Lionel Zimbler, entraîneur de tennis international ATP: «Comme Enzo, les Mauriciens ont vraiment le goût de l’effort»

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Coach de tennis international ATP à la Provence Tennis Académie, Lionel Zimbler (qui a notamment entraîné Fabrice Santoro et Benoît Paire) vient de prendre sous son aile le Franco- Mauricien Enzo Couacaud. Une belle excuse pour venir faire un stage d’entraînement à Maurice dans des «conditions idylliques» comparées au froid glacial européen du moment. Ce dernier se dit surpris par le côté sportif des Mauriciens. Entretien.

Pourquoi avoir choisi Maurice pour votre camp d’entraînement ?

On cherchait un endroit pour s’entraîner car en France il fait froid et on fait beaucoup d’indoor en ce moment. Par l’intermédiaire de Fabrice Péroux, j’ai appris qu’on avait la possibilité de s’entraîner dans un cadre idyllique avec Ace Tennis à Maurice. Tout est réuni pour bien travailler de façon professionnelle ici car on peut s’entraîner dehors tous les jours. On a des conditions dignes de grands tournois ATP : la qualité de l’hébergement et une nourriture au top dans les hôtels du groupe Beachcomber, des transports efficaces qui nous conduisent où on a besoin, des installations d’exception et une structure tennistique comprenant des coaches physiques aux heures qui conviennent bien. Le climat est bon aussi, quoique un peu chaud en ce moment. Tout ça n’a pas de prix.

Quel est le programme d’entraînement prévu ?

Au niveau tennis, on fait 5 heures par jour, plus le travail physique. On est là pour 15 jours et je suis sûr qu’on va très bien bosser. On n’est pas là pour aller à la plage. Une grosse logistique a été mise en place par Ace Tennis. C’est du haut niveau. Ici, c’est une ambiance de club de tennis, je suis super satisfait. Pourtant, je suis très exigeant pour mes joueurs.

Ace Tennis peut-il vraiment devenir une plate-forme pour de grands joueurs de tennis tels que Federer ou autres, selon vous ?

Je ne crois pas que Federer peut avoir mieux ailleurs en effet. Je connais bien le circuit et ce qu’il faut aux pros, pour avoir notamment entraîné Benoît Paire et d’autres au très haut niveau.  Federer s’entraîne à Doha età part aller rencontrer l’émir, je ne vois pas ce qu’il aura de plus que nous ici… (rires)

Que doit-on améliorer pour être reconnue comme une académie de tennis de haut niveau ?

Ace Tennis a bien répondu à nos attentes. On pourrait renouveler l’expérience ici à l’avenir, on va y réfléchir. Maintenant il faudra investir pour s’améliorer, c’est sûr. Ça passe par des partenaires solides et motivés qui croient dans le projet. Par exemple, Ace Tennis pourrait investir sur la récupération des joueurs, car ça a pris de l’ampleur maintenant au haut niveau. C’est à dire en prenant des appareils spécifiques à la récupération, comme des bains froids. Ici, j’ai quatre joueurs, ils utilisent 10 raquettes par jour, car j’essaie de les faire travailler comme des pros. Il faudra investir dans des appareils de cordage, etc… éventuellement. L’un de plus beaux centres au monde a été fait par Nadal, à Manacor. Patrick Mouratoglou ou Federer ont aussi de gros moyens et n’iront pas n’importe où.

Comment avez-vous accueilli Enzo Couacaud dans votre équipe ?

Je venais d’interrompre ma collaboration avec Benoît Paire (NdlR : l’un des meilleurs joueurs français) après de très belles années et je n’étais pas très bien. Enzo n’allait pas bien non plus, il avait eu pas mal de blessures et traversait  une période de doute. Il est venu me voir au centre d’entraînement à Aix-en- Provence et m’a demandé de l’entraîner. J’ai pris un temps de réflexion. Puis j’ai décidé de le prendre. Je suis en train de rebâtir un groupe avec de jeunes talents en devenir.

Enzo a donc motivé votre choix de venir à Maurice…

Je suis déjà venu à Maurice en voyage de noces et ça m’a marqué. Je sens qu’Enzo est très attaché à Maurice. Il me bassine tout le temps avec ça. Sa famille, ses frères, on sent l’importance de ses racines. Je lui ai donc donné trois semaines de congé fin décembre et on a enchaîné avec ce stage ici pour lui faire plaisir. (Enzo vient voir son coach et lui demande s’il peut aller nager. Lionel Zimbler lui répond : «non, on va reprendre l’entraînement. ») On est là pour bosser aussi ! (rires) Mais d’où sort-il toute cette énergie ?

«Enzo est revenu dans les 400 meilleurs mondiaux. Le but c’est de l’emmener dans les 200, après on verra … C’est dur d’être sportif de haut niveau : ils sont tous bons ! Mais il a toutes les qualités pour réussir.»

Jusqu’où peut aller Enzo Couacaud dans sa carrière selon vous ?

Il a été longuement blessé en 2016. Il a recommencé à jouer en octobre dernier et a remporté quelques tournois en fin d’année. Il a remporté 23 victoires en 25 matches ce qui a été mentionné dans le journal L’Équipe. Il est revenu dans les 400 meilleurs mondiaux. La prochaine étape c’est de l’emmener dans les 200, après on verra ce qui se passe. C’est dur d’être sportif de haut niveau : ils sont tous bons ! Mais il a toutes les qualités pour réussir.

Lesquelles ?

Des qualités de puissance et de force. J’ai l’impression que les Mauriciens ont vraiment le goût de l’effort. Quand je vois les frères d’Enzo soulever 140 kilos je ne sais pas comment ils font ! Je vois que les Mauriciens ont toujours besoin de se dépenser, de faire des trips en VTT, d’escalader des montagnes, de nager, de faire du foot sur la plage. Tous les copains d’Enzo font du sport et ils ne s’arrêtent jamais ! Ils ne sont pas dans le truc : «je suis sur mon île et je suis sur mon transat…» Tant mieux !

Avez-vous surmonté la fin de votre belle histoire humaine et sportive avec Benoît Paire ?

Je l’ai très mal vécue. Quand on met beaucoup d’affectif dans ce qu’on fait et après tout ce chemin, la rupture a été brutale. Ça a été un choc psychologique et affectif. Une grande cicatrice. Mais il faut relativiser, il y a des choses plus graves comme ma mère qui s’est suicidée. Aujourd’hui, je travaille. Je ne voulais pas repartir sur le circuit tout de suite, c’est pour ça que je suis reparti avec des jeunes. J’ai essayé de trouver des jeunes qui me ressemblent et qui vont peut être me donner du plaisir. J’ai emmené trois joueurs dans le Top 50. Je remonte un groupe et on verra combien vont remonter vers le top. C’est un challenge dur. Est-ce que j’aurai la capacité physique et mentale pour y arriver ? On verra.

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