Saisie de drogue à la Réunion: la famille de Mike Brasse nage en pleine incompréhension

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Mike Brasse était «un exemple» pour son petit-fils.

Mike Brasse était «un exemple» pour son petit-fils.

Incompréhension totale chez les Brasse à Camp-Lamour à Grand-Baie. Personne n’était au courant de la double vie de Mike, cet homme «sans histoire». Pourtant, ce skipper de  45 ans figure parmi les trois Mauriciens arrêtés à La Réunion, vendredi, pour trafic de drogue présumé. Il est le propriétaire du yacht Ilôt Gabriel.

C’est dans la modeste demeure des Brasse que l’express a rencontré le père, le fils, la fille et la belle-fille de Mike Brasse. Les petits-enfants de ce skipper âgés de deux et six ans jouent dans le salon mal éclairé. La peinture s’écaille par endroits, l’eau s’est infiltrée dans la pièce, laissant des traces au plafond.

«Il était un exemple pour mon fils. Mais nous avons dû lui expliquer ce qui est arrivé à son grand-père», confie Orishinie Brasse, la belle-fille de Mike Brasse. Depuis l’arrestation de Mike, elle appelle quotidiennement la gendarmerie à La Réunion pour essayer d’avoir des nouvelles. «Mais nous ne savons rien pour l’instant. Nous savons simplement qu’il n’a pas de droit de visite.» De toute façon, dit-elle, la famille n’a pas les moyens de s’offrir un voyage à l’île sœur.

Son mari, Jean-Michel Brasse, est dans le même état. Adossé à un placard en formica, il cherche toujours à comprendre. «Je savais qu’il voyageait, mais je ne savais pas quel genre de vie qu’il menait. Il n’habitait pas avec nous ici», explique ce skipper  de 26 ans. «Regardez-nous. Nous sommes des gens pauvres. Si nou ti ladan, ou krwar  nou ti pou viv koumsa ?», affirme sa femme.

Le vendredi fatidique, Mike Brasse a appelé son fils pour informer la famille qu’il a été arrêté. Jean-Michel était déjà au travail et c’est sa femme qui lui a appris la nouvelle. «Depuis, je vis un cauchemar», confie le fils du skipper.

Celui-ci s’est rendu au poste de police de Grand-Baie samedi pour essayer d’en savoir un peu plus, mais est rentré bredouille. «Tout le monde l’appréciait par ici. On ne comprend vraiment pas pourquoi il a fait ça», soupire-t-il.

Le jeune homme confie que la situation est «très dure» pour eux en ce moment. Le regard des gens sur eux a changé. «Dimounn get mwa koumadir mwési mo ladan alor ki mo pé rinté pou mo fami», fulmine Jean-Michel.

«Li ki fotif, pa nou»

Dans la foulée, il précise que cela fait plus d’une semaine qu’il n’a pas vu son père. Même lorsque Mike Brasse se rendait à l’étranger les fois précédentes, il n’en informait pas sa famille. «Je ne sais pas ce qu’il a derrière la tête. Cela ne nous concerne pas. Li ki fotif, pa nou», réitère Jean-Michel. Il regarde son grand-père, debout dans un coin. Son visage porte les marques du temps et de la fatigue. Clency Brasse, le père de Mike, a perdu son fils aîné de 45 ans, mort d’un cancer il y a quelques années. «La linn perdi enn lot garson mem laz», murmure Jean-Michel, dépité.

Clency Brasse, 72 ans, est stoïque face à cette épreuve. Il a vu son fils en début de semaine dernière, et il était normal. «Bondié tandé, zamé mo ti koné ki li pé fer», s’exclame le vieil homme. Selon lui, son fils était tranquille mais «pa koné ki ti éna dan li».

Mike avait quitté la maison de son père quelques années de cela pour s’installer à Cap-Malheureux avec sa fille et depuis, ils ne se voyaient pas souvent. La fille, âgée de 17 ans, est rentrée à Maurice il y a un mois. Elle était partie à La Réunion en janvier pour ses études mais a dû rentrer au pays plus tôt que prévu. Comme son frère, elle n’a pas vu venir ce coup dur. Comme ses autres proches, elle nage en pleine incompréhension.

Un Portlouisien parmi les trois interpellés

Qui est le troisième suspect mauricien dans l’enquête sur la saisie des Rs 639 millions d’héroïne sur le horsbord «Sweet Love Mama» à Sainte-Rose vendredi ? Les autorités de La Réunion n’ont toujours pas dévoilé l’identité de l’individu. Mais ce que l’on sait, pour l’heure, c’est que c’est un tôlier de Port-Louis, âgé de 36 ans.

Une équipe d’enquêteurs mauriciens, menée par l’adjoint au commissaire de police Choolun Bhojoo, doit mettre le cap sur l’île de La Réunion afin de faire la lumière sur cette affaire. Mais il nous revient que l’aval du bureau du commissaire de police est attendu pour décider de la composition de l’équipe.

Le directeur général de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et le commissaire de police ont également décidé de mettre sur pied un comité de travail dans le sillage de la saisie de drogue à La Réunion. Alors que l’ADSU s’occupera de la section drogue, l’ICAC, elle, s’attaquera au blanchiment d’argent.

Par ailleurs, l’ICAC a obtenu un «attachment order» pour deux bateaux à La Gaulette et au Caudan Waterfront. De ce fait, ceux-ci ne peuvent être utilisés par les propriétaires pendant l’enquête. C’est en se basant sur certaines informations obtenues depuis mi-octobre que ces enquêteurs ont soupçonné que les bateaux étaient utilisés pour le trafic de drogue. Et après avoir vérifié leurs renseignements grâce à leur «Intelligence Unit», ils ont finalement pu passer à l’offensive début novembre.

D’autres enquêtes sur le trafic de drogue sont également en cours. Notamment à Albion, où un homme de 52 ans fait l’objet d’une «Net Worth Analysis». Les enquêteurs veulent comprendre comment il s’est enrichi. Et l’enquête sur une femme interpellée avec des devises étrangères continue.

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