Marie Maunick : Le cœur en bandoulière

Avec le soutien de

Cela fait 50 ans que Marie Maunick vit en Australie. Et depuis 20 ans, elle revient à Maurice annuellement. Et au lieu de se mettre en mode farniente, elle fait du bénévolat pour Caritas.

La ressemblance entre elle et son frère aîné, le poète Edouard Maunick, est frappante. Avec son autre frère, Jacques, homme de radio, c’est le pittoresque du propos qu’ils partagent. Rien de plus normal puisqu’ils émanent du même moule, c’est-à-dire qu’ils font partie des neuf enfants de Daniel et d’Orlésia Maunick qui vivaient dans le Ward IV à Port-Louis. «Les gens croient à tort que les Maunick étaient fortunés. Nous vivions confortablement puisque nous avions notre maison mais de nos parents, nous avons reçu une richesse de l’éducation, de l’art et la culture. Ils nous faisaient faire des tas d’activités car ils pensaient que s’ils gardaient leurs enfants occupés, ceux-ci ne feraient pas des bêtises.»

C’est ainsi qu’elle fréquente notamment la Chorale de l’église de l’Immaculée conception, qu’elle fait partie des œuvres. «Cela nous a formés et nous a empêchés de nous égarer.» Son père, inspecteur des travaux publics pour Rivière-du-Rempart et Pamplemousses, avait une foi inébranlable et venait en aide à «n’importe qui, n’importe quand, quelle que soit sa couleur. Et je crois que je tiens de lui». C’est chez les religieuses de Lorette de Rose-Hill qu’elle est scolarisée jusqu’en Form V. Son père veut l’envoyer à Paris où sont déjà installés ses frères Edouard et Jacques. Il essuie une fois de plus un refus. «Al ar dé serzan mazor non !» En 1967, elle part pour l’Australie où vit sa correspondante et où elle est censée passer seulement quelques mois.

Or, elle y épouse l’homme de sa vie, et lui donne trois fils, Nat, Chad et Dylan. Marie Maunick prend alors de l’emploi dans un grand magasin d’accessoires d’art et au fil des ans, elle grimpe dans la hiérarchie jusqu’à être nommée manager. «Mon père nous répétait toujours : quel que soit le métier que vous faites, vous devez y exceller.» Pieuse, elle réalise bien vite que les messes, les vêpres et autres litanies ne lui suffisent plus. Elle se joint à un groupe de prières. Mais voulant être dans l’action, elle se renseigne sur les organisations charitables où elle peut s’illustrer bénévolement.

Si elle choisit Caritas, c’est parce que, renseignements pris, sur les dons en argent perçus par cette organisation, 95 % vont aux bénéficiaires. Elle se met donc au service de Caritas Perth. «Être volontaire, c’est faire tout ce qu’il y a à faire pour permettre au personnel de faire son travail correctement. Cela peut être dactylographier une lettre, aller à la poste affranchir le courrier, à la banque, récupérer une personne à l’aéroport, etc.»

À l’époque, emploi oblige, elle ne vient se ressourcer à Maurice que tous les trois ans. C’est au moment où elle prend sa retraite à 55 ans, qu’elle a un jour le sentiment en priant que son devoir est d’aider ses compatriotes dans le besoin. Elle décide de proposer ses services à Caritas Ile Maurice et rencontre le directeur de l’époque, Gaëtan Lagesse. Elle est agréablement surprise par sa simplicité. Il veut faire un livret expliquant aux personnes vivant dans la pauvreté vers quels organismes se tourner et quelles démarches entreprendre pour obtenir de l’aide. Marie Maunick conçoit le livre pour Caritas Ile Maurice. C’est vers l’an 2000. «Malheureusement depuis, ce livre n’a pas été réactualisé alors qu’il aurait fallu qu’il le soit. Car depuis, les législations ont changé.»

Donner et ne rien demander

L’Abri de Nuit décide de prendre avantage de son offre d’entraide. C’est ainsi qu’elle rencontre le directeur de ce refuge pour sans domicile fixe, Cursley Goindoorajoo et les deux se lient d’amitié. Chaque année, lorsqu’elle vient à Maurice, elle propose un projet pour l’Abri de Nuit. «Mes parents m’ont appris à ne jamais rien demander mais à donner», précise-t-elle. Ils font des causeries dans les écoles, encourageant les élèves à faire don de savonnettes, de tubes de dentifrice, de cotons-tiges et d’autres affaires de toilette pour les ‘tontons’ de l’Abri de Nuit ou un Tin Day, soit inciter chaque élève à faire don d’une boîte de conserve, toujours pour l’Abri de Nuit. «Nous avons organisé deux dîners cabarets avec le restaurant seychellois Coco des Isles afin de lever des fonds.»

Elle a également contribué à asseoir la visibilité de Caritas en donnant l’idée à la direction de mettre en vente des t-shirts, casquettes et sacs portant le logo de l’organisation. «À chaque fois que je viens en vacances, il y a un projet défini. Je suis soutenue par mes amis mauriciens à Perth qui me font confiance dans mon parcours.» C’est ainsi qu’elle a demandé aux hôteliers qu’elle connaît de faire don de leur literie à l’Abri de Nuit. «La contribution des hôteliers est énorme.»

Lors d’une de ses visites à Maurice, Marie Maunick réalise que le ministère de la Sécurité sociale donne des fauteuils roulants aux personnes handicapées mais que ces chaises ne sont pas adaptées aux enfants porteurs de handicap. Connaissant un Frère ingénieur australien, qui monte des fauteuils roulants pour enfants et dont les roues sont increvables, elle réussit à obtenir une vingtaine de fauteuils roulants de ce type qu’elle achemine jusqu’à Maurice. Ils sont distribués aux parents d’enfants handicapés pour le plus grand bonheur de ces derniers. Le Frère australien a amélioré son modèle en fabriquant un fauteuil roulant en kit qui grandit avec l’enfant handicapé. Parrainé par le Rotary Club de Scarborough à Perth, le Frère lui fait don de 166 fauteuils roulants. Elle obtient même le conteneur pour les acheminer jusqu’à Maurice. Elle recherche le feu vert des autorités. Et a pensé à tout. «Pour identifier les enfants handicapés, on aurait pu par voie d’avis de presse, demander à leurs parents de les emmener pour un examen par un médecin et une nurse afin de voir s’ils sont éligibles au fauteuil roulant. C’est simple comme bonjour.»

La voix des sans voix

Or, sa demande bloque. Depuis deux ans, elle fait le va-et-vient entre les ministères de la Santé et de la Sécurité sociale et «je n’ai toujours pas de clearance pour ces fauteuils roulants qui auraient été gratuitement offerts ! C’est affligeant. On a perdu la conscience professionnelle à Maurice parski sakenn pe rod so bout. Si c’est une question de pot-de-vin, mo pa done moi. Sa fer mo trip bwi ler mo pans sa», dit-elle en avouant son découragement.

L’an dernier et comme cela se fait en Australie, elle a suggéré à Caritas de demander aux paroissiens de donner chaque jour une roupie durant le Carême pour pouvoir, à Pâques, soutenir les pauvres. Elle a eu l’autorisation de laisser des boîtes dans cinq paroisses uniquement alors qu’il y en a 45. Qu’à cela ne tienne. Elle avait prévu cette année de demander aux enfants des écoles de faire le même sacrifice mais n’a pu mener à bien ce projet en raison d’ennuis de santé.

«Pour moi, la pauvreté n’est pas que matérielle. Pour aider un pauvre, il faut d’abord enlever le masque de nos préjugés et ouvrir notre cœur. Je me dis que si Dieu m’a donné deux mains, c’est pour que je conserve une pour moi et qu’avec l’autre, j’aide autrui. S’il m’a donné deux yeux, c’est pour que je regarde mes affaires d’un œil et qu’avec l’autre, je voie où je peux aider les personnes sans visage et sans voix qui sont dans la misère…»

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