[Vidéo] Pourquoi Pravind Jugnauth prend prudemment position contre Sesungkur

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Pravind Jugnauth a commenté  l’affaire Alvaro Sobrinho, ce samedi . 

Pravind Jugnauth a commenté  l’affaire Alvaro Sobrinho, ce samedi . 

Sudhir Sesungkur (MSM) accuse la FSC de légèreté, alors qu’Anil Gayan (ML) défend le régulateur. Sur les bancs de l’opposition Roshi Bhadain (RP) défend la Présidence (fauteuil occupé par une femme choisie par le ML d’Ivan Collendavelloo, un de ses pires adversaires), Xavier-Luc Duval (PMSD) est satisfait des explications de l’ex-ministre des Services financiers, tandis que le MMM a fait feu de tout bois sur ce sujet lors d’une conférence de presse. Dans cet imbroglio où les camps politiques ne semblent plus exister, chacun cherche à éviter de se brûler les ailes sur ce terrain extrêmement glissant. Mais c’est l’extrême prudence de Pravind Jugnauth qui a marqué ce samedi éminemment politique. C’est dire la complexité politique de l’affaire Alvaro Sobrinho. Voici dans quelle situation se retrouvent tous les acteurs. Un peu de hauteur et on y voit plus clair.

Pravind Jugnauth, Premier ministre et leader du MSM


 

« Montrez-moi comment Planet Earth n’est pas une organisation sérieuse (...) Tout ce qu’il y a ce ne sont que des allégations » a répondu Pravind Jugnauth ce samedi en commentant l’affaire Alvaro Sobrinho. Même s’il ne donne pas de détails, c’est suffisant pour contredire Sudhir Sesungkur qui, jeudi, dans l’express parlait de légèreté de la Financial Services Commission (FSC). S’il feint l’exaspération pour éviter - avec succès - la question « Roshi Bhadain a demandé la révocation de Sudhir Sesungkur en formulant de graves allégations contre lui », Pravind Jugnauth a dû concéder quelques secondes plus tard, à la fin de  cette même déclaration ,qu’il « faudra agir si les maldonnes (contre Sesungkur) s’avèrent ». En se positionnant contre Sudhir Sesungkur, Pravind Jugnauth choisit aussi de soutenir le ML d’Ivan Collendavelloo.

Mais Pravind Jugnauth n’aurait  pu adopter une autre position. S’il avait marché dans les pas de Sudhir Sesungkur et accusé la FSC d’avoir fait preuve de légèreté et d’avoir comploté avec Roshi Bhadain, non seulement il allait prendre Anil Gayan à contre-pied, mais il allait aussi accuser son secrétaire financier, Dev Manraj, qui est le chairman de la FSC. Par-dessus tout, il se serait également personnellement exposé à des critiques pour avoir enlevé le rôle de régulateur d’Investment Banking à la BOM pour le remettre à la FSC, comme si c’était une préméditation. Une telle position aurait aussi et surtout fragilisé la Présidente de La République parce que cela voudrait dire qu’Ameenah Gurib Fakim a bel et bien usé de son influence pour faciliter l’octroi des licences de la FSC.

Pravind Jugnauth a choisi son camp.

Ivan Collendavelloo, ministre de l’Energie et Leader du ML


 

Il n’a pas dit un mot jusqu’ici. Il faut donc se fier à ce qu’a dit Anil Gayan, le numéro deux du parti : « La FSC a bien fait son travail ». Au ML donc, on n’hésite donc pas à contredire l’actuel ministre de la Bonne Gouvernance quitte à soutenir la position de l’ancien même si celui-ci s’appelle Roshi Bhadain avec qui Ivan Collendavelloo a déjà croisé le fer en se lançant des qualificatifs comme chihuahua et rottweiler.

De toute façon Ameenah Gurib-Fakim, c’est le choix du ML. Mais y a-t-il autre chose qui pousserait le ML à défendre le duo Fakim-Sobrinho ? Les mauvaises langues qui ont été très loquaces jusqu’ici peuvent-elles prouver ce qu’elles avancent ?

Roshi Bhadain, ex- ministre des Services financiers et leader du Reform Party


 

C’est l’homme à abattre. Il vient de faire éclater l’affaire des biscuits, et jure avoir plein de dossiers contre ce qu’il appelle le « gouvernma la kwizinn » dans le « cyber espace ». Sudhir Sesunkur insinue que c’est lui qui a livré les licences d’Alvaro Sobrinho. Bhadain dit avoir vu Alvaro Sobrinho une fois à un événement organisé par la Présidence, alors qu’il était ministre des Services financiers, mais dément l’avoir favorisé de quelconque manière et plaide en faveur d’une FSC indépendante. « C’est peut-être quelqu’un qui blanchit de l’argent, c’est peut-être un type honnête qui se fait attaquer par les médias, cela ne me concerne pas. Ni moi, ni mon conseiller Akilesh Deerpalsing ne nous ingérons dans le Licensing Committee de la FSC ».

Si jusqu’à hier, son principal atout c’est le communiqué de la FSC émis, cette semaine, dans lequel le régulateur dit avoir procédé à toutes les vérifications, Ce samedi soir, Roshi Bhadain doit esquisser un autre sourire : devant un tel boulevard, Pravind Jugnauth ne l’a pas accusé et a, par-dessus le marché, laissé échapper l’idée de donner suite aux révélations de Roshi Bhadain sur le détournement allégué de fonds par l’actuel ministre de la Bonne gouvernance.

Mais Roshi Bhadain n’est pas encore sorti d’affaire et sa naïveté peut lui jouer des tours : vendredi, il a couvert SAJ d’éloges en disant que « sous SAJ, pas ti pou éna sa bann malpropretés là » en se référant à ses allégations sur Sudhir Sesungkur. Mais il a tendance à oublier que ce même SAJ a dit de lui « Si mo gayn enn dossier kont li, mo koulout li ». Est-ce ce dossier là que SAJ cherchait ? 

Cela dit, pour l’heure, la plus grande menace pour Roshi Bhadain viendra de Paul Bérenger. Le leader du MMM qui ne l’a jamais vraiment porté dans son cœur et, qui dans l’affaire Alvaro Sobrinho est en position de force, a donné le ton aujourd’hui en accusant tout le monde sur son passage : Pravind Jugnauth, Dev Manraj, Roshi Bhadain, Ameenah Gurib-Fakim, Ivan Collendavelloo

Paul Bérenger, ex leader de l’opposition et leader du MMM

Il est dans une position idéale au point où il est « soupçonné » d’être celui qui a fait fuiter cette info, le week-end dernier. Aujourd’hui à sa conférence de presse, il a fait feu de tout bois. L’occasion était trop belle.


 

Certes, il s’attarde particulièrement sur les rôles de Pravind Jugnauth et Dev Manraj en affirmant que ce sont « les premiers responsables ».  Certes, il prend la peine de dire qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos de Roshi Bhadain. Mais le leader du MMM martèle : « Pas question de détourner l’attention. Bhadain, Sesungkur, Collendavelloo et la Présidente sont aussi responsables ». Paul Bérenger est dans une position qu’il affectionne : « Attaquer! Attaquer à tout-va et on finira bien par marquer. »

Aujourd’hui Paul Bérenger  parle de « crime ».

Sudhir Sesungkur, ministre des Services Financiers et membre du MSM


 

Ses accusations contre Roshi Bhadain et Akilesh Deerpalsing, cette semaine, lui ont valu l’artillerie lourde du Reform Party qui est allé jusqu’à l’accuser d’avoir détourné Rs 6 millions au détriment d’une compagnie d’audit !

Sudhir Sesungkur a clairement insinué qu’Akilesh Deerpalsing, proche de Roshi Bhadain et ex- consultant à la FSC, a été celui qui a fait des faveurs à Sobrinho. En considérant que le point de départ de toute cette histoire c’est cette relation entre Ameenah Gurib Fakim et Alvaro Sobrinho, Sudhir Sesungkur avec une telle prise de position insinue que l’Angolais a bel et bien bénéficié des faveurs de la Présidente.

Sauf que la FSC et Anil Gayan l’ont démenti. Et l’express a révélé qu’il a une vieille dent contre la FSC.

Le plus grave pour le ministre de la Bonne gouvernance c’est que son leader a pris position contre lui. (i) Pravind Jugnauth défend Alvaro Sobrinho et (ii) insinue qu’il y aura des actions si les maldonnes alléguées de Seesungkur s’avèrent. Et comme si cela ne suffisait pas, Sesungkur se fait même taper sur les doigts par Paul Bérenger.

Xavier Duval, ancien ministre du Tourisme, leader de l’opposition et du PMSD


 

Il aurait été dans une position plus « clear-cut » s’il n’avait pas offert à Roshi Bhadain une place sur le front bench de l’opposition. Hier, lors d’une conférence de presse, il a demandé à la Présidente de s’expliquer, mais il se dit convaincu que Roshi Bhadain n’a rien à se reprocher. Une position assez ambiguë puisque les allégations allient Roshi Bhadain à La Présidente de La République.

Ameenah Gurib-Fakim


 

Au cœur de toute l’affaire mais son intervention personnelle pour favoriser Alvaro Sobrinho n’a pas encore été démontrée. Elle a déjà essuyé une première salve de critiques de certains membres du gouvernement à cause de ses voyages. Mais elle y a survécu. Cette fois ce sera plus dur....

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Qui a appuyé le dossier pour que l’Angolais obtienne un Investment Banking Licence ? Qui est intervenu pour faciliter les procédures ? Autant de questions qui restent sans réponse sur Alvaro Sobrinho, l’homme qui éclabousse le gouvernement en raison de ses multiples casseroles au Portugal. Au fil des enquêtes de l’express, le mystère s’épaissit. Voici un résumé des articles publiés sur cette affaire.

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