Brian Glover: «Je m’attends à des représailles des petits mesquins…»

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Brian Glover est membre du bureau politique du Parti travailliste

Brian Glover est membre du bureau politique du Parti travailliste  

Après Ezra Jhuboo – qui s’est calmé depuis – c’est au tour d’un autre jeune travailliste de donner un coup de pied dans la fourmilière rouge. Brian Glover n’a pas peur, il ne mâche pas ses mots. Et attend les passéistes travaillistes au tournant du square Guy Rozemont. Entretien.

Comment se passe l’intégration des nouvelles recrues au bureau politique rouge ?

Je ne peux que parler de mon cas. Suivant de longues discussions avec Navin Ramgoolam, j’ai vu quelqu’un qui reconnaissait d’emblée ses erreurs et qui affichait une réelle détermination à rompre avec le passé. Et qui, de plus, n’était pas insensible à mes idées. Convaincu que j’étais, je me suis lancé. Après mon premier meeting à La Louise, je fus convoqué au premier bureau politique (BP) du parti de 2017. Et là, je fus informé que j’en ferai désormais partie. Et lors d’une réunion de l’exécutif, cela fut ratifié. Le leader expliqua que ma présence au BP est en remplacement de feu Elwyn Chutel.

On parle d’une vieille garde qui serait réfractaire à l’apport de sang neuf ?

Le terme «vieille garde» est trompeur. Car il existe quelques personnes relativement jeunes qui font partie d’une frange passéiste. Ceux-là sont des adeptes du «bouz fix» et ne voient leur salut que dans les «dépôts fixes» du parti. Or, il convient de faire un état des lieux avec objectivité.

Primo, les seuls rescapés du naufrage de 2014 sont quatre jeunes extrêmement compétents. Le message est clair: le parti a besoin de nouveaux visages. On ne peut pas refourguer a l’électorat un produit qui a été rejeté. Secundo, on ne gagne pas des élections en capitalisant uniquement sur l’impopularité du gouvernement et les «dépôts fixes».

Il faut aller à la conquête des 40 % d’indécis. Et cela peut uniquement se faire avec du sang neuf et des idées novatrices. Certes, le Parti travailliste (PTr) a fait une remontée ces derniers temps, surtout grâce à l’incompétence et le népotisme du gouvernement actuel. Mais cela ne suffit pas pour que le PTr gagne les prochaines élections.

Il incombe aussi aux rouges de redevenir un parti national qui a en son sein des éléments compétents aux profils divers et variés. Le PTr doit redevenir le parti de toute une nation et non pas la propriété exclusive de certains.

«Navin reste et demeure le leader incontesté et incontestable du PTr jusqu’à preuve du contraire»

Le leader Navin Ramgoolam serait-il divisé au point de ne pas savoir comment trancher entre les anciens et les nouveaux ou les évolutionnaires?

Navin reste et demeure le leader incontesté et incontestable du PTr jusqu’à preuve du contraire. Et il passe en ce moment par des moments éprouvants à cause d’une vile vendetta politique.

Mais ce n’est pas pour autant correct de privilégier la loyauté aux dépens de la compétence. Ces sujets qu’il juge «loyaux» ne sont en fait que de simples vassaux qui sont incapables d’exister par eux-mêmes. Déjà, ils n’existent pas intellectuellement.

Pire encore, ils ne peuvent qu’aspirer à donner une vague impression d’exister politiquement qu’à travers Navin. Ceux-là n’aideront pas à construire un nouveau PTr qui se doit de convaincre les jeunes et les indécis.

«Ezra a eu le mérite de secouer le cocotier et les cocos secs sont tombés par eux-mêmes avec des propos qui trahissent la fausse image qu’ils veulent donner d’eux»

Le cas Ezra Jhuboo s’est-il réglé dans le dialogue, sain et serein ?

Le parlementaire travailliste Ezra Jhuboo.

Lorsqu’il y a des divergences de vues, les choses ne sont jamais tranquilles et encore moins faciles. Ezra a eu le mérite de secouer le cocotier et les cocos secs sont tombés par eux-mêmes avec des propos qui trahissent la fausse image qu’ils veulent donner d’eux.

Maintenant que les masques sont tombés, le BP marathon de 4 heures nous a heureusement permis de déboucher sur une vision plus claire. À la sortie de ce BP, Navin a publiquement déclaré son intention de rompre avec le passé. Je pense que c’était sa manière à lui de donner raison aux évolutionnaires. Nous osons espérer que les actes suivront la parole.

Ne craignez-vous pas la colère du leader et de la vieille garde, un peu comme l’a subie Jhuboo, en nous accordant cette interview ?

Si l’on a la peur au ventre, on ne fait pas de la politique. Avancer à visage découvert et sans filet, c’est faire honneur à la politique et au PTr. C’est sûr que les passéistes iront chuchoter des bêtises de plus aux oreilles de Navin. Ils sont ceux qui nourrissent et exacerbent la méfiance naturelle qui habite Navin.

Je m’attends aussi à des représailles des petits mesquins qui, sournoisement, sous le couvert de l’anonymat, iront, tels des pleutres, pondre des insipidités dans certaines salles de rédaction pour tenter de nuire à l’image de ceux qui ont le courage d’afficher leur indépendance d’esprit.

Au final, pourquoi avez-vous intégré les rouges si rien ne bouge au square Guy Rozemont, un parti en décrépitude comme le quartier général…

Le bâtiment abritant le quartier général du PTr au square Guy Rozemont. © Beekash Roopun

D’accord avec vous sur l’état de l’immeuble. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un Sun Trust Building construit dans les conditions que nous savons tous. Quant au parti lui-même, il est loin d’être en décrépitude. Le PTr reste et restera incontournable sur l’échiquier politique.

Le PTr et le MMM sont les deux seuls partis qui ont été créés pour combattre les injustices sociales. Le Dr Maurice Curé a été en résidence surveillée pendant des lustres, Emmanuel Anquetil fut exilé et Paul Bérenger a connu les coups de matraque et la prison. Je suis pour ceux qui sont de vrais patriotes et qui vivent pour une seule et unique raison: l’avancement de leurs convictions pour le bien commun.

Pourquoi le PTr dans mon cas? Ma mère est la nièce du Dr Edgard Millien, je suis un proche parent des Curé, mon grand-père Harold Glover fut candidat du PTr en 1936 et aussi l’avocat de Curé et mon oncle Michael fit, comme moi, son baptême du feu à La Louise, avec les rouges. Et puis, je persiste à croire que le PTr se réinventera avec les évolutionnaires. Aux passéistes qui veulent voir partir ces derniers, je dirai ceci : mo na pa pou kil parad. Mo péna disan kourpa.

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