[Vidéo] Retrouvée morte à Bambous: Christiana Chery s’apprêtait à prendre un nouveau départ

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 Christiana Chery s’était rendue à Paris l’année dernière.

 Christiana Chery s’était rendue à Paris l’année dernière.

Le corps en état de décomposition de Christiana Chery a été retrouvé dans un champ de canne, à l’arrière du Medine Business Park, à Bambous, jeudi après-midi 16 février. La jeune femme de 27 ans portait des blessures à l’abdomen et au cou. La découverte macabre a été faite par un vigile. Cette mère célibataire était portée disparue depuis une semaine. Dimanche, ses parents avaient signalé le cas à la police.

Une autopsie a été pratiquée hier soir par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, à l’hôpital Victoria. Il a attribué le décès à des lacérations au cou et à un coup de poignard à l’abdomen.

Proche de sa fille

Des cris et des pleurs résonnent dans la maison des Chery à la rue Andreanum, La- Tour-Koenig. Marlène et Burty arrivent difficilement à imaginer la cruauté qu’a subie leur unique enfant avant de trouver la mort. Leur petite-fille de trois ans ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe autour. Ses grands-parents l’ont récupérée à la maternelle après avoir appris la nouvelle. Marlène, les yeux rougis, ne cesse de réclamer sa fille. «Dimounn kapav mové koumsa ? Ti ava les li viv so lavi. Kifer inn bizin touy li ?» laissent éclater les voisins, en colère. Dans cette ruelle où habitent les Chery depuis de nombreuses années, le temps semble s’être arrêté.

Christiana Chery était très proche de sa fille. Dimanche, la petite fêtait ses trois ans. Sa mère n’aurait raté son anniversaire pour rien au monde. Les pleurs insistants de l’enfant ont poussé les parents à se rendre au poste de police de la localité.

«Jeudi, alors qu’elle sortait, elle m’a simplement dit qu’elle n’allait prendre que cinq minutes et qu’elle se rendait tout près», confie Marlène. Déjà, cette dernière sentait bien quelque chose de louche car ce n’était pas dans les habitudes de Christiana d’abandonner sa fille. Mais elle gardait l’espoir de la retrouver saine et sauve.

La vie de la jeune femme aurait changé pendant ses années au collège, quand elle a été influencée par ses amies. Après avoir cumulé plusieurs petits boulots, elle avait atterri dans une boîte à Grand-Baie. Elle avait continué à y travailler à la naissance de sa fille, pour subvenir à ses besoins. Récemment, la victime aurait cependant arrêté ce métier pour se convertir dans les soins de massage.

L’année dernière, la victime avait fait la connaissance d’un étranger, d’une soixantaine d’années, qui serait vite tombé sous le charme de Christiana. Il voulait qu’elle change de vie et s’apprêtait à la prendre en charge ainsi que sa fille. La jeune femme avait même pris la décision de s’envoler pour l’île sœur dans les jours à venir. Or, il y avait aussi cet homme de 24 ans, Mohammad Bilal Elahee. Ce chauffeur de taxi habitant Quinze-Cantons se serait amouraché de la mère célibataire et n’aurait pas accepté qu’elle le quitte.

«Maman est là»

Le jeune homme a été interrogé, mercredi, par la police de La-Tour-Koenig, puis relaché. Hier, il a été arrêté et à 23 heures, il était toujours en salle d’interrogatoire avec les limiers de la Major Crime Investigation Team.

Mohammad Bilal Elahee serait la dernière personne à avoir vu Christiana. Des personnes dans l’entourage de la jeune femme ont affirmé qu’il serait venu la récupérer devant sa porte à bord d’une voiture bleue, jeudi. Il y serait revenu plus tard dans la soirée, pour la rechercher.

En outre, même si la victime s’absentait souvent de la maison familiale, elle emmenait à chaque fois sa fille avec elle, dit-on. «Le mois dernier, elles ont passé quelques jours dans un hôtel, après qu’elle soit retournée d’un séjour à Bali», confie un ami de la jeune femme. Il raconte que c’est le chauffeur de taxi arrêté qui aurait envoyé la victime en Indonésie, pour du «business». «Zénes-la pa ti anvi ki li sanz so lavi», avance cet habitant de La-Tour-Koenig.

Christiana était arrivée à Maurice à l’âge de quatre ans. La Rodriguaise avec de longues nattes avait séduit Burty et Marlène, qui l’ont adoptée. Le couple Chery a tout fait pour offrir le meilleur à leur enfant unique. La jeune femme n’écoutait pas toujours leurs conseils. Mais «elle aimait beaucoup ses parents et sa fille», soutient l’ami de la victime. «Ne t’inquiètes pas, chérie,Maman est là. Arrête de pleurer, mon cœur», avait écrit Christiana sur sa page Facebook, sous la photo de sa fille qu’elle ne verra pas grandir…

Lourde ambiance à La Tour Koenig

Une chape de plomb s’est abattue chez Christiana Chery, à La-Tour-Koenig. Personne ne réagit, pas de mot, le silence total règne dans le domicile de la défunte. Depuis la triste nouvelle, nombre de proches et amis sont venus soutenir les parents de la jeune femme. Elle était très appréciée du quartier, selon les voisins qui ont pris place en bordure de route devant la porte principale de la maison. Cousins, amis, et voisins n’ont pas manqué de venir apporter leur soutien.

À 19 h 30, hier, après avoir appris la terrible nouvelle, tous étaient dans l’incompréhension. «C’était une fille tranquille, on l’aimait tous beaucoup dans la région», explique un proche. Il n’a d’ailleurs pas hésité à nous montrer plusieurs photos de la victime. Les images de cette dernière, ainsi que celles de sa fille, sont omniprésentes dans plusieurs pièces de la maison. «Ti enn zoli tifi sa, get so destin enn kou», lâche une femme assise sur le sofa dans le salon.

Ils se posent tous la même question  comment la jeune femme a-t-elle pu connaître une fin aussi tragique ? Ceux assis en bordure de route expliquent qu’ils la côtoyaient depuis longtemps mais ignorent sa situation amoureuse. «Nou pa tro koné kisannla li frekanté», lâchent-ils, en substance. Ils ne cachent pas leur tristesse pour l’avenir de sa fillette, sans sa mère à ses côtés.

«Ma fille n’avait pas rendez-vous avec le chauffeur»

Il était presque 20 heures lorsque les proches de Christiana Chery sont arrivés à l’hôpital Victoria, Candos, pour identifier la dépouille. Marlène Chery était en larmes et pouvait à peine parler. Elle était entourée de son mari, ses sœurs et beaux-frères. Après maintes explications par un officier de la police, c’est finalement un oncle qui a procédé à l’identification. Comme le cadavre était déjà en état de décomposition, cela devait se faire soit à l’aide de vêtements ou d’un tatouage que la victime avait. «Mo tifi pa ti konn sa sofer la plis ki sa. Elle le sollicitait uniquement lorsqu’elle devait se rendre à l’aéroport pour aller déposer ou chercher son fiancé», dit-elle.

Le jour de sa disparition, Marlène Chery affirme que sa fille n’avait pas de rendez-vous avec lui. Y avait-il une relation entre les deux jeunes ? «Impossible à dire. Mais même s’il avait des idées sur ma fille, s’il s’avère que c’est lui... il n’aurait pas dû aller jusque-là», fustige le père.

Le jour de la disparition, Burty Chery soutient que Mohammad Bilal Elahee l’a appelé. «Mé mo pann koz ar li. Mo pa konn li mwa», poursuit-il, le regard vide. La famille souligne que Christiana Chery n’avait pas besoin des services du chauffeur de taxi et de ce fait, il ne devait pas se trouver à La-Tour -Koenig.

Chez le suspect à Vacoas

La maison des Elahee, à Quinze-Cantons, Vacoas, semblait desserte vers 21 heures, jeudi. Bien que la porte principale soit entre-ouverte. On frappe plusieurs fois et on aperçoit des ombres à travers les rideaux, sauf que personne ne veut parler. Une femme d’une quarantaine d’années chuchote au téléphone et nous demande d’attendre.

Après quelques minutes, elle sort de la maison, mais lorsqu’on évoque le nom de Bilal, elle se tait. «Non, personn pa la la, so paran inn sorti. Pa koné ki ler li pou vini.» Elle refuse de donner un numéro de téléphone. «Répasé aprè, la non, personn pa pou kav koz ek ou la.» Pendant qu’elle s’adresse à nous, on aperçoit plusieurs personnes, à travers les rideaux de la fenêtre, essayent d’écouter la conversation. Elle s’abstient de tout commentaire à ce sujet.

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