Jayen Cuttaree: «Le départ d’Alan Ganoo du MMM m’a brisé le cœur»

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L’ancien mauve, qui a occupé plusieurs portefeuilles ministériels dans le passé, nous livre ses impressions sur le pays et sur le MMM.

L’ancien mauve, qui a occupé plusieurs portefeuilles ministériels dans le passé, nous livre ses impressions sur le pays et sur le MMM.

Jayen Cuttaree est quelqu’un qu’on ne présente plus. Après plus de 30 ans au Mouvement militant mauricien (MMM), l’ancien candidat au poste de directeur de l’Organisation mondiale du commerce, est désormais à la retraite. N’empêche, il suit toujours l’actualité.

Ce qui se passe au MMM, dans le pays et au sein du gouvernement l’intéresse de près. Pour lui, son ancien parti est récemment passé par «un cyclone». Cependant, «je peux dire que je connais sa résilience par rapport à ce type de cataclysme. Je cite l’exemple de 1993, lorsque l’alliance gouvernementale MSM/MMM avait explosé. Le MMM avait perdu la moitié de ses députés… Il fallait tout recommencer à zéro. Mais avec un travail assidu sur le terrain, le parti a pu reconquérir son électorat et s’est retrouvé au gouvernement aux élections suivantes».

Il y a un an, raconte l’ancien mauve, il avait participé à une assemblée de délégués du MMM pour un constat de la situation au parti. Le nombre de «jeunes adhérents enthousiastes» l’a alors «agréablement surpris». Il dit donc ne pas être inquiet quant à l’avenir.

D’ailleurs, souligne-t-il, la dernière constitution du MMM que «j’ai eu l’occasion de parcourir, m’a beaucoup plu. Elle met en avant des propositions pour créer un MMM moderne qui s’adaptera aux nouvelles donnes économiques et sociales du pays et dans le contexte d’un monde en évolution constante, sans pour autant renier les principes qui ont amené à la création du parti en septembre 1969».

L’ancien mauve avance que la «mesure phare» de cette constitution est la création d’un Policy Council (PC) comme en Nouvelle-Zélande. Ce PC, soutient Jayen Cuttaree, peut aider le MMM à «retrouver son rayonnement sur le plan intellectuel», s’il est réalisé avec des cadres compétents et motivés.

Il souligne que dans tous les partis politiques, il y a des départs et des arrivées. Mais de tous les départs c’est celui d’Alan Ganoo qui lui a «brisé le coeur» car ce dernier était «comme un frère». «Malgré toutes les frustrations, il aurait dû rester au sein du MMM», déplore notre interlocuteur. «Il avait sa place au MMM, surtout dans un contexte post-électoral.»

Par ailleurs, Jayen Cuttaree dit constater qu’il y a une sorte de désagrégation au niveau du gouvernement. C’est dangereux pour le pays, indique l’ancien député, se rappelant de son retour au pays en 1980. «À cette époque, feu SSR avait comme perdu le contrôle de son gouvernement. Il n’y avait pas de cohésion et ce qui devait arriver est arrivé en 1982. Le gouvernement a été balayé avec un 60-0 par le MMM

Voilà pourquoi il estime que le leadership d’un parti est le facteur le plus important à être pris en compte par l’électorat. «Le pays votera pour un leadership qui sera capable de rassembler toutes les composantes de la nation autour d’un projet politique et économique qui prendra en considération les défis auxquels le pays doit faire face», dit Jayen Cuttaree. D’ajouter que Maurice a besoin d’un leader dont la capacité, la vision et l’intégrité ont fait leurs preuves.

Qu’en est-il des potentiels leaders ? Pravind Jugnauth, avec qui il a travaillé dans le gouvernement de 2000 à 2005, est «très intelligent et un grand bosseur» mais «n’a pas encore démontré de qualité de leadership». Quant à Navin Ramgoolam, «il a été un leader compétent en 2005 et 2010. À part son dernier mandat, nous sommes tous d’accord qu’il a les capacités d’un leader».

De l’autre côté, fait-il valoir, tout le monde connaît l’intégrité et la capacité de travail de Paul Bérenger mais il y a toujours un problème de communautarisme qui surgit dans un contexte électoral. «Moi, je pense que Paul Bérenger a l’intelligence et la vision pour faire les aménagements nécessaires au sein de son parti. S’il le fait, il sera assuré d’une large victoire aux prochaines élections», indique-t-il, soulignant qu’il s’agit là d’une analyse objective.

Que pense Jayen Cuttaree de l’éventuelle passation de pouvoir entre sir Anerood Jugnauth (SAJ) et son fils ? Il affirme que l’alliance PTr-MMM a perdu les dernières élections générales parce que le peuple a voté pour le tandem SAJ-Vishnu Lutchmeenaraidoo. La population a cru dans le miracle économique de Lutchmeenaraidoo et le leadership de SAJ qui a aussi bénéficié d’une vague de sympathie. «Mais si le peuple avait su que c’est Pravind Jugnauth qui allait devenir Premier ministre après deux ans, les résultats auraient été différents

Âgé de 75 ans, Jayen Cuttaree aime bouquiner durant son temps libre et effectuer des travaux de recherche. L’auteur du livre Behind the Purple Curtain est actuellement passionné par deux livres. Le premier, Alter Egos de Mark Landner, relate les relations entre Hillary Clinton et Barack Obama pour définir la politique des États-Unis pendant les dix dernières années. Le second, signé Phlip Short, s’intéresse à François Mitterrand ; il s’intitule Portrait d’un ambigu. Un livre fascinant qui analyse la personnalité de Mitterrand «comme personne ne l’a fait auparavant».

Faits saillants :

1982-2010 : deputé au n°19 (Stanley–Rose-Hill)

1991 : ministre du Logement et des terres

2000 : ministre de l’Industrie et du commerce

2003 : ministre des Affaires étrangères

2010 : retraite politique

2011 : lancement du livre «Behind the Purple Curtain»

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