Jean-Marie Shatour: Cireur de pompes

Avec le soutien de

Il n’est pas un roder bout. Encore moins un lèche-bottes. Jean-Marie Shatour est de ceux qui sont droits dans leurs bottes. Et qui cirent les chaussures pour gagner leur vie. Pendant quelques minutes, on ne l’a pas lâché d’une semelle.

Cela fait 25 ans que l’homme de 40 ans «bros soulié». Il est également spécialisé dans la cordonnerie et, s’il le faut, le MacGyver du cuir peut même vous réparer votre sac. Le métier, il l’a appris en regardant son oncle. Et puis, «enn don ki monn gagné sa», affirme le Gepetto local, en plus jeune.

De gentils Pinocchio, il en a quatre. Ils sont âgés de 11, 12, 13 et 14 ans. Vient ensuite la petite dernière, qui a quatre ans. Elle s’intéresse de près à ce que fait son papa. «Si éna enn ki kapav pou pran mo rélev, sé li.»

En attendant, Jean-Marie ne ménage pas les efforts pour subvenir aux besoins de sa famille. Son coffret à cirage, il l’a installé, il y a 4 ans, au Caudan. Chaque jour, de 11 heures à 16 heures, il bichonne les chaussures d’une dizaine de clients, touristes et Mauriciens compris. «Mo pran Rs 25 parla pou fer sa.» Avec un tel tarif, a-t-il le moral dans les chaussettes à la fin du mois ? Pas du tout. «Mo rési gagn enn 15 000 roupi par mwa. Kapav débat.»

Par ailleurs, s’il accuse un coup de pompe, l’habitant de Bambous peut compter sur le soutien de son épouse, Giliane. Qui vient, de temps en temps, lui refiler un coup de main quand il a trop de pieds devant lui.

 L’école, il l’a abandonnée à 15 ans. Des regrets ? Aucun. «C’est ce métier et aucun autre qui m’était destiné.» Son rêve : ouvrir sa propre boutique de chaussures impeccablement cirées.

Qu’en est-il de ses passe-temps ? S’intéresse- t-il à la politique, par exemple ? «Zéro plonbaz. Mo res lwin ar sa mwa. Séki bannla fer pa pou sanz mo lavi.» Ce qui le botte, lui, c’est son potager. «Mo koumadir poul. Mo kontan zwé dan later.» Jean-Marie est également de ceux qui cultivent l’art du travail bien fait. «Mo kontan kan tou prop, kan tou karé-karé.»

Il attrape son tissu en flanelle rouge, maculé de cirage. Des «choses» recouvertes de crasse réclament toute son attention. Il est temps de tourner les talons.

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