèrent respectivement auprès de petits élevages et du Club Hippique, de même que du compost qu’ils fabriquent chez eux.

Ils font la part belle au haricot qui occupe la moitié de leur terrain. Tous les matins, ils sont réveillés à 5 heures et dès 6 heures, ils sont dans leur champ à arroser leurs plantes avec de l’eau récupérée dans des tonneaux. Les Anne sentent qu’ils sont sur la bonne voie lorsqu’ils comparent leur laitue à celle du supermarché.

«Notre laitue tenait cinq jours alors que celle du supermarché commen- çait à flétrir et noircir au bout d’un jour.»

Nou krwar sé parski éna tro pestisid dan légim. Dimounn lontan inn viv ziska 100 an. Sé sa kinn fer nou tourn ver bio.

À un mois de leur première récolte, tous les plants de haricots disparaissent : les lièvres sont passés par là. Ils essuient des pertes. «Nou ti dékourazé. Nounn répran kouraz ler nou kalkilé ki avek bann manzé ki pé gagné zordi, dimounn pé mor brit. Nou krwar se parski éna tro pestisid dan légim. Dimounn lontan inn viv ziska 100 an. Sé sa kinn fer nou tourn ver bio, go back to the roots», confie Patrice Anne.

L’année suivante, ils délimitent leur terrain par une haie de bambous et l’entourent de filets retenus par des poteaux avant de mettre en terre des semences de légumes fins et de giraumon. Au final, ils sont comblés par leur récolte qu’ils écoulent sur des petits marchés et auprès de proches et de voisins. Voilà qui leur permet d’effacer les pertes de l’année précédente. «Sé la fwa ki pé fer nou bouzé. Ler ou là, ou kontan get la natir. Ou an kontak ar Bondié parski ou réalizé ki ou bizin divan, soley ek lapli pou légim pousé. Sé enn zafer mistik ki fer zot pousé ek nou péna kontrol lor là.» Sans compter que pour Patricia, cette activité au grand air lui tient lieu d’exercices physiques.

Actuellement, les Anne préparent leur champ pour la polyculture. «Enn plante ki nou pou mété pou ed lot plant et empes insekt vini. Nou pé pansé met maïs ek ariko par egzamp. Nou pe trasé pou donn later là seki li anvi pou li donn nou osi an rétour», explique Patrice, qui fait pousser de l’herbe à élé- phant et de l’herbe du Guatemala pour l’élevage de cabris et de poules. «Nou anvi transform landrwan an enn laferm kouma nou imaziné ki Jardin d’Eden ti été. Nou lé montré osi bann dimounn ki ler ou travay dans sistem an plas, ou vinn kouma enn ti robo. Par kont, ler kapav travay later, ou épanwi ek sé enn lot fason nouri ou fami.»

Patricia se dit attristée que des jeunes cherchent et ne trouvent pas d’emploi «alor ki dan travay later éna boukou pou ganyé. Pa forséman an term maté- ryel mé an term lénerzi spiritiel parski ou lipié res lor later ek ou latet lor ou zépol. É apré, kiltiv later réuni bann fami. San konté ki ou sir séki ou pé manzé dan ou lasiet. Éna dimounn ki pé atann plis ki sink an ar gouvernman pou gagn terin. Léta bisin réguet so politik. Fer biofarming sé osi enn mwayin pou kombat povté… »

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