Bilan des réalisations du gouvernement Lepep (2015 et 2016)

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La lecture analytique du document sur les réalisations gouvernementales de 2015 à 2016 est très instructive à plus d’un titre.

La lecture analytique du document sur les réalisations gouvernementales de 2015 à 2016 est très instructive à plus d’un titre.

Un document de 56 pages, imprimé par la Governement Printing et distribué par le journal Le Défi au grand public dans le courant de la semaine dernière visait à résumer, selon les termes de l’édito, «un tableau fidèle des réalisations gouvernementales». Dans cet éditorial, l’on rapporte, parmi les projets prioritaires, (1) le plan Marshall, qui commence maintenant, (2) le logement – 978 maisons sociales construites depuis janvier 2015, (3) l’amélioration du pouvoir d’achat (pension de Rs 5 000, compensation de Rs 600 en janvier 2015 et PRB coûtant Rs 16 milliards), (4) le Nine-Year Schooling remplaçant le CPE, (5) le transport public avec le Metro Express démarrant en mars 2017 et le programme de décongestion routière démarrant également en 2017, (6) le Bagatelle Dam qui commence à se remplir et qui approvisionnera Port-Louis dans quatre à six mois, (7) les Jeux des îles de 2019 où une part importante des financements (Rs 1,9 milliard) a été trouvée avec la Chine, (8) une centaine de projets e-government qui ont été réalisés pour Rs 800 millions ces deux dernières années.

Le mot RÉALISATION semble ainsi parfois un peu déconnecté de la réalité 2015-2016. L’amélioration du pouvoir d’achat de la population par Rs 14 milliards EST une réalisation – même si l’on peut pinailler en rappelant que, comme pour les dix dernières années, ces améliorations, sont, une fois encore, largement au-delà des gains de productivité nationale – ce qui ne saurait perdurer bien longtemps, à moins que les étrangers ne veulent continuer à nous permettre de vivre au-dessus de nos moyens !

Autres réalisations : 100 projets d’e-government et 978 maisons. Cependant, le plan Marshall démarre maintenant seulement, le Nine-Year Schooling en 2017 – et l’on saura si le jeu aura valu la chandelle (tests PISA ?) dans quelques années seulement ! – le Metro Express – idée reprise des gouvernements précédents – verra son 1er coup de pioche en mars (personne ne connaît le plan à ce stade et ne sait s’il est soutenable !), la décongestion routière arrive, le Bagatelle Dam (projet entamé par le gouvernement précédent), se remplit maintenant seulement et les Jeux des îles, c’est dans deux ans ! Ça fait maigre comme RÉALISATIONS. C’est évidemment un peu plus musclé en tant que PROJETS qui arrivent, espérant qu’ils ne seront pas parfois stoppés nets comme Héritage City en son temps…. Ou DP World, jusqu’à ce que l’on en confie la responsabilité au ministre Soodhun.

Voici une analyse critique (E & OE) de quelques-uns des ministères couverts par ce document instructif à plus d’un titre.

Bureau du Premier ministre

Dix accords bilatéraux de droits d’atterrissage ont bien été signés et un air corridor a bien été établi. Turkish Airlines et Air Asia sont chez nous. Lufthansa est de retour. Le tourisme en profite. Musclé sur le dossier Chagos, on s’est tout de même fait doubler par Boris Johnson. Sur le plan Law & Order, le gouvernement souligne les dépenses, pas les résultats. On comprend ! Le pouvoir d’achat a bien été rehaussé, la lutte contre la drogue se résume principalement à une commission d’enquête (en cours) et Rodrigues a eu sa réforme électorale aux forceps.

Tourisme et communications extérieures

Bizarre que le ministère, présenté de cette manière-là, ne s’occupe finalement pas de l’aviation. Le tourisme a été l’un des succès notoires de 2015-2016 : des campagnes de promotion plus solides, des bateaux de croisière, une hausse marquée de touristes, la classification des hôtels… les résultats sont tangibles. En ce qui concerne le port, nous avons quelques travaux d’agrandissement, pas un mot sur DP World et le développement portuaire, sauce Luchmeenaraidoo. De plus, pour le bunkering, on se… positionne toujours, le potentiel reste grand et l’on est, par ailleurs, réduit à se vanter du prix reçu pour l’aéroport de Plaisance comme étant le meilleur d’Afrique !

Logement et terres

On a construit 978 logements en deux ans. 970 maisons seront aussi livrées en 2017. Puis la courbe – des promesses – va s’accélérer, dit-on : 2 912 logements en 2018 et 5 000 en 2018-19. Les nouvelles maisons seront de 50 m2, pas 39 m2. Ceux qui peuvent en bénéficier n’auront plus à mentir puisque le plafond pour se qualifier double à Rs 20 000. 735 arpents de terres de l’État ont été repris parce que les conditions imposées n’ont pas été respectées. On ne spécifie cependant pas combien d’arpents ont été alloués en deux ans.

Énergie et services publics

Depuis le 1er janvier 2016, 70 000 ménages à faibles revenus paient le Kwh à Rs 3,80 moins cher et 52 000 ménages bénéficient de 6 m³ d’eau gratuitement. De plus, 10 000 familles ne paient aucun frais pour leur facture d’eau usée et 12 000 familles privées d’électricité ont été «gratuitement et exceptionnellement» reconnectées au réseau du CEB. Clairement, la baisse du prix du pétrole et du charbon a donné une marge de manœuvre pour ce faire, la baisse des cours n’ayant pas bénéficié aux consommateurs en général. Apres l’annulation de CT Power et un faux départ sur le remplacement des turbines de St-Louis, 60 MW devraient être disponibles fin 2017. Surprenant ! Ce bilan parle d’énergie renouvelable positivement alors que, dans les faits, l’on va même jusqu’à «taxer» des installations solaires qui gardent le CEB en appoint ! Quelle est la logique ?

L’efficacité énergétique d’appareils importés sera suivie à partir de juillet 2017 et tout appareil non-conforme paiera 25 % de droits douaniers de plus. Bagatelle Dam (projet entamé par l’ancien gouvernement) sera fonctionnel dans quatre à six mois et le Rivière-des-Anguilles Dam, s’il démarre en 2018, sera prêt en… 2021, ce qui pourrait permettre à tout nouveau gouvernement non Lepep de… l’inaugurer ! Juste revirement des choses.

Pour le remplacement des tuyaux percés, deux tableaux : le premier aligne huit «projets accomplis» de 33,7 Kms et le second indique, en résumé, 80 Kms de tuyaux «remplacés ou réhabilités» sur six sites. Cela, alors que la somme obtenue du tableau est de…. 71,1 Kms. En guise de «réalisations», de nombreux autres projets arrivent, notamment grâce à Rs 3,4 milliards obtenus du Build Mauritius Fund.

Finances et développement économique

Ce qui frappe d’emblée, ce sont les graphiques, tous choisis pour montrer des hausses partout. Par contre, l’effet visuel est maximisé par une absence d’échelle sur l’axe Y et un usage maximum de l’effet «cul-de-jatte». Ainsi, voyez le graphique reproduit, par exemple, pour la croissance économique (Voir Bilan 2015-2016). Si les 3 % de 2015 équivalent à cinq «lignes» horizontales, chaque «ligne» vaut 0,6 % de croissance et donc la croissance 2016 équivaudrait à 6,16 lignes. Or, on l’agrémente de… 8,3 «lignes» ! Ce qui est FAUX ! On atteint ce résultat en coupant la croissance sous la ceinture…


 

La plus grande réussite des Finances est présentée comme étant le «don» de Rs 12,7 milliards reçu de l’Inde. Pas un mot sur ce que l’on a ne concède en retour. Don aussi de Sr 1,9 milliard de la Chine pour un complexe omnisports pour les Jeux des îles de 2019 et accords concluants avec l’UE, comprenant un autre don de Rs 280 millions. Pas de doute, on nous aime !

Technologie, communication et innovation

Cent projets d’e-government (Rs 800 millions), un Skills Development Programme, 14 projets de recherche CRIGS approuvés (11 en cours), une unité de cyber-sécurité pour les institutions du gouvernement, le ministère s’est lancé dans l’installation de 250 nouvelles bornes Wi-Fi dans le dernier Budget présenté en juillet. À savoir que depuis 2013, 350 bornes Wi-Fi attendent d’être installées. Jusqu’ici, une cinquantaine de sites, y compris ceux du privé, offrent du Wi-Fi gratuitement. Mauritius Telecom a permis d’installer certaines bornes dans les computer clubs situés dans les collèges et autres centres sociaux, entre autres.

Toutefois, cette liste de zones n’est pas disponible sur le site du ministère ni sur celui de l’opérateur. La fusion de l’IBA-ICTA-MCML est toujours en suspens. Cette annonce date du Budget de 2013. Aucune mention n’a été faite sur les améliorations à l’accès Internet ou d’une amélioration de la vitesse de connexion, ou de progrès sur le troisième câble coop qui va relier Maurice à l’étranger, ou sur le réseau local de câble de fibre optique…

De même, le ministère annonce, depuis deux ans, la couverture de Maurice par la fibre. Plus de 50 % du pays serait couvert. Sauf que c’est l’opérateur Mauritius Telecom qui installe ce réseau national.

Travail, relations industrielles, emploi et formation

YEP, DTP, BTW… Autant d’acronymes pour tenter de faciliter le premier emploi ou le réemploi. Au niveau des «projets» : un salaire minimum en 2017 et une Agence nationale de l’emploi va finir par arriver. Mais quand le «boom» économique prévu pour 2017 sera-t-il enclenché ? Puis le National Skills Programme va former 5 000 jeunes, un Trainee Engineer Scheme va insérer 400 diplômés dans des ministères avec un salaire de Rs 24 000 pendant deux ans. Les lois du travail seront amendées, mais est-ce en faveur de l’emploi ou des employés ?

Affaires étrangères, intégration régionale et commerce international

Privé du dossier Chagos, ce ministère semble voué a la routine : commissions mixtes à l’étude, zones économiques exclusives en devenir, projets d’ambassades en Arabie (a-t-on établi le «value for money» des ambassades existantes ?), comités de travail avec le Pakistan ou la Turquie, accord TISA, loi-cadre en préparation pour la propriété intellectuelle.

Jeunesse et sports

Le déclic du sport mauricien, à en croire le titre et le bilan du ministère de la Jeunesse et des sports, ce sont les six mois entre la prise de pouvoir de l’alliance Lepep et les neuvième Jeux des îles en août 2015 qui ont permis à Maurice de ramener 66 médailles d’or. Si c’est bien la meilleure performance des athlètes mauriciens, ce n’est pas un travail de six mois mais de longues années d’entraînement et de sacrifice. L’impact du ministère n’est certes pas à ignorer. Donner les facilités nécessaires pour aider à la perfection de l’entraînement est d’une importance capitale mais il ne faut pas oublier que lors des JIOI de 2015, la performance des autres athlètes contre lesquels les Mauriciens se sont frottés n’était pas des plus impressionnantes.

Cela n’a pas empêché certains de nos athlètes de faire aussi bonne figure durant les Jeux d’Afrique, bonne figure dont le ministère se vante d’avoir permis. En ce qui concerne les prochains Jeux des îles que Maurice organisera, une seule ligne est consacrée à cet événement dans les réalisations du ministère. Certes les Jeux des Iles 2019 sont tombés dans les bras du gouvernement après que les Comores ont été considérées incapables de les organiser. Pourtant, rien dans le bilan, pas même le logo déjà dévoilé. Dans les oublis toujours, les handisportifs. L’on se souvient que le ministre de tutelle a eu un décousu avec l’une d’elles durant l’année mais cela ne devrait pas être matière à tenir rancœur. Les handisportifs ont ramené autant de médailles que les autres, mais aucune mention n’a été faite par le ministère.

Économie océanique, ressources marines, pêche, transport maritime et îles éparses

Dans le bilan du ministère de l’Économie océanique, des ressources marines, de la pêche, des services maritimes et des îles éparses, l’accent est mis sur les investissements faits pour développer l’économie bleue. En faire un pilier de l’économie est un objectif concevable mais les ressources sont limitées. Certaines voix se sont déjà élevées contre le risque de surexploitation de l’océan (ONG, océanographes...).

Dans son bilan, le ministère revient aussi sur la fermeture de la pêche à l’ourite qualifiée de succès, sur l’investissement dans l’aquaculture, sur la pêche industrielle en haute mer pour réduire l’impact de cette activité sur le lagon et sur le parc marin de Blue-Bay. Ce parc est en souffrance car le braconnage est de mise. En ce qui concerne la pêche industrielle, le contrôle des navires pêchant clandestinement dans le lagon reste une épine importante dans le pied de Maurice. Durant les conférences et les retours sur l’économie océanique, ce point a été soulevé mais aucune réponse autre que «la mise en place d’un système avec l’aide de la National Coast Guard (NCG)» n’a été émise et aucune réponse n’est trouvable dans le bilan du ministère de la Pêche.

Infrastructures publiques et transport en commun

 «Sécuriser davantage nos routes.» C’est le titre du bilan du ministère des Infrastructures publiques. Cependant, aucune mention n’est faite sur le nombre de morts de cette année (143 morts). Le Road Decongestion Programme est couvert en à peine deux lignes. On ne donne aucun chiffre sur les speed cameras (Combien sont-elles ? Combien coûtent-elles ? Que rapportent-elles ? Quel est le taux mensuel de caméras qui ne marchent (qui n’encaissent !) pas ?) Le bilan fait aussi état des projets réalisés par la Compagnie nationale de transport, mais il ne parle pas du poste de directeur général qui a été vacant à plusieurs reprises. Le projet Métro Express ne figure pas dans ce bilan. Ce ministère avait mis ce projet au placard avant de le relancer.

Quand un bilan de deux ans d’action gouvernementale se croit devoir mentionner la construction de 98 abribus, ou le traçage des lignes jaunes à la route La Caverne no1 et les rambardes à Pierrefonds, on sent que l’on frise le gaspillage de papier. Quand le titre du paragraphe qui décrit la création de la 1ère  moto-école se lit : «Le lancement du projet Omnicane Airport Highway», on sait que c’est le cas …et que personne ne relit les textes.

Industrie, commerce et protection des consommateurs

Campagne nationale pour l’affichage des prix, le contrôle plus strict sur l’exportation de la vieille ferraille et l’importation des voitures seconde main. Ce ministère dit aussi que la présence de la STC dans le marché du riz basmati «fait bénéficier Rs 260 millions à la population» (sic !), mais sans démontrer comment (Graphique I). Divers projets en «bonne voie» comprennent le bunkering, des capacités de stockage additionnel et l’informatisation du contrôle des prix.

Ce ministère fait grand cas de la baisse de l’essence et du diesel, mais que, loin d’être une «réalisation», cette baisse n’est que le reflet partiel de la baisse des cours du pétrole sur le marché international, de $ 110 par baril en juin 2014 à $ 47 15 mois plus tard, et même $ 30 en décembre 2015, le Build Mauritius Fund encaissant une manne conséquente, en passant (Graphique II). De même pour le gaz. Quant à l’économie de Rs 385 millions en deux ans sur la farine, elle découle aussi directement de la chute du prix du blé sur le marché mondial (voir Graphique III). Par ailleurs, le bilan ne fait aucune mention des profits que le gouvernement aurait faits depuis la rupture de contrat avec Betamax pour le transport du carburant à Maurice et aucune référence au contrat Petredec non plus.

GRAPHIQUE I - ( Source : INDEX MUNDI )
GRAPHIQUE II ( Source : INFOMINE ) 
GRAPHIQUE III - ( Source : NASDAQ )

Éducation, ressources humaines, enseignement supérieur et recherche scientifique

Dans son bilan, la ministre de l’Éducation Leela Devi Dookun-Luchoomun vante les mérites du Nine-Year Schooling (NYS). Dans l’introduction, l’on parle de l’échec des anciens ministres de l’Éducation qui auraient engendré des «résultats probants» malgré leurs tentatives respectives à «enclencher des changements majeurs». Mais il faut se rappeler que des changements majeurs ont été initiés avec Kadress Pillay ou encore Steve Obeegadoo en 2000. Les changements n’avaient, cependant, pas pu être observés puisque les régimes qui ont suivi se sont empressés de réformer la réforme. Le Nine-Year Basic Education ne prendra effet qu’en 2019, soit l’année des élections législatives. Il faudrait, peut-être donc, attendre de voir si le NYS aura vraiment lieu avant de comparer cette réforme à celle d’anciens ministres.

Aussi dans le cadre du NYS, le bilan annonce que des tablettes seront distribuées aux élèves de Grade 1 et 2 et ce «avec l’aide du gouvernement indien». Ce qui est un euphémisme puisque c’est l’Inde qui finance à 100 % ce projet au coût de Rs 500 millions. Sous le titre «promesse tenue», le ministère de l’Éducation se vante du déboursement de Rs 340 millions à 83 % de la population estudiantine pour payer les frais des examens du SC et du HSC. Pourtant, elle n’a pas mentionné les nombreuses grèves qui ont eu lieu dans les rues de la capitale et dans les écoles à cause de cette mesure. En effet, les élèves ont déploré un manque d’organisation et de communication quant aux conditions pour bénéficier de cette aide, soit au moins 90 % de présence en classe. L’amendement à la Private Secondary Schools Association Act a aussi été très critiqué dans les milieux. Le «Cash Award - les enfants issus de milieux vulnérables sont encouragés à poursuivre leurs études secondaires à travers une mesure sans précédent». C’est aussi ce que dit le bilan. Cependant, aucun détail de plus. À combien s’élève ce cash award ? Qui y a droit ? On restera sur notre faim.

Attorney General

Le bureau de l’Attorney General se targue d’avoir fait voter 57 projets de loi et adopter 498 regulations. Certes, Ravi Yerrigadoo peut se vanter d’avoir passé des lois comme le Police Membership of Trade Union Act qui permet aux policiers de se syndiquer, car c’était une promesse électorale ou encore le Limited liability Partnership et le BOT 2016. Mais la publication du gouvernement ne fait aucunement mention de l’échec essuyé avec le Prosecution Commission Bill. Même si Xavier-Luc Duval est tout sauf crédible sur les raisons de sa démission, l’histoire retiendra qu’officiellement, c’est cette loi qui a provoqué la cassure du gouvernement.

Santé et qualité de la vie

Le bilan de la Santé sort de l’ordinaire avec des chiffres sur les cas ambulatoires, les admissions, les dialyses, des anecdotes humaines (un bébé de trois mois sauvé après cinq heures en chirurgie) ou intéressantes (la STC aurait apparemment, en début d’année, acheté 420 tonnes de farine avariée destinée à être de l’animal feed sans l’aval du ministère de la Santé, qui est intervenu à temps et qui a tout fait détruire !). Mentionnons aussi les 350 tonnes de médicaments périmés valant Rs 1 milliard, la politique plus efficace qui consiste à ne plus envoyer des patients inopérables à Maurice à l’étranger, mais au contraire à faire des spécialistes venir au pays – économisant des «centaines de millions de roupies».

Annoncé depuis 2015, la démolition de l'actuel hôpital Ear Nose and Throat (ENT) n'a toujours pas eu lieu cette année-ci. Pourtant, la maquette de l'hôpital est déjà prête. Le centre de cancer (ancienne clinique MedPoint) à Solférino n'est pas opérationnel. Ce projet, qui date de deux ans, comprend deux phases : la rénovation ainsi que la construction d'un bunker pour les équipements. Le shift system dans les départements d'urgences n'aurait pas donné les résultats escomptés. Selon les médecins, les files d'attente n'ont pas diminué. Ils affirment que les conditions de travail se sont empirées. Le taux de réussite du traitement Subroxone, introduit pour les toxicomanes cette année-ci, ne fait pas l'unanimité. Alors que le ministère affirme qu’il y a un taux de réussite de 70 %, AILES parle, elle, de fiasco total avec un taux d'échec de 97 %. Les examens Pre-Reg introduits cette année ont été vivement contestés par les aspirants médecins. Cette affaire a même été portée en cour.

Art et culture

L'inscription du Geet Gawai au patrimoine culturel de l'UNESCO est une suite logique puisqu’en 2014, le dossier avait déjà été finalisé et l'inscription ne relevait que d'une formalité. L'ouverture de l'accès au Morne a été vivement critiquée. Parmi les points évoqués : le manque de planification et le manque de contrôle en ce qui concerne le public. La rénovation du théâtre Serge Constantin avait déjà été entamée sous l'ancienne administration. L'état de certains monuments classés patrimoines nationaux laisse à désirer. Dernier exemple en date : le monument dédié au prince sri lankais Ehelepola, exilé à Maurice.

Collectivités locales


 

Le prix de la meilleure photo sans aucun doute : celle du ministre Husnoo rayonnant au milieu d’officiers jetant leurs képis au ciel ! Cela paraissait être une réalisation marquante : 2 221 marchands dit «ambulants» ont été relogés dans des lieux spécifiques en avril 2016, débloquant les rues de nos villes et de Port-Louis en particulier. Malheureusement, en fin d’année (Porlwi by Light, etc…), la volonté fléchissait, la mollesse s’installait à nouveau.

La salle des fêtes du Plaza est refaite ! Le théâtre de Port-Louis et celui du Plaza restent au niveau de «projets à concrétiser», pas des réalisations. Plus généralement, le Building Permit est désormais disponible en huit jours au lieu de 14 ! Projet mirifique à l’horizon : Rs 52 milliards pour réinventer Port-Louis. On compte sur le secteur privé local et international sous la BOT. Bonne chance !

Intégration sociale et autonomisation économique

Pour un ministère concerné par la lutte contre la pauvreté absolue, la photo choisie pour illustrer ses réalisations aurait pu être plus représentative. Optant pour une maison en béton, avec trois réservoirs d’eau et à première vue, connectée aux réseaux d’eau, d’électricité et de téléphonie, cette photo ne semble pas suffisamment pertinente par rapport au combat que veut mener ce ministère. Qui plus est, l’illustration a l’air d’occuper bien plus de place qu’il n’en fallait. Il en va de même pour l’espace accordé au mot «marche» dans la phrase «le plan Marshall désormais en marche».

Parmi ses réalisations, le ministère mentionne avoir donné des matériels scolaires à 40 000 étudiants du cycle pré-primaire, primaire et secondaire. Mais il n’est pas mentionné ce qui a été fait pour les étudiants du tertiaire. Pour rappel, le gouvernement avait annoncé qu’il allait «établir un programme d’assistance aux étudiants issus de familles pauvres afin qu’ils puissent poursuivre leurs études supérieures».

Agro-Industrie et sécurité alimentaire

Prix de la bagasse rehaussé de plus de 1 000 % (plus de bagasse pour planteurs d’anthuriums… ?), mesures diverses pour petits planteurs de canne à sucre, Bio-Farming Scheme, Compost Subsidy Scheme, Sheltered Farming Scheme, projet Mauri Gap pour accélérer la culture bio (l’objectif est toujours de s’assurer que 50 % de notre production alimentaire soit bio en 2019 !) mise en œuvre du projet SMART Agriculture avec la Chambre d’agriculture, taxe de 15 % sur les pesticides pour favoriser le bio, abattage raisonné des chauves-souris, salon de l’agriculture, relance de la production de miel… le bilan paraît plutôt réussi.

«Les actions prises pour épargner le pays d’une propagation de la fièvre aphteuse ont été fortement saluées.» Vraiment ? Pas si sûr. Le ministère y est peut être allé trop fort en se targuant sur un sujet qui a vu la mise sur pied d’une commission d’enquête. Qui plus est, les témoignages devant cette commission d’enquête ont souvent été très critiques envers les autorités. Et pas un mot sur l’alerte de la salmonelle sur les poussins du Réduit !

Puis, le ministère de l’Agro-industrie se vante d’avoir relancé le secteur du thé. Oui, ce n’est pas faux de dire que l’ancienne usine de thé de Dubreuil sera rouverte, couplée avec d’autres mesures du gouvernement en faveur de ce secteur. Seul hic, le ministère fait complètement abstraction de la pénurie du thé local en vrac qui a secoué le pays en 2016. La production de thé a chuté d’environ 30 %, affectée notamment par le climat et une main-d’œuvre vieillissante. Mahen Seeruttun a concédé, lui-même, au Parlement que le gouvernement envisage de se tourner vers l’importation et pourtant aucune mention dans la publication officielle.

Services financiers, bonne gouvernance et réformes institutionnelles

La publication officielle du gouvernement fait pâle figure face à ce que Roshi Bhadain avait lui-même publié sur Facebook. Réalisations Bilan 2015-2016 lui accorde deux pages et 15 réalisations, tandis qu’en octobre, le ministre avait lui-même publié un e-document de 38 pages avec 60 réalisations. Pas sûr que Roshi Bhadain apprécie la version raccourcie de son bilan. Évidemment, ce bilan – chapeauté par l’attaché de presse de Pravind Jugnauth – ne fait nullement mention du projet Heritage City, abandonné après une campagne de Gérard Sanspeur sur la solidité du Bagatelle Dam, aujourd’hui déclaré «safe». Roshi Bhadain, dans son bilan à lui, s’était targué d’avoir obtenu le financement indien initialement pour Heritage City, et l’argent, après l’abandon du projet, est allé à d’autres projets. Des projets qui, dans la publication du gouvernement, apparaissent dans la page «Ministère des Finances» ! C’est une manière de voir les choses. L’autre manière de voir, certains peuvent l’arguer, c’est que le grand Roshi Bhadain a courbé l’échine devant le petit Sanspeur.

Activité économique, entreprise et coopératives

Alors que MyBiz, la one-stop-shop pour les Petites et moyennes entreprises (PME), laisse toujours perplexe bon nombre de PME, et que les procédures pour être éligible aux programmes d’accompagnement offerts par les incubateurs d’entreprises du ministère demeurent floues, le bilan tel que présenté dans la publication du gouvernement n’explique pas l’impact que les différentes mesures du ministère ont eu sur les PME. Comment les différents ateliers de travail et les foires ont aidé les PME dans la pratique ? Dans les 200 coopératives à avoir bénéficié de l’aide du ministère pour la réalisation de leurs projets, combien ont pu faire aboutir ceux-ci ?

Sécurité sociale, solidarité nationale et institutions réformatrices

Les mesures principales du ministère de la Sécurité sociale, de la solidarité nationale et des institutions réformatrices pour les années 2015-2016 concernent les pensions. Pour bénéficier d’appareils auditifs, de lunettes ou encore de dentiers, les personnes vulnérables ne doivent pas gagner plus de Rs 300 000 par an. Soit Rs 25 000 par mois. Ce chiffre était auparavant de Rs 150 000 par an.

Le bilan du ministère de la Sécurité sociale ne fait pas état des autres éventuelles conditions attachées à ce nouveau seuil d’éligibilité. En sus de cela, le nombre de bénéficiaires des diverses pensions n’est pas encore disponible pour 2016. Le bilan fait aussi état de plusieurs centres récréatifs dans lesquels les personnes âgées peuvent faire des séjours. Pourtant, les associations de troisième âge ne cessent de demander un système d’allocation de ces centres plus transparent et plus équitable.

Environnement, développement durable, désastres et gestion des plages

La police de l’environnement devrait être mieux équipée pour agir contre la pollution des véhicules ; la fumée et la pollution sonore. En ce qui concerne les plages, il n’y a toujours pas de vigilance towers, ni de beach guards et les marchands de plage sont toujours présents. L’initiative pour empêcher l’utilisation des sacs plastique est une bonne chose mais il y a encore à faire au niveau de l’application, car les sacs plastique sont toujours en vente.

Fonction publique

La formation des fonctionnaires par le Civil Service College devrait inclure la formation des employés des corps parapublics. Les consultations devraient aller plus vite afin que le flexitime soit appliqué comme prévu en janvier. On ne voit toujours pas de réforme dans la Fonction publique et il n’y a pas encore de Public Service Bill.

Égalité du genre, développement de l’enfant et bien-être familial

Dans son bilan, le ministère souligne la mise sur pied de son programme Égalite zom/fam nou l’obzektif, cela avant même le challenge Parité 2030 des Nations unies. Mais pour ce qui est de l’intention de l’alliance Lepep de «revoir le salaire des femmes dans tous les secteurs pour garantir le principe equal pay for equal work», aucune mention n’est faite dans le bilan. Pas de développement non plus concernant «l’application de toutes les lois existantes qui assurent qu’il n’y ait pas de discrimination contre la femme, surtout au travail», point qui figure également sur le manifeste électoral du gouvernement.

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