Alain Harel: «Beaucoup de Rodriguais vivent dans des conditions difficiles à Maurice»

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Alain Harel, évêque de Rodrigues.

Alain Harel, évêque de Rodrigues.

Que représentent ces élections pour les Rodriguais ?

Les Rodriguais ont la chance d’être dans une démocratie. J’ai écrit une lettre pastorale l’année dernière, les invitant à prendre ces élections au sérieux et à s’engager dans la vie citoyenne et politique.

Que faut-il attendre de ces élections ?

C’est le moment de se fixer de nouveaux objectifs. Le plus important, c’est de vivre ensemble en harmonie. Il faut qu’il y ait une réflexion globale. D’ailleurs, moi-même j’ai commencé à y réfléchir après des réunions avec plusieurs groupes. Le prochain gouvernement aura quatre gros défis à relever, principalement sur le plan social.

Il y a d’abord l’emploi durable afin d’éviter que les Rodriguais aillent chercher du travail à Maurice. De nombreux Rodriguais vivent dans des conditions très difficiles à la périphérie des villes et villages de Maurice. Il faut aussi promouvoir l’éducation pour tous, même pour ceux aux talents différents et qui n’ont pas réussi. Il faut combattre l’analphabétisme. C’est l’une des causes des problèmes sociaux.

Une bonne gestion des terres est également une priorité. Il faut des zones spécifiques pour l’agriculture et d’autres pour l’élevage car il y a souvent des conflits entre planteurs et éleveurs. Il nous faut des espaces verts, avec un bon plan pour le développement des zones habitables et des hôtels, sans pour autant nuire à l’environnement. Et finalement, il faut s’attaquer aux fléaux qui menacent les familles : la drogue et l’alcool.

Y a-t-il une forte présence de la drogue dans l’île ?

Est-ce de la drogue de synthèse ? Selon mes informations, ce n’est pas de la drogue synthétique. Pour moi, il n’y a pas de drogue douce. Toutes les drogues sont des drogues. On parle peu de l’alcoolisme, mais en tant que prêtre, je rencontre beaucoup de familles déchirées à cause de l’alcool. La famille est la base d’une société équilibrée mais il y a beaucoup de divorces en ce moment. J’espère que les partis politiques en parleront. L’alcool affecte principalement ceux au bas de l’échelle.

Justement, ce sont ceux au bas de l’échelle qui sont majoritairement présents à des réunions politiques. Est-ce raisonnable de s’attacher ainsi aux politiciens ?

Ils sont nombreux ? Difficile de répondre car je ne me rends jamais à ces meetings. D’une manière générale, la population rodriguaise s’intéresse à la politique. Toutes les conversations tournent autour de ce sujet.

Est-ce qu’ils sont manipulés par les politiciens ?

Je ne souhaite pas porter de jugement de valeur. La politique est une grande pourvoyeuse de services. Je pense que les politiciens ont un réel désir de servir leur pays. Je suis content que les jeunes s’y intéressent. Il y a un renouvellement de la classe politique. Pour faire de la politique, il faut beaucoup d’engagement envers les citoyens et le pays.

Lors de la discussion sur la réforme électorale, vous avez pris position. Estimez-vous que trop de décisions sont prises à Maurice ?

J’ai écrit une lettre qui a été publiée dans la presse. C’était mon devoir de le faire. L’autonomie a été une grande étape dans la vie des Rodriguais, mais il faut l’approfondir. Il faut toujours déléguer le pouvoir. C’est pour cette raison que j’ai demandé aux chrétiens d’être vigilants. S’intéresser à la politique ne signifie pas juste aller voter tous les cinq ans. Il faut pouvoir s’exprimer et s’engager. Les citoyens doivent également être vigilants.

Comme partout ailleurs, la pauvreté est présente dans l’île. Comment sortir ceux touchés de cette situation ?

Si ma mémoire est bonne, il y a environ 15 à 20 % de la population qui bénéficie d’une allocation sociale. Une bonne partie de la population vit dans des situations précaires. À titre d’exemple, à un certain moment, Caritas distribuait 400 repas aux enfants démunis par jour.

Pour réellement venir en aide aux personnes touchées par la pauvreté, il faut les embarquer dans le train du développement. Pour ce faire, il faut passer par la formation, l’éducation et l’instruction. Nous parlons souvent d’échec au niveau du CPE, mais très rarement de ceux qui ne terminent pas leurs études secondaires ou qui n’ont pas réussi aux examens du School Certificate. Il faut encourager l’entrepreneuriat. Il faut que les chômeurs puissent obtenir un emploi durable afin d’entamer des projets.

Le nombre de Rodriguais qui quittent l’île pour Maurice vous inquiète ?

Je pense que n’importe où dans le monde, les jeunes quittent souvent leur pays pour la découverte. Ce qui est inquiétant, ce sont les conditions dans lesquelles ces Rodriguais vivent à Maurice. Ils sont environ 30 000 Rodriguais à s’y être installés et qui travaillent dans l’agriculture, la pêche, la construction, la technologie, entre autres. Il faut que le gouvernement central trouve un plan pour aider ces personnes qui contribuent à l’économie mauricienne. Mais il faut le dire, beaucoup de Rodriguais ont aussi réussi à Maurice.

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