Mohamed Khan: «Des formations d’après les besoins du marché financier»

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Mohamed Khan, directeur du Financial Services Institute.

Mohamed Khan, directeur du Financial Services Institute.

Bras droit du Mauritius International Financial Centre (MIFC), le Financial Services Institute (FSI) porte l’ambition du gouvernement d’aider l’industrie des services financiers locale à devenir une plaque tournante dans la région africaine.

Il est prévu que le FSI devienne une institution clé sous la Financial Services Promotion Agency (FSPA). Quelle est votre vision pour cette organisation ?

Il faut comprendre que le FSI est une antenne du MIFC, qui fonctionne sous le ministère des Services financiers. Ce qui fait que notre vision est analogue à celle du gouvernement, qui est la promotion de l’industrie financière de Maurice comme un centre d’excellence pour la région africaine.

Le FSI en lui-même représente le bras de formation de la FSPA. Il s’aligne sur la mission du gouvernement ainsi que les nécessités du marché financier, en offrant des formations de qualité, reconnues à travers le monde et qui aideront les opérateurs, les employés, les diplômés ainsi que toutes les parties prenantes du global business à Maurice.

Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre ? Initialement, nous nous concentrons sur trois domaines en particulier. L’un est de faire progresser le savoir-faire dans les services financiers à travers le pays et dans la région. Deuxièmement, nous cherchons à faciliter la transition des étudiants des établissements scolaires vers le monde professionnel. Et finalement, nous allons accroître les compétences des opérateurs dans le secteur des services financiers afin de leur donner un avantage compétitif sur le marché international.

En parallèle, nous avons mis en place l’infrastructure pour donner des cours et nous avons récemment obtenu notre licence MQA. Cela signifie que quand nous lancerons nos formations professionnelles, les sociétés participantes pourront demander d’être remboursées auprès du Human Resource Development Council. De plus, nous travaillons avec la Financial Services Commission afin d’accroître leur base de connaissances actuelle.

Plusieurs de nos institutions tertiaires sont affiliées à des universités étrangères. Comment le FSI se différencierait-il de ce que proposent ces institutions ?

Comme notre nom l’indique, le Financial Services Institute se focalise uniquement sur l’industrie des services financiers. Nous ne sommes pas une université ou une école classique qui donne des cours génériques. Nous ne faisons que donner des formations professionnelles qui sont catégoriquement définies d’après les besoins du secteur.

Contrairement aux universités, nous restons très flexibles sur les cours que nous allons offrir car il n’y a pas de doute que le marché évoluera rapidement dans les années à venir. Nous ne sommes pas restreints par un long cursus généralisé et pouvons changer notre programme par rapport à l’industrie. Et, bien sûr, nous sommes très bien placés à Ébène pour rester en contact avec les opérateurs et être accessibles aux étudiants.

Vous comptez travailler en partenariat avec des institutions locales ? Au début, nous allons faire face à un souci de perception. Les gens ne nous connaissent pas encore et c’est un obstacle. Par conséquent, il est possible que nous cherchions initialement l’appui de quelques institutions internationales et locales. Mais au fil du temps, quand nos élèves intégreront le monde du travail et contribueront à bâtir notre réputation, je ne pense pas que cela sera nécessaire.

Ciblez-vous une section particulière du marché mauricien, telle que les professionnels du secteur financier, les diplômés ou les jeunes qui ont terminé leur scolarité secondaire ?

Tous ceux que vous avez mentionnés et même plus. Dans l’immédiat, nous allons nous concentrer sur les diplômés au chômage et sur la formation de professionnels dans des domaines comme la captive insurance ou le wealth management, entre autres. Mais pour le moment, notre priorité reste les gradués.

Depuis la renégociation du traité fiscal de non double imposition avec l’Inde et l’arrivée inévitable du plan d’action BEPS de l’OCDE, beaucoup d’opérateurs du secteur des services financiers du pays se sentent menacés. Le FSI pourrait-il changer la donne ?

 Le problème, c’est que Maurice est perçu par plusieurs pays comme une juridiction tax centric. Au FSI, en adhérant à la vision du MIFC et du gouvernement, nous essayons de changer cette perception. En réalité, le pays apporte beaucoup plus que ça dans le monde des affaires. Maurice est un des pays où la population est extrêmement qualifiée et a un accès gratuit à l’éducation. Nous voulons juste rendre les gens plus astucieux. Il faut que les opérateurs cessent de se concentrer sur le back office et investissent dans des services plus techniques et spécialisés. Le FSI pourra les aider en fournissant des cours reconnus au niveau international.

Les sociétés locales sont souvent critiquées car elles n’offrent pas, semble-t-il, un service de niveau international. Pensez-vous que votre organisation pourra aider à changer cela ? Le niveau du service requis sur le plan international peut exiger des capacités particulières. Nous sommes une institution de formation et nous visons à adresser cette lacune. Je pense que les Mauriciens doivent aussi travailler sur ce qu’on appelle les soft skills. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, les soft skills ne veulent pas uniquement dire la communication, bien que celle-ci en soit une partie intégrante. Savoir comment résoudre des conflits, avoir l’esprit d’équipe et comprendre les différences culturelles font partie des soft skills.

À Maurice, vous avez la chance d’avoir une variété de cultures. Les Mauriciens doivent utiliser cet atout en leur faveur quand ils s’engagent sur le plan international. Il faut construire sur votre identité au lieu de tenter de devenir quelqu’un d’autre.

Pensez-vous que le service financier lo- cal pourra un jour rivaliser avec des pays comme Singapour ou le Luxembourg ?

Oui, mais cela prendra du temps. Le FSI a un rôle à jouer dans le développement du personnel. En fait, je suis certain que Maurice deviendra pour l’Afrique ce qu’aujourd’hui Singapour est pour l’Asie. Maurice est dans une position intéressante par rapport à l’Afrique, il a une politique relativement stable, un taux de criminalité bas, il est très accessible et les gens sont qualifiés dans le domaine de la finance. Donc, avec toutes les grandes sociétés internationales voulant une part des ressources de l’Afrique, je pense que Maurice peut proposer un emplacement serein où elles pourront établir leur quartier général.

Bio express

Originaire de la Guyane, Mohamed Khan a vécu à Londres durant les 35 dernières années. Il a été impliqué dans deux écoles spécialisées dans les affaires financières. Notamment, le City Banking College et la Financial Training Company. City Banking College offre, lui, des cours professionnels reconnus à travers le monde ainsi que des licences en collaboration avec plusieurs universités anglaises, dont celles de Leicester, Sunderland et London Metropolitan. Mohamed Khan a été membre fondateur et Managing Director du City Banking College pendant les années 80, suite à quoi il a fondé la Financial Training Company qui est désormais en joint venture avec Kaplan.

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