Poste de leader de l’opposition: la liste des douze titulaires jusqu’à présent

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Paul Bérenger à cédé sa place de leader de l’opposition à Xavier-Luc Duval ce mardi 20 décembre.

Paul Bérenger à cédé sa place de leader de l’opposition à Xavier-Luc Duval ce mardi 20 décembre.

Le pays a connu jusqu’ici 11 leaders de l’opposition. Le leader bleu est devenu, mardi 20 décembre, le douzième.

  1. Feu sir Gaëtan Duval (SGD), ancien leader du Parti mauricien social- démocrate, est devenu en août 1967 le premier leader de l’opposition. Il occupa ce poste jusqu’en décembre 1969. Leader charismatique, il occupa ce poste de nouveau de juin 1982 jusqu’à août 1983. Puis, encore une fois de décembre 1995 à sa mort en juin 1996.
  2. Maurice Lesage devint leader de l’opposition en 1969, quand SGD et le PMSD se joint au gouvernement de SSR. Il crée l’UDM, une dissidence des bleus.
  3. Sookdeo Bissoondoyal, leader de l’Independent Forward Block, a été fait leader de l’opposition en décembre 1971. Sobre dans ses approches, il occupa ce poste jusqu’à décembre 1976.
  4. L’ancien leader du MSM, sir Anerood Jugnauth, n’a pas laissé de grandes empreintes comme leader de l’opposition, disent les observateurs politiques. Il occupa néanmoins ce poste de décembre 1976 à juin 1982, quand il était au MMM.
  5. Paul Bérenger est celui qui a occupé le poste de leader de l’opposition le plus longtemps. Ses PNQ ont permis de mettre à jour des scandales tels que l’affaire MedPoint et le hedging d’Air Mauritius. Il a occupé le poste durant les périodes suivantes : août 1983-septembre 1987; septembre 1997-septembre 2000 ; juillet 2005-avril 2006 ; septembre 2007- juin 2013 ; octobre 2013-septembre 2014 et décembre 2014-décembre 2016.
  6. Prem Nababsing, du MMM, a été technocrate dans ses approches. Il occupa le poste entre le 15 septembre 1987 et le 15 septembre 1991.
  7. Le leader du PTr, Navin Ramgoolam, a agi comme leader de l’opposition entre septembre 1991 et décembre 1995.
  8. Nicolas Von-Mally, leader du Mouvement rodriguais, est devenu leader de l’opposition en juin 1996, à la suite du décès de feu SGD. Il occupa ce poste jusqu’à septembre 1997
  9. Nando Bodha du MSM a officié durant la période  suivante : avril 2006-septembre 2007. Son passage n’a pas marqué les esprits, selon Sanjit Teelock, ancien Deputy Speaker.
  10. Le député Alan Ganoo, alors au MMM, est qualifié de diplomatique dans son approche. Il a remplacé Paul Bérenger du 23 janvier au 1er octobre 2013.
  11. Le leader du MSM, Pravind Jugnauth, a été leader de l’opposition du 15 septembre au 17 décembre 2014. Il n’a pas eu le temps de poser sa première PNQ.
  12. Xavier-Luc Duval a été nommé mardi 20 décembre.


Bérenger, le vigilant

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’alliance Lepep, en décembre 2014, et la nomination de Paul Bérenger au poste de leader de l’opposition, ce dernier a posé au total 65 Private Notice Questions (PNQ).

En 2016, la première PNQ du leader de l’opposition, le 29 mars, concernait les allégations de corruption contre Raj Dayal, alors ministre de l’Environnement. En réponse à cette question, le Premier ministre avait rétorqué que le commissaire de police avait eu «100% raison» de ne pas arrêter Raj Dayal.

Le 5 avril, le leader de l’opposition tape fort contre l’ex-Parliamentary Private Secretary (PPS), Thierry Henry dans sa PNQ. En effet, un Paul Bérenger, remonté, avait relevé des «anomalies» dans l’enquête de la police sur l’accident de la route impliquant l’ex-PPS. Un piéton y avait perdu la vie. Sir Anerood Jugnauth avait alors répondu que si le piéton a été négligent, Thierry Henry ne pouvait pas être blâmé.

Autre intervention de l’ancien leader de l’opposition qui avait fait mouche : des transferts de fonds entre la State Investment Corporation et la compagnie Yihai pour le développement d’une Smart city au Domaine Les Pailles. Il était alors question d’un possible transfert de trois millions de dollars sur un compte à Hong Kong.

La PNQ de Paul Bérenger adressée au ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, sur le mode de financement du projet Heritage City, avait également fait du bruit dans l’hémicycle.

À la fin d’avril, pour la première fois, de nombreux détails étaient rendus publics concernant les discussions entre la société dubaïote DP World et le gouvernement mauricien. C’était en réponse à une PNQ que Paul Bérenger avait adressée au Premier ministre adjoint, Xavier-Luc Duval. Une PNQ du leader de l’opposition sur les réclamations que des compagnies ont déposées en cour contre l’État mauricien a permis de révéler au public que Betamax Ltd réclamait des indemnités de Rs 7 milliards à l’État pour résiliation de contrat.

Cette année, Paul Bérenger a également été particulièrement présent sur le dossier Chagos, l’affaire BAI, la vente d’Apollo Bramwell à Omega Ark, le limogeage de Megh Pillay de la direction générale d’Air Mauritius, le Brexit, la fièvre aphteuse, le trafic de drogue impliquant des policiers et les amendements au Rodrigues Regional Assembly Act, le Metro Express et, tout récemment, la création d’une Prosecution Commission.

En 2015, le vice-Premier ministre et ministre de l’Énergie, Ivan Collendavelloo annonce que le projet CT Power est abandonné. C’était en réponse à une PNQ de Paul Bérenger.

Le décès en détention d’Iqbal Toofany a aussi fait l’objet d’une PNQ. Cela a été l’occasion pour le Premier ministre d’indiquer qu’il n’était pas satisfait des conditions de remise en liberté des policiers arrêtés.

On se souvient aussi de la PNQ concernant la baisse de prix du carburant qui avait enflammé l’hémicycle. Autres sujets soulevés par Paul Bérenger : la centrale électrique de St-Louis, le recrutement des médecins et le traité fiscal avec l’Inde.

À l’évidence, Paul Bérenger au poste de leader de l’opposition, n’a pas laissé de répit aux membres du gouvernement. En sera-t-il de même pour son successeur ?

Transition délicate pour XLD

LE leader de l’opposition fraîchement élu était, jusqu’à lundi dernier, le numéro deux du gouvernement. À plusieurs reprises, il a été Premier ministre par intérim. Une des interrogations du moment est celle relative à la confidentialité. Xavier-Luc Duval a été partie prenante de toutes les décisions du Conseil des ministres et a été très au fait des dossiers sensibles. D’aucuns pensent que l’ancien Premier ministre adjoint pourrait éventuellement utiliser certaines informations dans l’exercice de sa nouvelle fonction. Mais un haut fonctionnaire balaie ces craintes d’un revers de la main. «Les ministres sont soumis à la confidentialité absolue, même lorsqu’ils ne font plus partie du Cabinet», confie-t-il.

Mais les informations confidentielles sur des dossiers sensibles peuvent lui être utiles ? «Il ne serait pas normal qu’il révèle la teneur des discussions au Conseil des ministres», affirme notre source. Même son de cloche chez un haut cadre du Prime Minister’s Office (PMO). Selon lui, comme Paul Bérenger, Xavier-Luc Duval aura l’élégance de ne pas révéler les discussions qui ont lieu au cabinet. «Ce n’est pas un nouveau cas de figure. Dans le passé, des ministres sont passés dans l’opposition sans pour autant révéler les délibérations du cabinet», dit-il.

Il y a une différence entre la manière d’opérer d’un ministre et celle du leader de l’opposition. Contrairement à un membre du gouvernement, le chef de l’opposition n’a ni conseillers ni fonctionnaires. Il doit travailler ses dossiers et préparer ses discours seul. Xavier-Luc Duval s’adaptera-t-il à ce mode de fonctionnement ? Un ancien haut cadre du PMO estime qu’il aura du mal dans un premier temps.

Le contraste entre Paul Bérenger et lui sera flagrant et ne jouera pas en faveur du leader des bleus. La plus grande difficulté qu’il voit est dans la manière de travailler.

Paul Bérenger, explique-t-il, a tenu ce poste pendant plusieurs décennies et il a développé une méthodologie adaptée à la tâche. De plus, il a une réputation d’être un travailleur méticuleux et de connaître ses dossiers sur le bout des doigts. Ses proches savent qu’il a de riches archives personnelles.

Un ancien député, quant à lui, affirme que pour être un bon leader de l’opposition, deux qualités sont primordiales. «Il faut être capable de travailler seul sur les dossiers, mais aussi de posséder un minimum de charisme. Xavier-Luc Duval devra développer ces qualités.»

Du côté des membres de l’opposition, l’arrivée de Xavier-Luc Duval ne fait pas peur. Tous les partis parlent d’opposition unie et de collaboration. Shakeel Mohamed se dit ravi que la majorité gouvernementale n’ait plus la possibilité d’amender la Constitution. Il affirme que la collaboration entre les partis de l’opposition est plus d’actualité que jamais. «On a collaboré avec le MMM et cela va se poursuivre.»

Rajesh Bhagwan abonde dans le même sens et explique qu’il côtoie Xavier-Luc Duval depuis 1987 au Parlement. «Il a l’expérience nécessaire pour ce poste. C’est un défi qu’il aura à relever et la balle est dans son camp», dit l’ancien Chief Whip de l’opposition. Selon lui, le plus grand challenge du nouveau leader de l’opposition sera d’être un rempart contre la dictature. «On ne pourra le juger qu’à sa performance.»

Alan Ganoo, qui a déjà occupé ce poste pendant dix mois, voit en Xavier-Luc Duval quelqu’un qui a le bon profil pour cette position. Il précise toutefois qu’il lui faudra certainement un temps d’adaptation.

Des réserves

Mais cette nouvelle configuration ne plaît pas à toute l’opposition. Un député se demande comment Xavier-Luc Duval pourra remettre en question les décisions que des ministres et lui-même ont validées. «Que ce soit les lois, les règlements ou les mesures budgétaires, le PMSD y a contribué. Quelle crédibilité aura Xavier Duval s’il conteste ces actions ?» se demande ce député.

Du côté de la majorité gouvernementale, les réactions sont timides. Mais le sentiment général est que le nouveau leader de l’opposition ne pourra pas être jugé avant d’avoir fait ses preuves.

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