Adrien Duval: «Il n’y aura pas de deal ‘papa-piti’ lorsqu’il faudra succéder à Xavier-Luc Duval…»

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Adrien Duval, l'ancien Deputy Speaker de l’Assemblée nationale.

Adrien Duval, l'ancien Deputy Speaker de l’Assemblée nationale.

Adrien Duval a démissionné de son poste de Deputy Speaker de l’Assemblée nationale lundi. Ce membre du bureau politique du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) explique les raisons qui ont motivé le départ du parti du gouvernement.

Votre état d’esprit après avoir démissionné comme Deputy Speaker de l’Assemblée nationale ?

Je ressens un grand soulagement car je sais qu’à travers ma démission, j’ai participé au processus du parti qui vise à sauver le pays contre les dérives et les actions irréfléchies pour changer le système constitutionnel à tout jamais. Désormais, le gouvernement ne pourra pas abuser de son pouvoir de majorité des trois quarts à l’Assemblée nationale.

Je suis serein car le PMSD a un rôle beaucoup plus important à jouer au niveau de l’Assemblée nationale maintenant. Quand j’étais encore Deputy Speaker, je ne pouvais pas poser des questions. Je vais enfin pouvoir exercer mon rôle de député au sein de l’opposition. Plus de limitation à la parole. Je poserai des questions sur des sujets qui m’intéressent. J’aurai maintenant l’opportunité de défendre les intérêts des Mauriciens.

Est-ce que le PMSD était mal à l’aise au sein du gouvernement ?

Je pense que le leader du parti, Xavier-Luc Duval, a eu l’occasion de s’expliquer sur ce sujet. Moi, je considère qu’il devrait y avoir une certaine manière de traiter des sujets nationaux, tels que le Prosecution Commission Bill. Je suis convaincu qu’il y avait un agenda caché pour précipiter les choses durant la période festive, lorsque tous les Mauriciens s’intéressent à autre chose plutôt que les affaires du pays.

Rester les bras croisés avec un projet de loi qui allait bouleverser le système judiciaire à Maurice, ça n’est pas la façon de faire du PMSD. Cette précipitation était inadmissible pour nous et on ne pouvait pas laisser cela passer.

Pour revenir à votre question si le PMSD était mal à l’aise au sein du gouvernement, je pense que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a donné la réponse lui-même. Il a dit qu’il s’est servi du PMSD pour arriver au pouvoir et après cette étape, le programme électoral est passé aux oubliettes. Ils ont choisi de mettre en œuvre un agenda propre à eux. Le Prosecution Commission Bill ne faisait pas partie du manifeste électoral de l’alliance Lepep et n’avait jamais été discuté au moment de l’alliance avec le PMSD. Il ne figure même pas dans le discours-programme.

Est-ce que le Prosecution Commission Bill a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

Oui. C’est un projet de loi dangereux car il s’agit d’amender la Constitution pour permettre finalement au Premier ministre de procéder à la nomination de trois commissaires, si jamais la Judicial and Legal Services Commission n’arrive pas à les nommer dans le délai prescrit par la loi.

Cela, indirectement, signifie que c’est le PM qui décidera qui doit être poursuivi et qui ne doit pas l’être devant une cour de justice. Cela aurait donné lieu à des abus ou encore mis en péril l’État de droit. Il fallait donc se défaire de cette situation.

Est-ce vraiment le motif du départ du PMSD ou plutôt l’éventualité que sir Anerood Jugnauth nomme son fils au poste de Premier ministre ?

Ce n’est pas du tout la raison pour laquelle le PMSD a quitté le gouvernement. De toute façon, cette question n’est pas d’actualité pour le PMSD. C’est le Prosecution Commission Bill qui a provoqué le départ du PMSD du gouvernement.

Nombreux sont ceux qui disent que notre seule ambition, c’est de rester au pouvoir et de tout accepter. Quel parti politique à Maurice peut mettre de côté ses intérêts personnels pour privilégier l’intérêt du pays ? Quel parti politique peut faire des sacrifices pour arriver au pouvoir et quitter ensuite le gouvernement à cause de ses convictions ? Il n’y a que le PMSD qui peut le faire.

Il est important de souligner qu’avant de quitter le gouvernement lundi dernier, le leader du parti a consulté les membres de l’état-major. Il nous a expliqué ce qui s’est passé au Conseil des ministres. Ce projet de loi est inacceptable. Nous étions tous unanimes à ce propos.

C’est pourquoi nous avons décidé de claquer la porte tout en disant à nos ex-partenaires de renvoyer ce projet de loi à mars prochain afin d’accorder plus de temps à la société civile, au Bar Council, à la Mauritius Law Society et aux avocats de formuler des propositions.

Si le PMSD n’avait pas quitté le gouvernement, il aurait été privé du droit de donner son avis sur ce projet. Dans un pays civilisé, comme en France ou Angleterre, un tel projet de loi aurait demandé beaucoup de consultations.

La cohabitation avec le MMM sera-t-elle plus facile maintenant que le PMSD est dans l’opposition ?

La décision du leader du MMM de soumettre sa démission en tant que leader de l’opposition est très honorable. Ce geste est très respectueux à l’égard du PMSD, mais aussi envers la fonction du leader de l’opposition et pour la nation mauricienne. Paul Bérenger a agi en tant qu’homme d’État. Je trouve cette façon de faire remarquable.

Une cohabitation avec le MMM? Pourquoi pas ! Une cohabitation est tout à fait possible, que ce soit avec Paul Bérenger, Shakeel Mohamed, Alan Ganoo et les députés indépendants. Ils vont réaliser l’importance d’avoir une opposition unie qui travaille en étroite collaboration dans l’intérêt du pays.

Vous avez constaté les tiraillements au sein du gouvernement. Comment avez-vous vécu cette période ?

Ces tiraillements ne sont pas normaux. J’ai comme l’impression qu’il existe plusieurs pôles de pouvoir au sein du gouvernement. Cela crée inévitablement des tensions.

Nous allons voir maintenant comment les députés et backbenchers qui souhaitent devenir ministres vont se battre. Ils ne vont certainement pas accepter que le ML, qui dispose déjà d’un certain nombre de maroquins ministériels, ait droit à d’autres en raison de son poids sur l’échiquier politique.

Je suis convaincu qu’après mars 2017, de nouvelles sphères de pouvoir vont se former au sein du gouvernement. Je ne pense pas qu’ils vont tous se rallier derrière le Premier ministre ou suivre ses directives.

Vous avez donc l’impression qu’il y aura une scission au sein du gouvernement ?

Cela ne m’étonnerait pas. J’ai quelques noms en tête de ceux qui sont en train de courir derrière un poste ministériel.

Quel est l’adversaire du PMSD actuellement ?

Les abus, le passe-droit et les actions visant à mettre en péril la stabilité et la démocratie dans un État de droit. Voilà les vrais adversaires du PMSD.

«L’après-Xavier Luc Duval sera issu de l’aile jeune du parti.»

Quelle est votre ambition ?

Mon ambition est de voir le PMSD jouer un rôle important sur la scène politique mauricienne et voir Xavier-Luc Duval être le précurseur du changement dans le pays. Dans ce contexte, mon ambition est de voir Xavier-Luc Duval propulsé au poste de Premier ministre.

Rien n’est facile dans la vie. Mais je pense que c’est nécessaire pour le pays car les Mauriciens aspirent à voir le pays être gouverné autrement, où les jeunes ont toutes les chances de réussir, où les droits des citoyens sont respectés.

Nous n’avons pas eu la chance de jouer notre rôle convenablement au sein du gouvernement. Nous avons, à maintes reprises, encouragé les jeunes du PMSD à s’exprimer car nous voulons préparer la relève.

L’après-Xavier-Luc Duval sera issu de l’aile jeune du parti. Moi, je ne crois pas à la dynastie en politique, mais plutôt à la méritocratie. Il n’y aura pas de deal «papa-piti» lorsqu’il faudra succéder à Xavier-Luc Duval dans la basse-cour bleue (rires). Le successeur de Xavier-Luc Duval devra faire ses preuves et convaincre le parti qu’il est digne de ce poste.

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