Bidianand Jhurry : «L’avenir très sombre pour la classe laborieuse»

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Classeur, ordinateur, télécopieur et livres de référence sur les lois industrielles sont toujours à portée de main dans le bureau de Bidianand Jhurry, dans sa résidence à Beaux-Songes. L’ancien président de la General Workers Federation (GWF), 65 ans, est toujours actif sur le plan professionnel. Vendre 9 décembre, quand nous l’avons rencontré, il revenait d’un comité disciplinaire où il a défendu un employé. «L’expérience que j’ai acquise dans le monde du travail au fil des années me permet de défendre à la fois l’employeur et l’employé dans des cas de conflit industriels.»

Que pense-t-il de la compensation salariale ? «La compensation de Rs 125 à Rs 200 est dérisoire. Le gouvernement n’arrive pas à gérer le pays. Si cette situation perdure, prévient-il, l’avenir sera très sombre pour la classe laborieuse. Les gens vont juger cette alliance par rapport à son bilan. Le peuple mauricien prendra la décision qui s’impose lorsque le moment viendra.»

Comment a-t-il atterri à la GWF ? «L’idée a germé lors d’un rassemblement au cinéma Rio, à Quatre-Bornes, en 1970. La fédération avait été créée pour qu’on puisse entrer dans différents secteurs clefs de l’économie, tels que l’industrie sucrière, le port, le transport, le thé, la filature. Une réunion était organisée chaque samedi pour répartir les responsabilités. J’ai commencé, alors, à apprendre les lois du travail à l’âge de 22 ans. On était très motivé», se souvient-il.

La GWF est créée en 1971, mais c’est en 1972 que cette fédération a démarré ses activités avec le concours du Sugar Industry Labourers Union, de l’Union of the Artisans of the Sugar Industry et des syndicats du port et du transport.

«C’est dans les années 70 qu’on a appris à faire du syndicalisme. C’était tout juste après que Paul Bérenger eut été incarcéré à la prison. On fréquentait l’école du soir en 1972. On se rencontrait au domicile de ce dernier à partir de 19 heures pour terminer parfois aux alentours de 1 ou 2 heures du matin. C’était l’époque des années de braise lorsque le gouvernement du PTr et du PMSD était au pouvoir. Le gouvernement surveillait tous ceux qui fréquentaient la maison de Paul Bérenger. Cette école du soir, présidée par celui-ci, était suivie par sir Anerood Jugnauth, feu Kader Bhayat, Ramduth Jaddoo, etc.…», dit-il.

Qu’est-ce qui l’a marqué le plus durant ces années en tant que syndicaliste ? Le jour où il a été incarcéré en 1974. Il protestait contre le viol d’une employée dans une usine. Tous les ouvriers s’étaient mis en grève.

Durant sa carrière, Bidianand Jhurry a fait la prison à 14 reprises. Il fut incarcéré la dernière fois en 2015, lorsqu’il fut accusé d’avoir favorisé un membre de sa famille pour un emploi dans un corps parapublic. L’ICAC avait fait une enquête à ce sujet.

Après avoir créé la GWF, il fallait obtenir la reconnaissance des autorités pour pouvoir défendre les intérêts des travailleurs dans différents secteurs de l’économie. Pour faire entendre sa voix, la GWF avait alors lancé le mot d’ordre de go slow pour la première fois.

1979 : première grève de la faim de la fédération au Jardin de la Compagnie pour protester contre le non-respect des lois industrielles. Paul Bérenger et Dev Virahsawmy y ont participé. Cette grève a duré au moins 14 jours. Le gouvernement est alors revenu à la table des négociations et un accord a été signé. Mais cet accord n’a pas été respecté en 1982, ce qui provoqua une deuxième grève de la faim au quartier général de la GWF, à la rue Brabant, PortLouis. «On luttait entre la vie et la mort. Certains avaient été admis à l’hôpital au bout de cinq à six jours. Le gouvernement d’alors avait exercé des pressions sur notre médecin traitant pour qu’il ne nous donne pas de soins. Mais on a mis fin à notre grève lorsqu’on a eu la garantie que nos revendications seraient entendues», souligne Bidianand Jhurry.

En 1996, il quitte le monde syndical quand le gouvernement le nomme vice-président du National Remuneration Board. Deux ans plus tard, après la révocation de Paul Bérenger du gouvernement PTr-MMM, «j’ai dû plier bagages pour aller au Mozambique sur un contrat de trois ans pour y assumer le poste de Human Resource Manager à l’usine de Marromeo».

Et comment meuble-t-il son temps libre ? Le jardinage. «L’été est arrivé, mes fleurs ont commencé à s’ouvrir. Une vraie beauté», fait-il remarquer en parcourant sa maison qui se trouve en face de la route principale de Beaux-Songes et une chaîne de montagne. «L’air est particulièrement frais à cet endroit. Un vrai régal chaque matin au réveil», dit-il.

 1978-83 : président du Sugar Industry Labourers Union

 1981-90 : membre exécutif du Fédération syndicale mondiale

1982-83: vice-président Sugar Industry Labour Welfare Fund

1983 : candidat battu du MMM à Savanne– Rivière-Noire w 1988-96: président de la General Workers Federation

 1993-94: président de la Nation Trade Union Confederation

 1991-94: membre de l’Employees Welfare Fund w 1996-98 : vice-président du National Remunaration Board

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