Jocelin Louis: «Maurice agit comme un colon envers des colonisés»

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C’est le leader du quatrième parti à s’être inscrit aux élections du 12 février à Rodrigues. Sa cause, toutefois, est différente de celle des autres partis. Jocelin Louis ne veut pas de sièges à l’Assemblée régionale. Son combat, c’est celui de l’indépendance. Dans sa première interview à la presse, le jeune politicien frappe fort contre Maurice.

Vous êtes le dirigeant du seul parti «alternatif» de Rodrigues. Vous êtes un peu l’Ashok Subron de Rodrigues ?

Non. Moi je suis Jocelin Louis, Rodriguais. Ashok Subron c’est un ami, oui, mais nous n’irons pas jusqu’à dire que je suis l’Ashok Subron de Rodrigues. Il est un grand syndicaliste qui a mené des luttes importantes pendant plusieurs années. Moi, je suis un simple citoyen qui veut vivre dans un pays libre.

Plus précisément qui êtes-vous ?

Quelqu’un qui ne reconnaît pas l’annexion de Rodrigues à Maurice. Je considère que cela a été fait sans le consentement des Rodriguais. Lor zafer Rodrig, péna pli gran exper ki Rodrigé. C’est ce qui m’a poussé à mener ce combat et à fonder le Mouvement indépendantiste rodriguais (MIR) en 2010. C’est notre pays et c’est à nous de le diriger, pas à des étrangers !

Vous considérez les Mauriciens comme des étrangers ?

Oui, tout à fait. Maurice et Rodrigues sont deux peuples différents. Nous pouvons nous considérer comme des frères, si vous le voulez, mais nous serons toujours deux peuples distincts. Deux cultures différentes. Attention, nous n’avons aucun sentiment anti-Mauricien. Nous respectons les Mauriciens. Je ne dis pas que les ponts seront à jamais coupés avec Maurice ou que nous serons en désaccord si Rodrigues devient indépendante.

Outre la campagne de sensibilisation que vous menez à Rodrigues, avez-vous déjà entrepris d’autres démarches concrètes pour demander l’indépendance de Rodrigues ?

Non. Pour le moment, nous travaillons sur l’éveil de la population rodriguaise.

Avez-vous déjà été dans un autre parti traditionnel avant ?

Non, jamais.

Est-ce que votre parti est affilié à un autre mouvement alternatif à Maurice ?

C’est un parti de Rodrigues formé par les Rodriguais et pour les Rodriguais qui militent pour l’indépendance de Rodrigues.

Quel est l’état d’esprit d’un candidat qui se présente aux élections en étant persuadé de perdre ?

 Nous n’avons pas l’objectif de diriger l’Assemblée régionale. Ce n’est pas ce que nous voulons. Pour nous, participer aux élections pour la troisième fois, c’est une façon de véhiculer le message d’indépendance auprès de la population, de raviver cette idée et de donner une alternative à une population qui subit une domination.

«Nous pouvons nous considérer comme des frères mais nous serons toujours deux peuples distincts.»

Sous quelle forme se traduit cette domination dont vous parlez ?

Nul besoin de rester très longtemps à Rodrigues pour comprendre ce dont je parle. Dès que vous mettez les pieds à l’aéroport, vous remarquez cette domination. Notre aéroport s’appelle Sir Gaëtan Duval ! C’est déjà un signe de domination de Maurice. Si vous venez à Rodrigues, vous verrez que les gens ne sont pas d’accord avec la façon de faire de Maurice. Jamais Rodrigues ne sera égale à Maurice avec le système politique actuel. À Rodrigues, nous avons droit au traitement que des colons réservent à des colonisés. Pour moi, Maurice colonise Rodrigues et nous subissons une domination parce que les colons ne traitent pas les colonisés comme leurs égaux.

Et si Rodrigues avait progressé au même rythme que Maurice, vous auriez quand même réclamé l’indépendance ?

Nous prônons l’indépendance totale de Rodrigues. C’est clair que le niveau de développement n’est pas le même. Et nous comptons justement sur ce point pour susciter l’éveil de la population rodriguaise. Nous voulons pouvoir décider de nous-mêmes de ce qui est bon pour nous ou pas.

Vous disiez plus tôt que les Rodriguais ne sont pas d’accord avec la façon de faire de Maurice. Pourtant, cela ne se traduit pas dans leurs votes. Pourquoi ?

Par peur peut-être. Je ne sais pas combien de temps cela va prendre pour que les Rodriguais se réveillent mais nous avons semé une petite graine qui germe. Pour moi, c’est sûr que Rodrigues sera indépendante un jour. Les gens continuent de soutenir les partis traditionnels mais ces derniers ne poussent pas les gens à réfléchir autrement.

Pensez-vous que c’est le rôle des politiciens de pousser les gens à réfléchir ?

Non. Mais ils mènent des campagnes et les gens qui ont peur du changement préfèrent voter pour ces partis. Les politiciens traditionnels ne s’occupent pas des vrais problèmes de Rodrigues. Ils ont à cœur leur propre intérêt.

En quoi votre parti est-il différent de l’Organisation du peuple de Rodrigues, du Mouvement rodriguais et du Front patriotique rodriguais ?

Premièrement, nous ne sommes pas pour l’intégration de Rodrigues à Maurice. C’est la principale différence. Nous voulons l’indépendance totale. Parce qu’avec l’intégration, tous les problèmes des Rodriguais sont restés intacts.

Qu’est-ce qui vous dérange avec l’idée que Rodrigues fasse partie de la République de Maurice ?

Je vais vous répondre par une question. Qu’est-ce qui avait dérangé Maurice pour qu’elle demande son indépendance auprès des Anglais ?

Pensez-vous que Rodrigues soit suffisamment forte pour se développer hors de la République de Maurice ?

Les gens m’ont posé cette question à plusieurs reprises. Je crois que les Rodriguais sont travailleurs et débrouillards. Au début, ce sera difficile tout comme cela a été difficile pour Maurice. Mais vous avez bien commencé quelque part pour arriver jusque-là, n’est-ce pas ? C’est un peu comme un enfant. S’il a peur de marcher, il n’avancera jamais. Tout le monde aurait dû marcher à quatre pattes aujourd’hui si nous n’avions pas eu le courage de faire le premier pas. Le MIR ne promet pas que les Rodriguais seront plus riches après l’indépendance. Mais ils pourront décider seuls de ce qu’ils veulent pour leur pays. Ils ne dépendront plus d’étrangers. Quand nous n’aurons plus peur de l’inconnu, nous serons libres.

Comment ?

Je crois en la participation de tous les Rodriguais. Je n’ai pas de plan concret. Quand nous serons libres, nous aurons le temps d’y penser. Tant que nous n’obtiendrons pas la liberté, cela ne sert à rien de faire des plans.

Comment voyez-vous votre île dans une dizaine d’années ?

J’espère que les Rodriguais seront libres. C’est mon rêve. Cela peut arriver demain ou dans dix ans.

Et cette année, qui, selon vous, remportera les élections ?

Il faut attendre. Si nous ne sommes pas encore indépendants, rien ne changera. Et les Rodriguais continueront à se plaindre.

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