Politique: le ras-le-bol !

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La désillusion du peuple vis-à-vis de l’alliance Lepep semble exploser depuis que SAJ a annoncé qu’il passerait le témoin à son fils. L’opposition, le PTr et le MMM, y voit une occasion de redorer son blason. Mais la population semble se lasser d’eux. S’agirait-il d’une fin de cycle généralisée pour les quatre partis traditionnels ? Et s’ils n’étaient plus aussi forts qu’on le croit ?

Dégoût, désillusion, frustration, colère… Autant de mots qu’utilisent les Mauriciens – et surtout les jeunes – pour décrire leurs sentiments 668 jours après la victoire de l’alliance Lepep aux dernières élections générales. Parmi ceux que nous avons rencontrés, l’on voterait majoritairement, aujourd’hui, en faveur du changement. La même perception prédomine lorsqu’on parcourt les commentaires sur les réseaux sociaux.

Jason Soobrayen, ex-membre du comité central du Mouvement socialiste militant (MSM), fait partie des insatisfaits. «Je m’étais dit que Maurice serait sur la voie du progrès en lisant le manifeste électoral de l’alliance Lepep. Or, nous avons vu le revers de la médaille. Presque deux ans après, à peine 15 % de ce manifeste a été réalisé. Zordi, nou santiman, séki péi pé bouz fix.»

«Une personne préfère s’orienter vers les médias plutôt qu’un député ou un parti politique pour régler son problème.»

Le fait que les partis au gouvernement soient discrédités aux yeux de l’opinion publique n’a rien de nouveau. Selon Jack Bizlall, le rôle du parti traditionnel a évolué au fil du temps. «Ce sont des institutions pour lesquelles les citoyens expriment de moins en moins d’adhésion et de confiance. Une personne préfère s’orienter vers les médias plutôt qu’un député ou un parti politique pour régler son problème.»

Une autre raison est avancée par le syndicaliste : les partis politiques traditionnels du pays, dit-il, sont «massacrés» par leurs dirigeants respectifs. «Le Parti travailliste n’existe pas aujourd’hui. Le parti tourne autour de Navin Ramgoolam. C’est la même rengaine en ce qui concerne le MSM, le Parti mauricien social démocrate ou encore le Mouvement militant mauricien (MMM). En décembre 2014, la population a évité une république présidentielle mais s’est retrouvée avec une république de dynastie. Ce qui explique pourquoi nous nous dirigeons vers une fin de cycle des partis politiques traditionnels.»

Bipolarisation

Mais pourquoi ce ras-le-bol de la population ne se traduit pas forcément lors des suffrages ? Car, au final, les partis politiques traditionnels sortent toujours vainqueurs des élections. Rezistans ek Alternativ, parti de gauche, s’est retrouvé sans un seul député au Parlement. Les partis traditionnels sont-ils aussi forts qu’ils veulent le faire croire ou alors faut-il comprendre que l’émergence d’une nouvelle force piétine en raison du système électoral First Past The Post ?

Pour Michel Chiffone, membre de Rezistans ek Alternativ, «le problème à Maurice réside dans le fait que le système favorise la bipolarisation». Pour lui, le système est trop favorable aux alliances des partis politiques traditionnels en amont d’élections. «Nous étions seuls en 2014, mais nous avons tout de même obtenu environ 3 % des voix. Certes, cela semble faible. Mais c’est un score honorable. Nous sommes le seul parti à réaliser ce score depuis 1982 et avec un seul candidat par circonscription.»

Emergence bien réelle

Une analyse mathématique des derniers résultats des élections générales de décembre 2014 dans chaque circonscription illustre le bien-fondé de cette lecture. À titre d’exemple, 21,15 % et 22,24 % des électeurs des circonscriptions n°3 et n°4 respectivement, ont voté contre les deux blocs, soit l’alliance Lepep et le PTr-MMM. Au n°10, 14,83 % des électeurs ont voté contre les deux blocs. Vikram Hurdoyal, du Réveil des Jeunes, a été plébiscité après les membres des partis traditionnels en grignotant 9 775 voix.

L’émergence de plusieurs partis politiques alternatifs est donc bien réelle, sauf qu’ils butent contre notre système électoral. Un sondage de DCDM en novembre 2014 avait du reste établi que 39 % des électeurs étaient indécis.

Ce chiffre a-t-il augmenté aujourd’hui et suffisamment pour permettre l’émergence d’une troisième force ? L’historien Jocelyn Chan Low confirme que «durant les années 2000, le nombre d’indécis a augmenté et que ceux-ci finissent par voter pour l’un des deux blocs». Michel Chiffonne estime, pour sa part, qu’une réforme électorale incluant la proportionnelle sans seuil est la solution pour que cela se produise enfin.

Le danger des extrémistes

Pour Jack Bizlall, une fin de cycle des partis traditionnels peut également créer un «bouleversement terrible» car cela peut permettre aux organisations extrémistes ou conservatrices d’infiltrer la démocratie. «Si sa bann verminn la rant dan démokrasi, zot pou touy tou parti politik.» À Maurice, on note qu’en 2014, le Front solidarité mauricienne, qui a mené une campagne sur base ethnique, s’est glissé en 7e position dans les circonscriptions nos3 et 4, là où les votes ont été plus serrés.

Immersion au cœur de rezistans ek alternativ

C’est dans leurs locaux à Montagne-Ory que les membres de Rezistans ek Alternativ nous ont accueillis. Michel Chiffonne et les membres du parti s’apprêtent à se réunir pour leur comité national. Toutes les antennes de Rezistans ek Alternativ sont présentes. «Nous avons le comité national, puis des groupes régionaux et nous fonctionnons à ces deux niveaux. Nos actions sont essentiellement sur le terrain», commente Michel Chiffonne.

Rezistans ek Alternativ s’engage dans différents combats – la politique énergétique, la protection des plages, l’écologie, entre autres, mais surtout contre le communautarisme institutionnalisé et les droits fondamentaux. Le parti se divise en comités régionaux responsables du militantisme dans les circonscriptions.

«Par exemple, nous sommes engagés dans un combat dans la région du Morne où les villageois peinent à trouver de la place pour vivre. Les villageois veulent récupérer un lopin de terre pour sortir de l’engorgement mais la propriété du terrain est contestée par un businessman. Dans un combat comme celui-ci, Rezistans ek Alternativ vient offrir une aide juridique et sociale», déclare Stephan Gua. La Fondation Rezistans ek Alternativ 2.0, ainsi nommée par ses membres, aura lieu le 20 novembre prochain.

Micro-trottoir à l’université de Maurice

Saahir Goolfee

«C’est un sentiment de frustration qui prédomine car à chaque fois on retrouve les mêmes personnes à la tête du pays. Les jeunes n’ont pas la chance de représenter les intérêts de la population sauf s’ils s’appellent Jugnauth, Duval, Ramgoolam ou encore Bérenger. Je suis pessimiste quant à l’émergence d’une troisième force.»

Varsha Luchmun

«Je me sens frustrée et déçue car il y a eu trop de fausses promesses. Il est grand temps que d’autres partis puissent avoir la chance à Maurice. Je pense que c’est possible. Plusieurs jeunes peuvent assumer ces responsabilités avec la motivation nécessaire.»

Faizal Auckburally

«Une des promesses électorales était l’emploi pour les jeunes mais aujourd’hui c’est le contraire qui se passe. Je pense qu’il est vraiment temps de limiter les mandats afin de donner la chance aux autres partis politiques.»

Akshita Sobhun

«Il est urgent qu’il y ait un changement. Beaucoup de promesses n’ont pas été tenues, le pays n’avance pas. C’est frustrant.»

Kaifi Allybux

«Péi anba lao. Ce gouvernement actuel n’est concerné que par ses proches au détriment des pauvres, voire même de la classe moyenne. Ti éna bel promes mé kan zot inn gagné zot in pli intérésé ek pran revans lor Ramgoolam. Que font-ils pour tacler le chômage ? L’émergence d’une troisième force n’est pas impossible, mais il faut de l’argent. C’est là où les partis politiques traditionnels sortent gagnants.»

Seul le pouvoir compte !

La politique et les idéologies font-elles vraiment bon ménage ? Pour les principaux partis, il semblerait que seul le pouvoir compte. La preuve, ils se sont tous alliés, sans gêne, l’un à l’autre et l’un contre l’autre au fil des ans.

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