Roshi Bhadain, deputé et ancien ministre: «Je veux être l’alternance»

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Lundi, il quittait le gouvernement. Vendredi, il lançait son parti. Roshi Bhadain l’homme pressé nous emmène dans la «cuisine» du Reform Party. Mous du genou s’abstenir.

Vous dormez bien ces jours-ci ?

Je dors peu mais bien, merci.

«Si mo gagn dosié lor Bhadain mo pou koulout li», dixit SAJ. Des cauchemars en perspective ?

Les menaces ne m’empêchent pas de dormir. Je sais qu’une petite équipe de mercenaires travaille pour me nuire, je les connais, je connais leurs méthodes, Ramgoolam utilisait les mêmes quand j’étais l’avocat de Pravind Jugnauth. Les pressions, les intimidations, j’ai l’habitude.

J’imagine qu’en cherchant un peu on trouve bien deux-trois dossiers compromettants vous concernant…

Allez-y, cherchez, je vous souhaite bonne chance. Ils vont fouiller, ils ne trouveront rien et ils essaieront de fabriquer des trucs bidon avec leurs sbires planqués dans des institutions.

C’est qui «ils» ?

Les mafieux qui gravitent autour du pouvoir, les commis de la «cuisine». Ils travaillent overtime depuis lundi, ce n’est pas dans leurs habitudes.

Vous prétendez avoir des dossiers chauds bouillants les concernant, pourquoi ne pas les sortir ?

J’estime que la presse n’est pas le forum approprié pour ça, je le ferai au Parlement. Laissons pour le moment ces gens-là où ils sont. Ils incarnent le passé, l’avenir m’intéresse davantage.

«La chute de la BAI est l’oeuvre de M. Lutchmeenaraidoo.»

Allez dire ça à la famille Rawat dont vous avez torpillé l’avenir…

Faux, je n’ai rien à voir avec leurs ennuis. Je le dis droit dans les yeux à M. Rawat et à ses filles : la chute de la BAI est l’oeuvre de M. Lutchmeenaraidoo.

Vous êtes sérieux, là ?

J’ai l’air de plaisanter ? La Bramer Bank était le coeur du système, dès lors que sa licence a été révoquée, c’en était fini pour la BAI. Or, qui a pris cette décision ? Le ministre des Finances d’alors et le gouverneur de la Banque centrale, deux ex-membres de la commission économique du MMM qui avaient travaillé ensemble sur ce dossier, avant 2014. Je n’ai rien décidé, par contre j’ai exécuté un plan de sauvetage des employés.

Vous êtes sacrément gonflé…

Pourquoi !? Ce sont des faits.

N’étiez-vous pas solidaire de cette décision ?

Être solidaire est une chose, appuyer sur le bouton en est une autre. Je n’ai pas appuyé sur le bouton, c’est trop facile de dire Bhadain inn kraz BAI, Lutchmeenaraidoo doit prendre ses responsabilités.

Il dit que c’est votre «bébé».

Et moi je vous dis qu’il cherche une mère porteuse.

Bien, quittons la maternité. À défaut de lancer des alertes, vous lancez Reform Party. Avec qui ?

Avec plus de 100 000 contributeurs sur Facebook. Depuis lundi, une force en mouvement s’est levée. Des thèmes de société sont proposés, discutés, débattus, c’est une mobilisation sans précédent de la société civile. Ils ont la frousse à l’Hôtel du gouvernement. Comme je les comprends…

Comment le savez-vous ?

J’ai mes informateurs. Vendredi, on a tenté de hacker ma page Facebook avec une adresse IP localisée en Arabie saoudite, on en est là…

Qu’allez-vous faire, de cette «force» ?

La prochaine étape, c’est la publication d’un manifeste co-élaboré par le peuple.

C’est-à-dire ?

On rencontre des groupes de jeunes – dont certains sont déjà en politique – et on utilise au maximum les opportunités offertes par les réseaux sociaux. Mon équipe a recueilli des milliers de suggestions. Très vite, on aura un premier jet, un draft proposal. On sillonnera le pays avec, on ira partout, dans les villes, les villages, ça nous prendra des semaines, des mois s’il le faut. On écoutera les gens, leurs idées, ce travail débouchera sur un document final : le projet de société choisie par la population. C’est de l’open politics, aucun parti n’a jamais fait cela.

Depuis quand êtes-vous sur ce projet ?

L’idée, je l’ai depuis longtemps. À la base, il y a une conviction profonde : ce pays peut et doit être pensé différemment. Lundi, j’ai décidé d’aller de l’avant. J’ai réuni mes plus proches collaborateurs et je leur ai dit que maintenant on a un choix à faire : soit on arrête la politique et on repart travailler comme avant,  soit on prend une ou deux années pour construire une alternance politique crédible.

Un choix difficile ?

Non, parce qu’il y a une forte aspiration à renouveler, à transformer le système. On ne peut pas à la fois dire qu’on veut le changement et rester les bras croisés. Si on n’éjecte pas ce système mafieux maintenant (il appuie), mes enfants n’auront pas envie de grandir ici. On aura bientôt cinquante ans d’Indépendance, je ne veux pas que les cinquante prochaines années ressemblent aux cinquante dernières. Cette perspective m’effraie, il n’y a plus de temps à perdre.

Le militantisme sur Facebook c’est bien joli mais on ne vote pas encore avec des likes

C’est du concret ! On a reçu 2 000 demandes d’adhésion en deux jours. Des ouvriers, des étudiants, des banquiers, des avocats… Mon équipe fait le tri, c’est un travail énorme. J’ai loué un bureau à Ébène, un autre à Quatre-Bornes, une vingtaine de personnes travaillent jour et nuit.

Qui sont ces gens ?

C’est un mix : d’anciens collaborateurs, des amis, des jeunes qui ont the fire in the belly. Tout ça, sur la base du volontariat. Mon fils aîné de 18 ans fait partie de l’aventure. Il a réuni des camarades du Bocage, du Saint-Joseph, du collège Royal de Curepipe. Une collaboration inédite s’est construite autour d’un projet fort : quelle île Maurice pour demain ?

Et vous avez levé cette «armée» en une semaine ?

Non, en deux ans. La porte de mon ministère a toujours été ouverte aux jeunes pour discuter des réformes et de bonne gouvernance.

Quelles têtes pensantes derrière tout ça ?

Un groupe d’une cinquantaine de personnes m’accompagne. Certaines sont connues, d’autres pas.

Par exemple…

Si je donne des noms maintenant je tue l’effet surprise.

Des parlementaires ?

Oui.

Pas de parti sans financement. D’où vient le vôtre ?

De mon travail. J’ai bossé dur en Europe et en Afrique. Je n’ai pas les moyens de flamber, mais j’ai suffisamment d’argent pour une vie confortable. Je dépense peu, sans excès.

L’horizon, c’est la prochaine élection ?

Oui. Si nous ne sommes pas prêts ce sera pour celle d’après.

Il faudra se farcir Roshi Bhadain comme leader ?

Pourquoi, ça vous pose problème ? Ce sera discuté à l’intérieur du parti. Si quelqu’un est mieux que moi…

Vous avez publié dix règles et dix principes. Certains sonnent comme une secte, c’est votre côté gourou ?

Ki kouyonad sect ou pé dir ? Le seul qui se prend pour un gourou, c’est Lutchmeenaraidoo.

«Nous sommes la solution unifiée», franchement…

L’enjeu, le véritable enjeu, c’est d’offrir une alternance franche et claire aux Mauriciens qui n’en peuvent plus de ce pouvoir archaïque et mafieux.

Et si cette initiative échouait, quel est le plan B ?

Il n’y a pas de plan B. Si on échoue, on aura eu le mérite d’essayer.

Le lion sur le logo, c’est un clin d’oeil à M. Ramgoolam ou à M. Disney ?

Ni l’un ni l’autre. Notre lion symbolise la puissance, c’est le roi de la jungle. C’est un symbole de protection aussi, et puis les lions croquent les chihuahuas (rire).

Revenons à vos soi-disant «dossiers». Parlez-nous de vos cybercapacités…

Je suis loin d’être un expert.

«J’ai gardé les preuves sur le cyberspace», ça voulait dire quoi ?

Ça veut dire que je travaille sans papier. Mes notes, mes documents, mes informations, tout est archivé sur un serveur basé à l’étranger.

Avez-vous des documents sonores, des enregistrements ?

Je ne vais pas vous le dire ! (rire sonore).

Donc c’est oui.

Naaan, je ne fais pas ce genre de chose, je laisse ça à la NIU.

Quel type de document ?

Qu’est-ce que ça peut vous faire, hein ?

Pourquoi vous ne répondez pas ?

Pourquoi vous posez des questions bêtes ?

J’ai la malchance de ne pas avoir votre génie, pardonnez-moi…

(Ferme) Écoutez, j’ai été dans un système, j’ai tout vu, tout entendu. Le reste, je le dirai au Parlement. Point.

Finalement, M. Sanspeur n’a peut-être pas tort…

Sur quoi ?

Oubliez, ça ne va pas vous plaire…

Dites-moi !

Il dit que pour vous comprendre il faut avoir recours à un psychiatre.

Ah bon ? Pour comprendre Sanspeur il faut avoir recours à une voyante, sa gestion est tellement obscure.

Sérieusement, vous consultez ?

Vous êtes fou ! Vous allez chez le médecin quand tout va bien, vous ? Au lieu d’écouter les âneries de Sanspeur, vous feriez mieux de vous renseigner sur ses manigances de mégalomane.

Il y a moins d’un an, l’actuel Premier ministre était passible de prison. Pouvez-vous me dire, droit dans les yeux, qu’à ce moment-là vous ne vous êtes pas vu calife à sa place ?

Non.

J’ai dit droit dans les yeux.

Définitivement, non. J’étais son avocat, son ami et j’ai lutté pour lui.

«Je n’ai rien (il appuie) contre Pravind ou contre son père.»

S’il venait s’asseoir ici, maintenant, que lui diriez-vous ?

Une seule chose : ‘Comment comptes- tu te débarrasser des mafieux qui compromettent l’avenir du pays ?’. J’aimerais qu’une chose soit bien claire : je n’ai rien (il appuie) contre Pravind ou contre son père. On a accompli des choses fantastiques ensemble. On aurait pu mieux faire à certains moments, on s’est peut-être trompé à d’autres, mais je ne renie rien. Je ne suis pas le genre de type qui va aller hurler à travers le pays ‘Jugnauth bezer’, ‘Ramgoolam vinn bon’, non. Mon objectif est d’en finir avec un système passéiste qui hypothèque notre futur à tous. J’ignore si je réussirai, mais je dois essayer, j’aime mon pays.

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