Étude de l’OCDE: la pollution de l’air tue deux fois plus que les accidents de la route

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La Journée nationale de la qualité de l’air a été célébrée, vendredi. Mais vous risquez de vous étouffer en découvrant les chiffres qui suivent. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques stipule, en effet, que la pollution de l’air est une meutrière sans pitié. Retenez votre souffle.

La pollution de l’air est un serial killer pris à la légère. En 2013, elle a provoqué 361 décès prématurés à Maurice, ce qui équivaut à une victime par jour. Ce chiffre alarmant est issu d’un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur «Le coût de la pollution atmosphérique en Afrique», publié le 29 septembre. En comparaison, le nombre de tués sur nos routes était deux fois et demie moindre en 2013. Et les meurtres ont fait neuf fois moins de victimes.

Pour évaluer l’impact de l’air vicié sur notre santé, l’organisme s’est appuyé sur une étude épidémiologique américaine (la «Global Burden of Disease Study 2013», menée par l’Université de Washington) et sur ses propres travaux. Deux types de pollution ont été analysés : celle que nous respirons à l’intérieur des habitations et l’air extérieur, chargé en particules. La première est liée à l’utilisation d’énergies polluantes (charbon, carburant lourd) dans des lieux peu ventilés. Elle serait responsable à Maurice de 46 morts par an. La seconde est causée par le transport routier, la production d’électricité ou l’industrie. Elle est sept fois plus mortelle, avec 315 décès.

En 2013, elle a provoqué 361 décès prématurés à Maurice, ce qui équivaut à une victime par jour.

La pollution est également appréhendée en termes monétaires. Outre son impact économique direct, comme l’augmentation des dépenses de santé ou la réduction de la productivité au travail, l’OCDE a aussi cherché à quantifier ses coûts non marchands (la souffrance engendrée par les maladies respiratoires et cardiovasculaires ne disposant pas d’un prix de marché). En 2013, la facture globale pour Maurice atteint 871 millions de dollars (Rs 31 milliards). À ce rythme, donc, la pollution pourrait entraîner dans les trois prochaines années le décès d’un millier de Mauriciens et coûter près de Rs 100 milliards de roupies au pays.

À l’échelle du continent, les chiffres sont encore plus faramineux : 700 000 décès en 2013, soit davantage que la malnutrition infantile ou l’absence d’eau potable. Mais d’énormes disparités demeurent : plus de 100 000 victimes au Nigeria, seulement cinq aux Seychelles, pays le moins à risque. Les autres îles de la région sont lourdement impactées, mais presque exclusivement par l’air intérieur des habitations. Madagascar est le pays le plus touché, avec 18 000 décès. Le coût total pour l’Afrique est estimé à 450 milliards de dollars (Rs 16 000 milliards).

Les auteurs de l’étude tirent la sonnette d’alarme : sans politiques et mesures rigoureuses, «l’impact dévastateur» de la pollution de l’air ira crescendo. Avant d’argumenter : «L’urbanisation constante et rapide est une mégatendance appelée à s’intensifier», d’où l’urgence. Sont notamment ciblés nos modes de transport et de production d’énergie qui «ne sont pas soutenables». Pour l’OCDE, «des modèles alternatifs à ceux importés des économies industrialisées, tels que la dépendance à l’automobile individuelle, sont nécessaires», de même qu’«une régulation plus efficace des niveaux de toxicité des combustibles importés».

Particules fines : l’air du temps

Elles sont 40 fois plus petites que l’épaisseur d’un cheveu, mais elles peuvent entraîner des maladies graves. Les particules fines en suspension dans l’air («particulate matter», PM, en anglais) sont principalement émises à Maurice par la transformation d’énergie par l’industrie, le trafic routier (du fait notamment de la combustion de diesel) et l’agriculture (avec l’utilisation d’engrais). Malgré leur dangerosité, Maurice dépasse régulièrement les normes maximales. Selon une récente étude, la concentration de ces particules dans l’agglomération de Beau-Bassin–Rose-Hill est sept fois plus élevée que le seuil fixé par l’OMS, au-delà duquel l’air n’est plus considéré comme de bonne qualité. Une catégorie de particules est particulièrement dangereuse : les PM2,5. D’un diamètre inférieur à 2,5 microns, elles peuvent donc facilement pénétrer dans les voies respiratoires. La liste des maux qu’elles provoquent est longue : bronchite chronique, asthme, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde ou encore problèmes placentaires.

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