Zuriel Oduwole: «L’atout de l’Afrique, c’est sa population »

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À 14 ans, elle a réalisé quatre documentaires dans le cadre de son combat pour l’éducation des filles sur le continent africain et rencontré plus de 26 chefs d’État. Zuriel Oduwole, née d’une Mauricienne et d’un Nigérian, a fait partie des 100 personnes les plus influentes au monde selon «Forbes»

Vous êtes à Maurice dans le cadre du Festival International Kreol. Aviez-vous jusqu’ici conscience de vos racines mauriciennes ?

 Mes parents ont toujours accordé de l’importance à nos origines. Je sais par exemple que mon grand-père maternel est de Quatre-Bornes et ma grand-mère de Port-Louis. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je viens à Maurice. J’aime beaucoup la cuisine locale. Ça va du dholl puri au bryani. Et à chaque fois que je viens, je me fais un devoir de tester de nouveaux plats. C’est le meilleur souvenir que je garde du pays, hormis les rencontres que j’ai faites.

Vos visites à Maurice sont souvent en lien avec votre combat pour l’éducation des filles…

Je l’avoue, je suis venue à Maurice le plus souvent dans le but de remettre un prix, pour un projet sur l’éducation ou en rapport avec ma mobilisation en faveur de l’éducation des jeunes filles. Il y a deux ans, j’étais là pour une remise de prix au ministre de l’Égalité du genre de l’époque, Mireille Martin. Tous les ans, je remets un prix à ceux qui travaillent pour l’égalité du genre et l’éducation des enfants. Il n’empêche que j’ai eu le temps de découvrir le pays.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est visiter des écoles et parler à des écoliers. Ça me fait toujours plaisir de rencontrer des écoliers qui s’amusent et reçoivent l’éducation d’une manière ou d’une autre. Ce sont ces rencontres qui m’inspirent et m’encouragent à poursuivre mon action. Et surtout à continuer à réaliser des documentaires.

 J’aime travailler avec les écoliers et si je suis capable de les dynamiser et de les inspirer de manière à ce qu’ils réalisent leurs rêves, ils auront probablement réussi leur vie d’adulte.

À seulement 14 ans, vous êtes la plus jeune réalisatrice de films au monde. Vous avez aussi été sur la liste des personnes les plus influentes de «Forbes». Est-ce un poids sur vos épaules ? Ce que je fais – mon programme de sensibilisation pour l’éducation des filles ainsi que les documentaires et les interviews que je réalise –, je ne le fais pas pour moi. Je ne cherche pas à être reconnue. Par contre, je souhaite voir reconnues les causes que je défends. C’est pour les enfants qui n’ont pas notre chance et c’est pour montrer l’Afrique sous un jour positif.

Vous souhaitez montrer une image positive du continent africain. Quelle est l’image la plus positive ?

Je pense que ce sont les gens. On peut prendre l’exemple de Maurice : la population ici est chaleureuse et accueillante. Autre élément positif : l’Afrique a de nombreux business qui connaissent le succès, et des personnes influentes – ou pas – qui rendent à leur communauté ce qu’elles ont reçu.

Vous défendez les jeunes filles et leur droit à l’éducation. Ne vous a-t-on jamais dit que vous êtes beaucoup trop jeune pour ce que vous faites ?

Quand j’ai débuté avec mon premier documentaire à neuf ans, j’ai souvent entendu ce genre de remarque. On me disait que j’étais trop jeune pour faire un documentaire. Puis, on m’a dit que j’étais trop jeune pour prendre la défense des écolières : «Arrête ce que tu fais, va jouer avec tes poupées, agis comme une petite fille normale…» Mais j’ai persévéré, j’ai pu parler à plus de 26 chefs d’État, produire quatre documentaires ou encore voir 11 différents pays, dont Maurice, la Tanzanie et le Kenya. J’ai démontré que je voulais faire de la sensibilisation et des films et, surtout, que je pouvais le faire. À présent, j’ai de moins en moins de remarques de ce genre.

Votre premier film a dû représenter un challenge…

 Ça a été très dur. Étant donné que j’ai réalisé mon premier film à neuf ans, j’ai dû tout apprendre de manière indépendante, de A à Z. Le premier n’était pas superbe mais plus j’ai persévéré et plus mes documentaires se sont améliorés. Le quatrième, A Promising Africa, avec un focus sur ce qui est positif au Nigéria, a été le premier à avoir une importante distribution internationale.

Pourquoi avoir choisi de faire des documentaires uniquement ?

Au travers d’un documentaire, je montre la réalité. On peut certes le faire avec une fiction, mais un documentaire apporte toujours un élément supplémentaire.

Après avoir participé au Festival International Kreol, avez-vous un avis sur la cinématographie à Maurice ?

Je suis ici aussi pour le cinéma parce que je suis certaine de pouvoir aider l’industrie cinématographique locale. Surtout à Hollywood. J’ai la chance de participer à plusieurs événements aux États-Unis et en Europe. Je rencontre plusieurs personnes dans l’industrie cinématographique et j’espère pouvoir faire valoir Maurice comme une destination pour le tournage de films.

 Une autre chose que je peux faire, c’est montrer Maurice dans mes documentaires. Mon cinquième est actuellement en fin de production et j’y ai inclus un clip de Maurice pour montrer à quoi le pays ressemble. Troisièmement, j’aimerais pourvoir être en partenariat avec le gouvernement mauricien quand il y a des roadshows, par exemple. Et aider à la promotion du pays dans l’industrie cinématographique.

Votre combat principal est pour l’éducation des filles sur le continent africain. Qu’est-ce qui est le plus dur pour elles, avoir accès à l’école ou y rester ?

Le plus souvent, c’est d’avoir accès à l’école. Dans la majeure partie des pays africains, les ressources éducatives sont de facto accordées aux garçons, tandis que les filles restent à la maison. Il y a une autre raison à mon engagement : je voudrais que les chefs d’État me voient comme un exemple de ce que les filles de leurs pays respectifs sont capables de faire et de devenir. Et que cela influe sur leurs décisions.

 Vous avez lancé une plateforme «Dream Up Speak Up Stand Up». Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’objectif principal est de montrer aux filles l’importance de rester à l’école et d’avoir des rêves pour le futur. Quand elles grandissent, elles auront davantage de choix dans la vie. Je l’ai fait dans plus de 11 pays et j’ai pu en parler avec plus de 26 000 enfants. Je veux servir d’exemple pour prouver que l’éducation est l’une des choses les plus importantes.

 Maurice fait partie de ces rares cas où beaucoup d’élèves doivent prendre des cours particuliers en complément des cours à l’école. Je me rends compte que c’est certainement très dur. D’ailleurs, beaucoup de choses le sont dans la vie. Mais l’éducation est très importante.

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