Xavier-Luc Duval: l’opportuniste chanceux

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Depuis son entrée en politique en 1987, Xavier-Luc Duval a su s’organiser pour quitter un gouvernement impopulaire au bon moment et se retrouver au sein d’une alliance, qui avec un coup de pouce de Dame chance, remporte les élections. Retour sur le parcours d’un poussin devenu leader du parti du coq.

1er septembre 1987. Coup de tonnerre dans le ciel mauve portlouisien. Un nuage bleu y fait son apparition. Xavier-Luc Duval (XLD) pénètre par effraction sur le MMM Territory. Il devance, aux élections générales du 30 août, dans la circonscription no 4 (Port-Louis-Nord–Montagne-Longue), Dinesh Mundil, le candidat du MMM, par 335 voix. Le fils de sir Gaëtan Duval met fin à la suprématie des mauves dans les quatre circonscriptions de la capitale. Fini les 12-0, «pisso kasé !» clament les partisans du Parti mauricien social démocrate (PMSD).

XLD est un candidat «timide, terne et un piètre orateur qui s’est fait élire surtout parce qu’il était le fils de sir Gaëtan Duval», affirme un de ses colistiers. Comme quoi, les dynasties en politique ne datent pas d’aujourd’hui.

Le député XLD est à l’image du candidat. Les habitués de l’Assemblée nationale, à l’époque, n’ont pas souvenir d’un discours marquant du parlementaire bleu. Rares sont ses apparitions dans sa circonscription. Le poussin d’alors accorde la priorité à sa carrière d’expert-comptable et passe plus de temps dans les locaux du cabinet Coopers & Lybrand, à la place Cathédrale, à Port-Louis.

Naît alors l’alliance Mouvement socialiste militant (MSM)-Mouvement militant mauricien (MMM), en 1990. Et lors des élections générales du 15 septembre 1991, XLD, candidat de l’alliance Parti travailliste (PTr)-PMSD, dans la circonscription no 6 (Grand-Baie– Poudre-d’Or), se fait battre à plate couture, y laissant des plumes. Cependant, il fait son entrée à l’Assemblée nationale, quand son père, député correctif, démissionne un mois après les élections. Était-ce un deal papa-piti avant la lettre?

À l’Assemblée nationale, XLD fait partie de l’opposition maigrichonne qui affronte l’imposante majorité MSM-MMM, composée de 57 députés. Le parlementaire Duval est aussi effacé qu’il l’était durant la précédente législature.

Débat télévisé

Le fils de sir Gaëtan Duval a la chance de faire ses preuves aux élections municipales partielles de juillet 1993, à Beau-Bassin–Rose-Hill. Il se jette corps et âme dans la campagne et parvient à faire élire Bernard Betsy, Anthony Chung et Penny Hack, trois candidats bleus inconnus du grand public, contre les candidats MMM-MSM, dont Rajesh Bhagwan, ancien maire de la ville. C’est un tournant dans la carrière de XLD, se souvient un ancien député MSM, qui se rappelle encore du débat télévisé entre le jeune Duval et Jean Claude de l’Estrac, alors un ténor de la politique. Et lors duquel le jeune coq avait fait forte impression.

La défaite des candidats MSM-MMM sera le prélude à la cassure de l’alliance gouvernementale qui survient à la fin de l’année. En janvier 1995 a lieu une élection partielle dans la circonscription no 19 (Stanley–Rose-Hill) après la double démission de Paul Bérenger et de Jean Claude de l’Estrac, alors ministre de l’Industrie. Ce dernier est battu.

Sir Gaëtan Duval, en bon opportuniste, propose un coup de main à sir Anerood Jugnauth. Le PMSD retrouve les bancs du gouvernement. XLD accède pour la première fois à des fonctions ministérielles; il récupère le portefeuille de l’Industrie. Il le retiendra jusqu’à son départ du gouvernement en 1995, dans le sillage du désaccord au sein de la majorité sur la question des langues orientales et le ranking aux examens du Certificate of Primary Education.

XLD n’est pas candidat aux élections de décembre 1995. Par la suite, il se brouille avec son père et le PMSD. Il fonde le Parti mauricien Xavier Duval (PMXD). C’est en tant que représentant de ce parti, qu’en alliance avec le PTr, il devance Françoise Labelle dans une élection partielle au no 20 (Beau-Bassin–Petite-Rivière) en septembre 1999. Il devient ministre du Tourisme.

Puis, c’est le passage à vide, durant la période 2000-2005; l’alliance MSM-MMM est au gouvernement. Toutefois, aux élections de 2005, l’Alliance sociale, qui comprend le PTr, le PMXD et le Mouvement républicain, a raison de la majorité sortante et Xavier-Luc Duval, élu dans la circonscription no 18 (Belle-Rose–Quatre-Bornes), devient vice-Premier ministre.

Lors des élections générales de 2010, XLD se fait réélire à Belle-Rose–Quatre-Bornes et retrouve son poste de vice-Premier ministre. Il s’en ira du gouvernement Ramgoolam en 2014, quand ce dernier entre en alliance avec Bérenger. Sans état d’âme, le leader du PMSD se joint à l’alliance Lepep. Coup de chance, c’est un tsunami électoral et Xavier-Luc Duval se retrouve Deputy Prime Minister.

Dernier épisode en date : départ du gouvernement sur fond de mécontentement autour du Prosecution Commission Bill. Mais qui peut dire si ce n’est pas le prélude à l’arrimage à une prochaine alliance gagnante dans quelques mois?

Xavier-Luc Duval : «Je suis dans un fighting mood»

Quel est votre état d’esprit après le départ de Ramalingum Maistry du PMSD?

C’est le secrétaire général du parti qui s’occupe de ce dossier.

Il y a trois mois de tractations avant la rentrée parlementaire, le 28 mars. Pensez-vous qu’il y aura d’autres membres du parti qui vont claquer la porte?

C’est à eux de voir s’ils veulent en assumer les conséquences. C’est à eux de voir s’ils sont prêts à se faire cracher dessus ou se faire lapider avec des œufs. C’est à eux d’assumer leurs responsabilités.

Et les transfuges alors?

Ce serait horrible si jamais Marie Claire Monty décidait de choisir l’autre camp. C’est qui est honteux, c’est le fait que les ministres du PMSD ont fait un grand sacrifice en soumettant leur démission. Il est très vilain de profiter du sacrifice de vos collègues!

Sinon, quel sera le style de Xavier-Luc Duval (XLD) en tant que leader de l’opposition?

Ce sera un style propre à XLD. Vous allez bientôt le découvrir, à la rentrée parlementaire. C’est un nouveau rôle pour moi et entre-temps, beaucoup de choses peuvent se passer au niveau de l’échiquier politique. En tout cas, je peux dire que je suis actuellement dans un fighting mood pour la rentrée.

Sera-t-il facile de travailler avec les autres membres de l’opposition?

Je n’entrevois aucun problème de mon côté. Nous allons travailler de concert avec les autres partis de l’opposition pour barrer la route aux dérives gouvernementales. Je suis prêt à travailler avec Alan Ganoo, Raffick Sorefan et les autres. J’ai d’ailleurs rencontré l’ancien leader de l’opposition, Paul Bérenger, pour la passation de pouvoirs. J’ai également rencontré le chef de file du Parti travailliste (PTr) au Parlement, Shakeel Mohamed. Nous vivons dans un pays civilisé. C’est ce qui est le plus important. Cela ne me pose aucun problème de travailler avec eux, et même s’il faut poser des questions sur les secteurs qui, auparavant, tombaient sous mon ministère, je le ferai.

Je ferai en tout cas mon travail correctement, sans frayeur et sans attendre aucune faveur. C’est mon droit constitutionnel de poser des questions. Je poserai ma Private Notice Question et les autres membres de l’opposition auront le droit de poser des questions additionnelles.

Et comment le leader de l’opposition compte-t-il passer les fêtes ?

En famille.

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