Nicolas Von-Mally: «Le MR ne fera pas d’alliance avec qui que ce soit»

Nicolas Von-Mally est le  leader du Mouvement Rodriguais.

Nicolas Von-Mally est le  leader du Mouvement Rodriguais.

Le leader du Mouvement rodriguais (MR) voit son parti à la tête du gouvernement régional après les élections du 12 février. Mais Nicolas Von-Mally est catégorique son parti se présentera seul aux prochaines élections et ce, malgré l’invitation à peine voilée du Front patriotique rodriguais pour une alliance.

Johnson Roussety trouve que Maurice n’a pas respecté l’autonomie de Rodrigues avec la réforme électorale. Qu’en dites-vous ?

Je ne veux pas être radical. C’est l’Organisation du peuple de Rodrigues (OPR) qui a demandé, fort de ses deux députés, qu’il y ait une réforme. On ne peut pas dire que Maurice n’a pas respecté l’autonomie. Mais il aurait fallu faire une bonne réforme et pas une réforme à la va-vite pour plaire à une partie de l’électorat.

Ça, c’est une parodie de la réforme. Ce qu’on nous a présenté, c’est enn badinaz. Soit on fait une réforme comme il se doit, soit on ne la fait pas. Là, elle a été bâclée, comme si c’était juste pour plaire à l’OPR.

C’est un manque de respect envers la population rodriguaise. La majorité des Rodriguais en sont conscients. Mais de toutes les façons, ils ont voté. Si l’OPR n’avait pas été seule à l’Assemblée nationale, il y aurait eu un équilibre.

L’OPR n’a rien trouvé de mieux que de demander une petite reforme pour satisfaire le parti. En fait, l’OPR a demandé une réforme pour avoir plus de pouvoir et cela risque de se retourner contre eux lors des prochaines élections.

Ce qui intéresse le gouvernement central, ce sont ces deux votes pour une majorité s’il y a une cassure au gouvernement (NdlR, l’interview a été réalisée avant que le Parti mauricien socialdémocrate ne quitte le gouvernement). Comme le MR n’a pas de député à l’Assemblée nationale, le MR ne pèse pas lourd pour le gouvernement.

Que pensez-vous de la manière dont le gou- vernement mauricien traite les Rodriguais ? Êtes-vous satisfait ?

On aurait pu faire mieux mais il faut savoir que Rodrigues est autonome. Il faut qu’il y ait une demande du gouvernement régional pour que le gouvernement central aille de l’avant avec ces requêtes.

Quand le MR était au gouvernement, on avait demandé le câble optique et on avait obtenu Rs600 millions pour ce projet. Quand l’OPR est arrivée, le projet a été retardé pour des raisons qu’on ignore.

Ensuite, il y a l’aéroport, où des études de faisabilité avaient déjà été effectuées. Il fallait uniquement l’agrandir. Là encore, le dossier n’a pas avancé. C’est la même chose pour le port, l’OPR n’a pas trouvé important de le développer. On avait eu l’argent pour construire une université à Rodrigues. Elle aurait été axée sur l’économie bleue et on avait choisi le site de Montagne-Malgache.

Mais vous devez le reconnaître, le secteur du tourisme à Rodrigues va très bien…

Oui, mais le secteur touristique aurait pu aller mieux. Quand le MR était au pouvoir, nous avions créé l’Office du tourisme. On voulait agrandir l’aéroport pour accueillir plus de touristes. Actuellement, nous avons jusqu’à dix vols par jour et c’est très difficile d’avoir des places dans l’avion. À Rodrigues, on a l’impression d’être dans une prison à ciel ouvert. L’Internet marche à une vitesse de tortue et on a l’impression que Rodrigues est une île fermée. C’est du côté économique que l’OPR a failli lamentablement.

Que répondez-vous à ces jeunes Rodriguais qui pensent que Rodrigues se porterait mieux si l’île ne faisait pas partie de la République de Maurice ?

Si l’île ne faisait pas partie de la République, elle serait indépendante. Je ne vois pas un grand pays prendre Rodrigues sous son aile. Si Rodrigues était indépendante, ce serait une catastrophe. On a de la chance d’être avec l’un des pays les plus florissants de l’Afrique. C’est à nous d’essayer d’en profiter pour bâtir l’économie.

 Maurice et Rodrigues représentent deux peuples et deux cultures différentes et c’est ça la richesse de la République. Au lieu de parler d’indépendance, on aurait pu aller vers deux États fédéraux. On peut même aller plus loin. On peut rêver d’avoir un bloc puissant des États démocratiques de l’océan indien, un peu comme l’Union européenne. C’est en s’unissant que l’on peut aller loin. Aller seul, c’est la mort économique assurée. Et dépendre de l’aide internationale, ce n’est pas bon pour la dignité d’un pays. C’est à nous de nous battre pour montrer ce que nous valons.

À Rodrigues, on a l’impression d’être dans une prison à ciel ouvert.

Comment voyez-vous Rodrigues dans une dizaine d’années ?

Dans dix ans, ce sera l’ouverture avec le MR au pouvoir.

Et cette année ?

Je vois le MR au pouvoir. À moins que les Rodriguais ne veuillent le statu quo.

Semblable à ce que Maurice a connu en 2014 ?

Diriger un pays n’est pas un jeu. Le MR ne fera pas d’alliance avec qui que ce soit. Certains veulent une alliance avec nous parce qu’ils voient qu’avec le MR, c’est la stabilité.

Vous communiquez avec Navin Ramgoolam ?

Je l’ai rencontré une fois. On se parle quand il le faut, comme avec Paul Bérenger ou d’autres politiciens de Maurice. La façon de faire la politique à Maurice et à Rodrigues est différente.

Vous vous voyez travailler avec le gouverne- ment actuel ?

J’ai beaucoup d’amis au gouvernement. On est obligé de le faire. L’important, c’est que Rodrigues progresse.

L’une de vos propositions pour la réforme électorale, la double candidature pour les leaders des partis, avait été adoptée mais elle a, par la suite, été enlevée… Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Il y avait une infime partie qui avait été acceptée. On avait dit que c’était mieux de donner une liste de 12 membres, soit deux dans chacune des six régions, pour la proportionnelle. On avait donc demandé que 50 % des candidats au First Past The Post, c’est-à-dire, six des 12 membres soient autorisés à faire une double candidature, y compris le leader du parti. Il y avait une raison à ce- la. C’était pour diminuer le risque que les candidats à la proportionnelle aillent sur le terrain pour dire de ne pas voter pour les candidats directs. Parce que sous la proportionnelle, ils ont plus de chances de passer s’il y a moins de candidats directs qui sont élus.

Vous n’étiez pas présent le jour du vote. Ne croyez-vous pas que c’est là où, justement, vous auriez pu exprimer votre désaccord ?

Il n’y avait que ce que l’OPR voulait qui comptait et on ne voulait pas participer à cette mascarade.

Qu’appréhendezvous avec cette réforme qui a été votée ?

Cela peut créer encore plus d’instabilité dans l’île. Nous avions dit qu’un parti qui fait élire le plus de membres directs, il faut lui donner des membres à la proportionnelle pour qu’il ait au moins une majorité de trois. Demain, on risque d’avoir une minorité représentée par une majorité de sièges. Actuellement, il y a ce problème. L’OPR détient 47 % et une majorité d’un seul député. L’opposition a 53 %. Si on avait le système allemand où on permet le Post Electoral Alliance, ce n’est pas l’OPR qui serait au pouvoir aujourd’hui. Si on avait le système à deux tours comme en France, l’OPR ne serait pas au pouvoir. Là, on ne respecte pas le vœu de l’électorat.

Demain, on peut avoir un parti avec 37 % des voix qui fait élire sept membres, et l’opposition a cinq membres. Et si l’opposition peut être composée de plusieurs partis, l’un avec 35 % et l’autre 19 %, l’opposition est majoritaire. Mais avec ce système, il faudra donner autant de sièges pour que le parti au gouvernement soit plus nombreux que l’opposition. Mais il y aura du désordre dans la rue.

En Nouvelle-Zélande, il y a eu ce problème, les gens sont descendus dans la rue. Et c’est justement ce système que l’on veut imposer aux Rodriguais. Je le dis maintenant pour qu’un jour si cela nous arrive, nous ne pourrons pas dire que nous n’étions pas au courant. Cette réforme est dangereuse et il aurait fallu mettre des experts sur ce comité. Sithanen aurait pu les guider.

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