Jacques Lincoln: «Nous voulons rendre l’huître plus accessible aux Mauriciens»

La main-d’oeuvre de Mascareignas Oyster (Mauritius) Ltd sera exclusivement mauricienne, affirme le directeur général de cette compagnie. Selon Jacques Lincoln, pour la seule activité d’ostréiculture, au moins 100 postes seront à pourvoir durant les deux premières années.

Comment a germé l’idée d’une ferme ostréicole à Maurice…
Ce projet est né en 2009. Il était question de démarrer une ferme intégrée à Maurice. Au départ, il s’agissait de lancer une culture de fruits et légumes. Puis, de fil en aiguille, en rencontrant plusieurs pionniers en la matière, nous sommes arrivés à l’idée de créer une ferme dans la région de Bambous-Virieux et de faire de la culture d’huîtres au large de Mahébourg.

Présentez-nous votre société, Mascareignas Oysters (Mauritius) Ltd.
Mascareignas Oyster (Mauritius) Ltd (MOM Ltd) est une nouvelle compagnie mauricienne privée, avec deux directeurs, moi-même et Keshaye Beeda, qui a aussi une longue expérience dans le milieu de l’agro-industrie. Nous sommes les deux seuls actionnaires. Nous avons un partenaire sud-africain, Peter Lockner, qui sera, lui, l’Operations Manager. Mais il n’est pas actionnaire. Ce schéma est voulu pour assurer une meilleure stabilité économique au sein de l’entreprise.

Où se situe plus précisément cette concession d’huîtres?
La culture des huîtres va se faire sur un banc de sable tout près de l’île de la Passe, au large de Mahébourg. Vingt-huit hectares seront dédiés à cette exploitation. Dans quelques mois, nous ferons également du processing et de l’empaquetage près du Barachois de Bambous-Virieux. Nos produits seront aussi exportés.

Quel est le coût global de ce projet de ferme intégrée couplée à l’ostréiculture sur la côte Sud-Est?
À ce jour, je peux avancer le chiffre de Rs 60 millions à monter.

Quelle est la date prévue pour le début des travaux?
Compte tenu du délai d’obtention du certificat d’Environmental Impact Assessment (EIA), d’environ deux mois, et du Trade Licence, entre autres, on estime à l’horizon de mars 2017 le démarrage des travaux. La demande d’EIA a été déposée le 14 décembre au ministère de l’Environnement. Il faut se donner au moins trois mois pour réunir tous les certificats requis avant le démarrage des travaux.

D’où proviendront les naissains d’huîtres destinés à la mise en culture dans les eaux du Sud-Est de l’île?
Nous commanderons nos naissains de France, sous le contrôle du ministère français de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt. À Maurice, le Competent Authority Seafood, instance publique qui assure le contrôle des produits de mer destinés à l’exportation, travaille de concert avec les autorités françaises pour définir un certificat acceptable pour nous, étant donné que l’ostréiculture nous est encore toute nouvelle.

À ce jour, on attend le feu vert du Competent Authority Seafood pour lancer nos premières commandes. On travaille selon les normes françaises, qui sont elles-mêmes de niveau international.

Y aurait-il des règles vétérinaires à respecter au moment de l’importation de ces naissains d’huîtres?
Oui. En effet, nos naissains transiteront en quarantaine une fois à Maurice. Un échantillonnage sera soumis à toute une batterie de tests avant que le lot ne soit acheminé vers les eaux de Mahébourg.

Quid du turn-over de ces huîtres en devenir?
Il faut en moyenne compter entre sept et huit mois pour la maturation de ces huîtres Crassostria gigas, qui est une espèce de choix de l’Atlantique Sud.

Combien d’emplois comptez-vous créer si ce projet est réalisé?
Pour la seule activité d’ostréiculture, nous visons au moins 100 postes durant les deux premières années.

Quelle main-d’oeuvre sera recrutée par MOM Ltd dans le cadre de ce projet?
La main-d’oeuvre sera exclusivement mauricienne. Par contre, ce sera à mon partenaire sud-africain, Peter Lockner, d’assurer la formation en raison de son expertise dans le domaine. À l’heure actuelle, nous ne disposons pas de cette expertise à Maurice.

Plusieurs interrogations subsistent par rapport à l’impact d’un tel projet sur l’écosystème local.
Il n’y aura aucun impact néfaste sur l’environnement. Des paniers remplis de naissains seront suspendus à intervalles réguliers dans l’eau à une profondeur de huit à 24 mètres de façon étagée, sur des colonnes fixées au plancher océanique par du béton.

Au fur et à mesure, les huîtres seront déplacées de panier en panier pour achever leur maturation. Les huîtres, elles-mêmes, agissent comme des filtres. Elles ne rejettent en rien des produits polluants dans l’eau, au contraire… Elles ne se nourrissent que de planctons. Il n’y aura aucun usage de produits chimiques dans la culture de ces mollusques.

Comment comptez-vous inciter les Mauriciens à consommer davantage d’huîtres?
Il est vrai qu’aujourd’hui, le pouvoir d’achat du Mauricien est en berne. L’huître coûte à ce jour, en moyenne, de Rs 28 à Rs 35 l’unité. Elle est importée principalement de France, de Namibie et de Belgique. Notre objectif est de diviser par deux ce prix par une production soutenue, en utilisant des techniques de pointe pour rendre l’huître plus accessible aux Mauriciens.

Quel est l’objectif de la compagnie en termes de production?
Notre objectif est de produire 50 000 à 80 000 huîtres par semaine. De ce contingent, 95% seront dédiés à l’exportation. Le marché asiatique demeure notre priorité actuellement.

Quelles sont les vertus de l’huître?
L’huître est un aliment très nourrissant. Elle est une excellente source d’oligoéléments, tels le zinc, le fer, le calcium, le sélénium. Elle renferme aussi beaucoup de vitamines A et B. Très riche en protéines, l’huître est cependant peu calorique. Une douzaine d’huîtres n’apporte que 110 calories en moyenne. Mangeons des huîtres!

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