Kadress Pillay: «On parle du Nine-Year Schooling sans vraiment savoir de quoi il s’agit»

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Kadress Pillay, ancien ministre de l’Éducation lors d'un entretien dans les locaux de La Sentinelle.

Kadress Pillay, ancien ministre de l’Éducation lors d'un entretien dans les locaux de La Sentinelle.

Le secteur éducatif a, ces dernières semaines, été sous les feux des projecteurs. Kadress Pillay, ancien ministre de l’Éducation, nous livre ses sentiments par rapport aux déboires des enseignants et à la déconvenue des collégiens…

Que pensez-vous de la mesure de la ministre de l’Éducation pour contrer l’absentéisme ?

Je comprends sa décision dans la mesure où l’absentéisme est un vrai problème. Par contre, je trouve que cette mesure constitue un imprévu pour les parents et que cela affecte injustement ceux qui n’ont pas les moyens de payer les frais d’examens.

Beaucoup de collégiens et de parents évoquent un «cafouillage». Est-ce aussi le mot que vous utiliseriez ?

Déjà, il n’était pas très indiqué de la part de la ministre d’apporter des changements à la dernière minute. Je comprends qu’il y a aussi eu un manque de communication. Il faudrait peut- être, pour ces raisons, payer les frais d’examens des élèves cette année, pour la dernière fois.

Auriez-vous fait les choses différemment ?

Bien que je trouve que la mesure soit punitive, peut-être que j’aurais plutôt fait signer un contrat aux parents et aux élèves dès la Lower VI et la Form IV

Il y a trois semaines, vous étiez à une réunion de l’Union of Private Secondary Education Employees avec d’autres anciens ministres de l’Éducation de tous bords politiques. Pourquoi ?

 Nous sommes tous au courant des misères des enseignants de certains établissements privés. J’ai de la sympathie pour eux. Avec le Private Secondary Schools Authority (Amendment) Act, la représentation directe des syndicats du secondaire privé a été abolie et ceci constitue un grand pas en arrière.

Dans un article publié dans la rubrique «Tribune» de «l’express», vous critiquez vivement Navin Ramgoolam pour sa déclaration contre la réforme éducative du gouvernement actuel. Pourquoi ?

Je pense que le terme Nine-Year Schooling est devenu un cliché. Les gens en ont tellement parlé qu’ils ne savent même plus de quoi il retourne. Navin Ramgoolam, y compris. De plus, il n’a pas le droit de dire qu’il est contre le Nine-Year Schooling. C’est à sa requête que j’ai produit un action plan pour un système similaire en 1997, et il m’a toujours accordé son soutien. Pourquoi maintenant aller à l’encontre de cette même réforme ? C’est soit du bluff, soit du populisme bon marché.

Mais avons-nous besoin de cette réforme ?

Notre système a besoin d’une réforme profonde. Celle-ci est un bon début.

Que pensez-vous de la décision des écoles catholiques de ne pas y participer?

 Je les comprends. À l’époque, les écoles catholiques n’étaient pas forcément d’accord mais j’ai fait des compromis. Là, personne ne veut discuter du mécanisme. Et je trouve cela très dommage. Cela va creuser le fossé entre différentes classes sociales.

En ce moment, nous avons déjà une éducation à deux vitesses. Guété ki sa bann dimoun ki al QEC ek ki gagn bon rezilta la été ? Bann dimoun ris. Par contre, allez voir ceux qui vont au New Devton. Il y a une différence sociale mais aussi ethnique.

On va maintenant creuser un autre fossé entre l’éducation catholique et non catholique.

Dans l’article que vous publiez dans la page «Tribune», vous posez la question des admissions. De quoi avez-vous peur ?

 On dit qu’il y aura une régionalisation mais comment les admissions se feront-elles ? S’il y a une trop grande demande pour le QEC et que vous habitez dans la région, qui décidera qui ira au QEC ou pas ? La bourgeoisie va encore trouver un moyen d’envoyer ses enfants dans les écoles prisées. Elle n’accorde aucune importance aux enfants des ti travayer.

Le programme de la ministre DookunLuchoomun met l’accent sur les Technical and Vocational Education and Training. Quel regard jetez-vous sur cela ?

C’est un élément de la réforme que je n’approuve pas. Je n’aime pas la spécialisation prématurée. La vocation de l’école ne doit pas être de créer des boulons pour des chaînes de production. Mais des citoyens de demain.

Justement, pour vous, c’est quoi l’école de demain ?

 Elle a quatre objectifs : Character, Competence, Creativity et Compassion. L’école doit créer des passerelles, par le biais de la pédagogie, pour mener les enfants à ces quatre piliers.

Au chapitre politique, on a évoqué votre rapprochement avec le Mouvement socialiste militant. Qu’en est-il ?

(rires) Kisanla inn dir sa ? Je ne connais pas Pravind Jugnauth, je ne l’ai rencontré qu’à deux reprises. Sir Anerood Jugnauth, par contre, c’est quelqu’un pour qui j’ai un immense respect.

Et justement par rapport à SAJ et Pravind Jugnauth, que pensez-vous du passage de témoin pour ce qui est du poste de Premier ministre ?

 Nous aimons faire a mountain of a hill. Je trouve malséant que ceux qui ont été bottés de leur bastion politique viennent remettre en question notre système westministerien.

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