Kailash Purryag: «Je ne regrette pas d’avoir démissionné»

Avec le soutien de

«Non. Je ne regrette pas d’avoir démissionné comme président de la République. J’ai quitté ce poste car on me l’a demandé. Comme je ne me suis jamais attaché à n’importe quel poste, j’ai donc décidé de partir. J’avais proposé de rester à la présidence pour encore quelques temps mais ma demande a été rejetée.» C’est la première fois, depuis qu’il a démissionné en 2015, que l’ancien président de la République, Kailash Purryag, s’explique sur son départ.

Assis à son bureau à Castel, l’homme est entouré des bouquins retraçant l’histoire, le monde actuel et les photos de son enfance, de même que les décorations de son père, Anerood, qui était marchand de lait. Il nous livre ses réflexions. «Si on suit ce qui se passe dans le pays, tant au niveau socio-économique que politique, je dois vous avouer qu’il y a de quoi s’inquiéter. Je ne suis pas le seul à le dire. Vous n’avez qu’à écouter les conversations des Mauriciens : il y a un découragement. Malgré que nous soyons déjà dans la deuxième décennie du 21e siècle, nous sommes en train de gouverner le pays avec un esprit calqué sur le 20e siècle.»

Kailash Purryag dit constater que «la société mauricienne est en train de stagner en raison de l’indiscipline et de l’endettement des ménages. 20 % des foyers n’arrivent pas à payer leurs dettes et quand la Banque de Maurice insiste pour qu’on freine la consommation, on incite les gens à venir dépenser dans des fêtes mondaines».

Autre sujet qui interpelle l’ancien président : le vieillissement de la population. Il dit regretter qu’il n’y ait pas de réflexion sur les problèmes liés à ce sujet. Le pays compte actuellement une population d’environ 1,2 million. Sachant que quatre à cinq personnes travaillent actuellement pour financer un retraité, il se demande si les autorités se sont penchées sur ce problème. En gardant en tête qu’en 2050 le nombre de contribuables sera réduit par deux.

L’ancien président constate aussi que beaucoup de jeunes professionnels sont en train de quitter le pays pour aller immigrer en Australie, au Canada, etc. «Que faut-il faire pour empêcher ce brain drain ? Il faut commencer par engager une réflexion sur cette hémorragie.» En ce qui concerne l’économie, il trouve qu’à part le secteur financier, il n’y a, a priori, pas d’autres secteurs que le pays a réussi à développer.

Il constate avec étonnement quel’investissement direct du pays se concentre plus sur les projets IRS et ERS. «On doit se poser la question. Estce que ce secteur est en train de créer des emplois ? Je suis sceptique. Ce n’est pas un secteur qui vise à promouvoir le développement soutenu. Il faut qu’il y ait à Maurice un think tank qui pensera à l’avenir du pays. C’est étonnant mais c’est ainsi. Il n’existe plus à Maurice un ministère du Plan et du développement économique comme cela était le cas dans le passé. Ce genre de ministère publiait des documents de réflexion sur l’orientation du pays dans tous les domaines. Le dernier document, qui s’intitule «Vision 2020», a été publié en1997. Malheureusement, il traîne maintenant dans un tiroir. Lorsque vous lisez The Economist ou encore des livres tels que The fourth revolution : how to reinvent the state, on comprend bien comment le monde est en train de changer. La situation dégénère et tout le monde étudie les problèmes que les pays en voie de développement et les pays développés auront à faire face à l’avenir. »

Faut-il qu’un président de la République ait plus de pouvoir ? Kailash Purryag pense que dans les pays où il y a un partage de pouvoir entre le président de la République et le Premier ministre, on se retrouve dans une situation de conflit. «À Maurice, un Premier ministre est élu par voie de suffrage universel et il est redevable envers le peuple. Moi, je pense qu’on ne peut pas avoir un système moitié présidentiel et moitié parlementaire. Pour qu’il y ait de la stabilité politique, il faut soit l’un soit l’autre. Mais je garde mon esprit ouvert. Dans l’immédiat, je pense que le président de la République doit être élu par suffrage universel.»

Est-ce que Kailash Purryag se lancera de nouveau dans la politique active ? «On verra si cela s’avère nécessaire en temps et lieu», dit-il. À une question sur sa ressemblance avec l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, il répond : «Même Nelson Mandela a fait la confusion un jour. Il m’a demandé si nous étions des jumeaux (rires). Nous avons des liens parentés très lointains.»

  • 1973 : Avoué
  • 1974 : Commissaire de Vacoas-Phoenix
  • 1976 : Député à La Caverne-Phoenix
  • 1980 : Ministre de la Sécurité sociale
  • 1984 : Ministre de la Santé
  • 1995 : Ministre du Plan et de la communication
  • 1997 : Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères
  • 2005 : «Speaker» de l’Assemblée nationale
  • 2012 : Président de la République
  • 2015 : Démission de la présidence de la République
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires