Paul Bérenger: «Pravind Jugnauth PM: le pays sera ingouvernable»

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Le leader de l'opposition, Paul Bérenger, affirme que Pravind Jugnauth ne pourra pas tenir la pression s'il devient PM.

Le leader de l'opposition, Paul Bérenger, affirme que Pravind Jugnauth ne pourra pas tenir la pression s'il devient PM.

Avant tout, il respecte la Constitution. Si l’on suit cette logique, Pravind Jugnauth peut, en effet, accéder au poste de Premier ministre, laisse échapper le leader mauve. Le hic, selon lui, c’est que le fils de sir Anerood Jugnauth ne s’est pas présenté devant les électeurs comme un potentiel PM… Dès lors, il ne pourra pas tenir la pression. Et Pour Paul Bérenger, il n’y a donc point de doute, si le pays va aux urnes : il y aura une lutte à trois ; et le MMM sera le grand vainqueur des prochaines législatives… Interview à River-Walk.

Alors, satisfait de votre congrès-anniversaire ?

Très. L’événement a été un franc succès. Ce qui m’a impressionné, c’est l’impact que cela a eu sur l’opinion publique.

Peut-on parler de bataille des foules entre le MMM et le PMSD ? (NdlR : les deux partis ont tenu leur congrès le même jour.)

Ce n’est pas moi qui ai parlé de bataille des foules ! Duval a fait quelque chose à la va-vite et son congrès a été un échec.

Le départ de Zouberr Joomaye a-t-il aidé à mobiliser davantage les militants ?

 Pas du tout. Le départ de Joomaye est un «non-event» pour moi.

D’autres membres du MMM risquent-ils de lui emboîter le pas ?

Ce sont les radios qui débitent ces bêtises et elles le font anonymement en plus. Les membres du parti sont en colère, en particulier Aadil Ameer Meea dont le nom a été cité à la légère. Il est très remonté. Il est venu clarifier la situation.

N’empêche que cette nouvelle démission s’ajoute à une liste déjà longue….

Vous savez combien de fois le MMM est passé par ce genre de crise ? Vous savez combien de personnes ont quitté le parti ? Mais il y en a encore plus qui l’ont rejoint. Toutefois, c’est une première dans ma carrière. Un membre du parti, un député qui plus est, quitte le MMM, mais personne ne l’a suivi. Pas une seule.

Mais tous ces départs depuis 2014 ne devraient-ils pas servir d’avertissement ?

 Le MMM est né en 1969 et l’année suivante, il est passé par une crise. Le départ de Zouberr Joomaye, je le répète, est un «non-event». C’est ridicule et triste. Et malgré les crises, le parti a continué sa progression. Nous allons vers une grande victoire lors des prochaines élections générales. C’est sans conteste.

Nous n’en sommes pas là. En attendant, avec ce nouveau départ, votre poste de leader de l’opposition pourrait être menacé….

 Je n’utiliserai pas le terme «menacé». Je ne suis pas ‘amarré’ au poste de leader de l’opposition ! La Constitution stipule clairement que c’est la présidence de la République qui octroie ce poste à la personne qui est à la tête du parti qui compte le plus de membres au Parlement.

Pareillement, si la présidence parvient à la conclusion qu’il y a un autre que Paul Bérenger pour le poste de leader de l’opposition, c’est son devoir que me remplacer. Si le PTr et la bande à Ganoo souhaitent qu’il y ait un autre leader de l’opposition, à la première indication, je démissionnerai moi-même !

Les gens ne réalisent pas à quel point l’opposition est importante pour la démocratie.

Vous estimez avoir pleinement rempli votre rôle en tant que chef de file de l’opposition ?

 Tout le monde s’accorde à dire que je le fais correctement.

Pourquoi avoir refusé à la dernière minute de participer au débat de CARES sur la réforme électorale ?

 J’étais mal à l’aise quant au fait que les partis au pouvoir aient refusé d’y participer. Je me serai retrouvé avec Navin Ramgoolam d’un côté et Alan Ganoo de l’autre. Cela ne m’enchantait guère. Les journalistes eux-mêmes n’auraient pas suivi le débat mais auraient surtout pris des photos de Paul et de Navin !

Quelle est la position du MMM concernant cette réforme ?

Depuis 30 ans, le MMM est en faveur d’une bonne réforme électorale. C’est nous qui avons introduit ce débat et c’est nous qui luttons depuis pour une réforme électorale avec une dose de proportionnelle tout en gardant les circonscriptions comme elles sont. Avec une réforme électorale, nous pourrons faire d’une pierre trois coups ; ça sera un progrès pour la démocratie.

Ensuite nous pourrons rassurer ceux qui redoutent la disparition du Best Loser System. Mais nous ne pouvons continuer de déclarer notre appartenance ethnique, les Nations unies ont condamné cela. Cette réforme permettra en outre aux femmes de jouer un plus grand rôle au sein du Parlement. Entre 2000 et 2005, nous avions la possibilité de le faire mais SAJ était contre, au fond. Nous avons raté une belle occasion.

SAJ aurait donc changé d’avis sur la question à présent ?

Aujourd’hui, c’est la même chose. La preuve que SAJ est contre cette réforme électorale, c’est qu’il a institué un comité à ce propos avec Xavier Duval comme président. Nous savons tous ce que cela veut dire. Xavier Duval est en faveur du Best Loser System, comment peut-il donc être à la tête d’un comité sur la réforme électorale ? Nous comprenons tous, donc, qu’il n’y aura PAS de réforme électorale dans un proche avenir.

On fait quoi alors pour les prochaines élections ?

Il faudra recourir à un autre mini-amendement intérimaire comme en 2014, vu qu’il y a un jugement des Nations unies.

Revenons aux urnes. Vous dites que le MMM ira seul aux élections; ne craignez-vous pas une autre défaite?

Les gens ont la mémoire courte. Si SAJ n’était pas allé aider Ramgoolam en 2010, le MMM aurait remporté les suffrages avec Paul Bérenger comme Premier ministre pour cinq ans. Mais je suis de nouveau en bonne santé, je me sens fort et plus curieux que jamais d’apprendre de nouvelles choses. Après les élections de 2014, j’ai remis en question mon leadership. Mais les membres du parti m’ont demandé de rester.

SAJ, lui, a évoqué son départ…

Je ne suis pas d’accord avec certains membres du MSM, dont le Chief Whip, qui affirment que s’il n’en tenait qu’à eux, Pravind Jugnauth serait Premier ministre demain. C’est un manque de respect envers SAJ qui, lui, a été élu au poste de Premier ministre.

Je ne bousculerai pas SAJ, je ne lui manquerai pas de respect. Cela dit, il ne faut pas laisser traîner les choses et laisser les affaires du pays en suspens. Je fais confiance à SAJ, il a toujours été un patriote et il ne fera pas de tort au pays en fin de carrière. Il doit s’en aller dans un délai raisonnable.

Pravind Jugnauth a donné la réplique à l’opposition en rappelant qu’il est un élu du peuple.

Pravind Jugnauth ne s’est pas présenté face aux électeurs en tant que Premier ministre. C’est SAJ qui devait assumer cette fonction pendant cinq ans. Pravind Jugnauth pa ti lor radar. Il se confond. Il n’a été élu que dans une circonscription, il ne s’est pas présenté comme Premier ministre. Li enn ti lespri. Maurice n’est ni une dynastie ni une monarchie. Avec Pravind Jugnauth comme Premier ministre, le pays deviendra ingouvernable. C’est une escroquerie politique.

La Constitution stipule tout de même que le poste de PM revient au leader de la majorité parlementaire…

Je respecte la Constitution. En 1976, le MMM avait obtenu 34 sièges, le PTr, 28 et le PMSD, 8. Le PTr s’est alors allié au PMSD pour diriger le pays. Sir Seewoosagur Ramgoolam s’est prévalu de la Constitution pour le faire. Dans le cas présent, je souhaite qu’après le départ de sir Anerood, dans un délai raisonnable, Pravind Jugnauth devienne Premier ministre. Et puis qu’il y ait des élections générales. Dans un délai raisonnable !

Après la lourde défaite de l’alliance PTr-MMM, vous avez tout mis sur le dos du PTr. Et pourtant, sept mois après, le MMM, seul, a connu sa plus sévère défaite lors des municipales sans qu’aucun candidat ne soit élu.

Vous mélangez tout ! Lors des dernières législatives, il y avait une certaine hystérie dans les médias. Il y avait un accord écrit et publié sur Internet quant aux conditions de cet accord autour de la IIe République. Toutes les conditions étaient réunies mais on n’en avait pas fait grand cas. J’étais même étonné quand le Premier ministre, bien plus tard au Parlement, voulait avoir une copie de cet accord. Tout cela pour vous dire qu’il n’avait pas lu notre accord avant de faire campagne.

Cela dit, la population, en général, en avait marre de Navin Ramgoolam. Lors de la campagne, il a voulu démontrer qu’il resterait l’homme fort. Il a fait certaines déclarations qui ont provoqué la colère des militants. J’estime, avec le recul, qu’il a fait tout cela par exprès car il ne voulait pas que cette alliance remporte ces élections par une majorité de trois quarts, ce qui lui aurait permis de conserver son poste de Premier ministre tout en sachant qu’il n’y aurait pas cette IIe République. Résultat des courses, il y a eu des dommages collatéraux.

Ne pensez-vous pas aujourd’hui qu’Ivan Collendavelloo avait raison en 2014 ?

Collendavelloo n’a parlé qu’une fois. Il a toujours sommeil, je ne le dis pas méchamment car je sais qu’il est malade. Moi-même j’étais divisé. Je me souviens qu’un jeudi, cette alliance était au bord de la rupture. Mais Alan Ganoo a couru dans tous les sens et le lundi suivant, l’alliance était de nouveau sur les rails.

Mais peut-être que si Collendavelloo avait mis tout son poids dans la balance, cette alliance avec le PTr ne se serait pas concrétisée. Je précise toutefois que l’accord avait été voté par bulletin secret tout comme on l’a fait pour se défaire de cette alliance au lendemain de la défaite.

Où en est-on avec la nouvelle constitution du MMM?

 Nous avons mis sur pied une task force qui a fait un bon travail. Le comité central se réunira samedi prochain pour voir comment on procédera en ce qu’il s’agit du document. Il y aura ensuite une réunion spéciale avant qu’on ne ratifie cette nouvelle constitution à travers une assemblée de délégués.

Y a-t-il des désaccords sur certains points ?

 Effectivement. Mais, dans l’ensemble, c’est un document qui réactualise plusieurs idées du MMM à savoir la démocratie, le féminisme et l’écologie.

Si vous étiez dans un gouvernement où vous aviez un ministre comme Roshi Bhadain, que feriez-vous?

Si j’étais ministre, je ne resterais pas au sein d’un tel gouvernement ! Et si j’étais Premier ministre, il serait «out»! Cela dit, il ne faut pas jeter tout le blâme sur Roshi Bhadain. Il est aussi catastrophique que brillant. Mais il y a le Premier ministre qui soutir li. Il y a d’autres ministres et le Premier ministre qui ont pris la décision sur la BAI et je suis sûr que le Premier ministre n’a rien compris à toute cette affaire. Et ne parlons pas des affidavits de Vishnu Lutchmeenaraidoo ou encore de cette «guerre» contre Sanspeur concernant Heritage City.

Au Parlement, on constate que souvent vous vous en prenez à la speaker. Vous avez une dent contre elle ?

Pas du tout. En politique, il n’y a rien de personnel. Oui, c’est une speaker catastrophe ! Elle a néanmoins fait des efforts dernièrement qu’il nous faut reconnaître...

Êtes-vous pour la réunification de la famille militante?

Non ! Pas avec «ces» Ivan Collendaveloo et autres Anil Gayan. En ce qui concerne Alan Ganoo, il n’est pas question qu’il retourne au nº 14 s’il revient. Et dernièrement, il a «tiré sur lui-même» en invitant Zouberr Joomaye à se joindre au Mouvement patriotique (MP).

Qu’en est-il justement des autres membres du MP?

Nous allons étudier chaque cas différemment. L’ironie du sort, c’est que le MMM a connu une scission avec des personnes qui étaient très favorables à une alliance avec le PTr.

Le PTr remonte-t-il la pente à votre avis ?

On savait que ce parti allait le faire après tous ces événements. Mais le PTr n’ira pas plus loin.

PS : Avis de recherche : Stop ! Aux dernières nouvelles, Paul Bérenger a retrouvé son stylo grâce à un travail de fourmi de l’un de ses gardes du corps. Pour saisir le fond de cette nouvelle, référez-vous à notre rubrique ‘Confidentiels’ de l’express-samedi du 1er octobre ou à lexpress leaks, sur lexpress.mu

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