Sheila Castor: une éboueuse qui ne ménage pas ses efforts

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Elle a 49 balais. Et cela fait bientôt 17 ans qu’elle nettoie, astique, balaie les routes, ramasse les ordures, s’accroche au camion-benne. Confidences à la pelle.

Quand on pratique le métier d’éboueuse, il est normal d’en voir de toutes les couleurs, confie d’emblée Sheila, l’uniforme orange fluo sur le dos. Des chiens écrasés, des poulets à qui on a fait la peau, des rats rongés par des larves, font pratiquement partie de son quotidien. «Fini abitié ar sa. Mo manz ar li, samem travay ki nouri mwa

Fouillons son passé. Qu’est-ce qui bottait cette habitante de Barkly, qu’est-ce qui l’a poussée vers les gants en caoutchouc et les râteaux ? Le chômage. Ainsi, un beau jour, elle a vu débarquer les dames en orange, elles avaient la pêche. «J’ai décidé de tenter ma chance.» Depuis, Sheila débarrasse les rues de Petite-Rivière, d’Albion ou encore de Canot, entre autres, de la saleté.

La petite dame au grand courage se réveille chaque matin à 4 heures. Elle quitte la maison à 5 h 30, rejoint ses collègues à 6 h 30. Elle raccroche la casquette à 15 h 30 en jour de semaine ainsi que le samedi et à 11 h 30 le dimanche, si elle effectue des heures supplémentaires. Des sacrifices qu’elle fait volontiers pour que le porte-monnaie n’ait pas une sale tête à la fin du mois. «Mo gagn Rs 10 000. Mo bien kontan mo ti lapay, li asé pou débrouyé.»

Son indépendance financière, elle y tient. Rien ne la rend plus fière, lâche-t-elle entre deux coups de balai, que de pouvoir gagner honnêtement sa vie. Les préjugés, elle les balaie d’un revers de la main. Ce qui fait sa fierté aussi, c’est le fait que ses enfants «inn arivé dan lavi». Son fils de 33 ans est chauffeur, alors que ses filles, âgées de 23 et 20 ans, sont agent de sécurité et serveuse respectivement.

Sinon, a-t-elle encore envie de ranger quand elle rentre à la maison ? Le oui est clair et net. «Mo pa kapav netway lézot plas apré kot momem malprop. Mo bien kontan met lord, balié devan laport tousala.» Question à brûle-pourpoint : qu’en est-il de la chaleur écrasante ou de la pluie ? Avec le temps, on s’y fait, rétorque Sheila.

Vient ensuite le temps des confidences. Le rêve de la quadragénaire, ce serait d’avoir son propre business. «Mo anvi vann pwason, bann ti po zasar, bann zafer artizana. Mo rév sa.»

Une ambition qu’elle compte bien réaliser même si elle doit pour cela essuyer des revers.

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