Bilan après deux ans: une année d’incertitudes

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La volatilité du taux de change, des changements sur l’échiquier politique au niveau local, les amendements au traité fiscal Inde-Maurice… autant de changements qui font de 2016 une année ponctuée d’incertitudes tant au niveau local qu’international. Tour d’horizon…

Le secteur sucre se prépare à l’abordage

Une absence de visibilité sur les court, moyen et long termes. Voilà un phénomène qui n’est pas étranger au secteur sucrier mauricien. Les opérateurs de ce secteur ont évolué dans un environnement d’incertitude depuis 2006, au moment où la réforme devenait incontournable avec la fin du protocole sucre. Dix ans plus tard, soit en 2016, le secteur a vécu une année charnière, face au changement.

Un an auparavant s’est terminée la période de neuf ans (2006-2015) consacrée à l’application des recommandations contenues dans la Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS). Il s’agit de la feuille de route devant permettre aux opérateurs du secteur sucrier de s’adapter aux nouvelles conditions découlant de la fin du protocole sucre. D’autre part, 2017 verra la disparition de quotas dans le secteur européen de la production de sucre.

Le parcours d’Omnicane est celui d’un opérateur qui, au cours de ces sept dernières, a fait preuve d’optimisme. Le groupe devrait en faire autant pour faire face à la libéralisation du quota de production de sucre en 2017.

Pour parvenir à un tel état d’esprit, une transformation fondamentale de la culture qui prévalait jusqu’ici, qualifiée de «révolution» a dû se faire. «Nous pouvons aujourd’hui affirmer avoir réussi, avec le concours de tous nos stakeholders, le changement de paradigme occasionné par la réforme du secteur sucrier, indique Jacques d’Unienville, Chief Executive Officer d’Omnicane. Nous pourrons capitaliser sur ce que nous avons appris localement mais aussi sur la scène internationale, où nous opérons depuis un certain temps.»

Les périodes d’incertitude auront permis à Omnicane de mettre à contribution son sens de l’innovation afin de se doter des outils indispensables pour lui permettre d’évoluer dans n’importe quelle situation. Ces outils ont pour nom :

  • la cogénération et la production d’énergie renouvelable à base de biomasse
  • le recours à un mode de gestion de la chaîne d’approvisionnement, avec pour objectif d’atteindre des rendements opérationnels plus élevés

-la réduction des coûts de production et la recherche d’une plus grande proximité avec ses fournisseurs.

-l’application des normes de qualité strictes comme l’ISO 22 000

-la recherche de nouveaux marchés pour la commercialisation du sucre

-la volonté de renforcer la chaîne de valeur grâce à une activité économique soucieuse de positionner Maurice sur un marché niche porteur.

Un nouveau Business Model pour le Global Business

La décision des autorités indiennes d’amender la clause 13 du traité fiscal sur le Global Business (Double Taxation Avoidance Agreement) en mars dernier est venue signer l’arrêt de mort d’un model offshore vieux de deux décennies Plus particulièrement sur la Capital Gains Tax car celle-ci, réalisée sur les ventes d’actions à Maurice, n’est pas taxable à Maurice. Ce qui a permis aux investisseurs étrangers de transiter par l’offshore mauricien pour investir massivement en Inde, et ce, pendant plus de deux décennies.

Du coup, les opérateurs se posent des questions sur le nouveau business model appelé à remplacer celui qui a bâti le succès du Global Business. D’ailleurs, avant cet amendement, l’investissement étranger passant par l’offshore mauricien pour atterrir en Inde représentait 40 %. Aujourd’hui ce chiffre a chuté de moitié, selon les spécialistes.

Du coup, les Management Compagnies, dont 90 % des 180 sociétés opérationnelles traitaient avec l’Inde, sont incertaines de s’adapter à un nouveau modèle. Celui-ci privilégie l’axe Maurice- Afrique où les investisseurs indiens passeraient par Maurice pour structurer des investissements en Afrique.

Cette décision est venue fragiliser financièrement le Global Business dans sa forme actuelle avec pour conséquence trois sociétés contraintes de mettre la clé sous le paillasson. Consilex, Kross Border, River Court et très récemment International Financial Services, ont été de près ou de loin les victimes collatérales de la révision du traité fiscal.

Selon Veena Soyjaudah, Chief Executive Officer de l’Association of Trust & Management Compagnies (ATMC), le modèle qu’on a connu, soit «Indiacentric», va être sérieusement affecté suivant les amendements apportés au traité fiscal entre Maurice et l’Inde, notamment en termes de perte de business et de baisse du niveau d’attractivité pour les banques internationales qui pourraient éventuellement se délocaliser pour s’installer dans d’autres juridictions. «Je crains aussi une baisse d’opportunités d’emplois pour de jeunes diplômés et des professionnels, et ce, à un moment où le pays est confronté à une grave crise du chômage.»

Pire : Veena Soyjauda cite un rapport d’entreprise datant du 8 décembre 2016, précisant que Morgan Stanley India Investment a annoncé que le fonds cesse dorénavant ses opérations à Maurice et que la société investira directement dans les bourses indiennes à travers les États-Unis. Ce qui vient expliquer, si besoin est, pourquoi les investisseurs étrangers boudent le centre financier.

PME : la persévérance malgré des « flous persistants »

Le gouvernement a porté une attention particulière à ce secteur dès l’amorce de sa campagne électorale. Mais force est de constater qu’après deux budgets successifs, la situation ne semble pas s’être décantée pour les petites et moyennes entreprises (PME). Pour Marie Noëlle Elissac-Foy, cofondatrice de la plateforme Smart Moves for Entrepreneurs, il y a un «flou persistant depuis deux ans» en ce qui concerne ce secteur, et ce, malgré les différentes annonces qui ont été faites et la bonne volonté évidente du ministre de tutelle. Abordant la création d’incubateurs d’entreprises par le ministère de l’Activité économique, des entreprises et des coopératives cette année, elle salue l’initiative mais souhaite obtenir des précisions sur le mode de sélection des entreprises et le type d’accompagnement proposé.

La cofondatrice de Smart Moves plaide aussi en faveur d’une meilleure communication entre le ministère et les PME. Idem pour le projet de fusion de la Small and Medium Enterprise Development Authority, d’Entreprise Mauritius et du National Women Entrepreneur Council annoncé dans le Budget 2016-2017. «Il serait plus que temps de savoir où en est ce projet. Il faudrait que les entrepreneurs aient des informations susceptibles de dissiper ce flou et sachent comment la nouvelle entité née de cette fusion fonctionnera», soutient Marie Noëlle Elissac-Foy en précisant qu’il est impératif de savoir quand tout cela se concrétisera.

Jean Claude Desvaux de Marigny, artisan et directeur de l’atelier d’artisanat Studio 44, abonde dans le même sens, notamment pour ce qui est du projet de fusion. Faisant le bilan de ses activités cette année, il note que si l’année 2015 était «dure», cette année l’a été davantage. «Notre business tourne à 70 % autour du tourisme. Mais ces derniers optent, pour la plupart, pour des packages all-inclusive dans les hôtels», explique notre interlocuteur.

Le retrait des taxes sur les produits importés n’arrange pas non plus ses affaires, d’autant plus qu’il doit payer la taxe sur les matières premières qu’il importe pour fabriquer ses produits. Ce qui affecte sa compétitivité sur le marché. Cela n’empêche pas l’entrepreneur de persévérer malgré tout. Jean Claude Desvaux de Marigny s’apprête même à diversifier ses activités l’année prochaine. «J’ai confiance en l’année 2017 car je vais commencer à donner des cours en artisanat. J’ai aussi trouvé d’autres magasins pour placer mes produits. En déplaçant mes activités à Calodyne, cela me permet également d’être plus près des hôtels de cette région» fait-il ressortir.

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