Congrès À Triolet: «Navin tomem nou lérwa azordi»

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Après 21 mois, Navin Ramgoolam a signé son retour dans son bastion, à Triolet.

Après 21 mois, Navin Ramgoolam a signé son retour dans son bastion, à Triolet.

On se croirait en pleine campagne électorale. On plante d’abord le décor: une tente blanche dressée et décorée d’un rouge vif. À l’intérieur, des chaises blanches, des gens tout excités tenant des drapeaux, jouant du tambour et les infatigables bonnes femmes dansant sur la musique emblématique du PTr: «Navin tomem nou lérwa azordi…» Ça, c’était avant la prise de parole du leader des Rouges.

Somme toute, comme un sentiment de déjà-vu. Flash-back aux meetings des Rouges lors de la dernière campagne électorale, en 2014. Seule différence : le slogan «Dévirer Mam» est de rigueur cette fois. Comme une réponse au «Viré Mam» qui avait valu la victoire à l’alliance Lepep aux dernières législatives. Et cette fois-ci, il y avait également une chanson et une bande sonore… du moins, une tentative ratée de faire jouer une bande sonore.

Évidemment, une bonne partie de son discours est consacrée à son père. D’autant plus que le 18 septembre marque le 116e anniversaire de la naissance de sir Seewoosagur Ramgoolam. Navin Ramgoolam est monté sur l’estrade à 10 h 30. Ces trente minutes de retard sont dues, selon lui, à la fermeture de la route reliant Terre-Rouge à Verdun mais aussi à l’embouteillage causé par l’affluence des partisans venus assister au premier congrès marquant son retour à Triolet. Ce bastion qu’il avait dû quitter précipitamment, à la proclamation des résultats des élections générales, en 2014.

Une fois son discours entamé, il n’est plus possible de circuler sous la tente. Les gens se sont massés dans l’allée principale mais aussi des deux côtés de la tente. Forte présence policière sur les lieux.

À l’extérieur, un écran est placé pour permettre à ceux n’ayant pas eu de place de suivre le discours. Navin Ramgoolam est le seul orateur. Il est le seul maître à bord. Il le fera comprendre à plusieurs reprises.

D’abord, dans le ton. Il est visiblement là pour régler des comptes. Avec l’actuel Premier ministre mais aussi avec son fils, Pravind Jugnauth. À plusieurs reprises, il cherchera le regard approbateur d’Arvin Boolell, d’Anil Bachoo ou de Shakeel Mohamed, assis au premier rang.

Navin Ramgoolam n’a pas non plus dérogé à sa tradition de réclamer le silence lorsqu’il parle. Il demande à une sympathisante de se rasseoir, ordonne à un autre de l’écouter sans parler et menace d’interrompre son discours si le silence n’est pas rétabli.

Il lance des piques, se compare à un guerrier et s’irrite toujours autant lorsque les choses ne se déroulent pas comme il l’aurait voulu. Comme quand le technicien ne parvient pas à balancer l’élément sonore qu’il voulait, au moment où il le voulait. «l*** , fer mwa zouré la !» lancera-t-il, hors du micro, au technicien qui s’est trompé de son. Plus tard, il n’hésitera pas à l’humilier en public. «Aster la ki li zwé lot la la !» L’ironie, c’est qu’il dénonçait les propos «insultants» de sir Anerood Jugnauth à l’encontre de Kailash Trilochun. Il mettra fin à une heure et quarante-cinq minutes de discours en s’adressant aux jeunes.

Heritage City : «Pourquoi se pressait-on ?»

Autre sujet abordé : Heritage City. «J’avais dit que ce n’était pas une priorité. Est-ce qu’on refait le Parlement à cause des jambes de Roshi Bhadain qui sont trop longues ?», s’est interrogé Navin Ramgoolam sous les rires de l’assistance. Le leader du PTr n’a pas épargné Showkutally Soodhun. «C’est lui qui est allé discuter avec un cheik pour ce projet. Je n’ai jamais vu un cheik négocier avec un esclave. Même pas dans un film», a-t-il lâché.

«Il aurait fallu voter Sanspeur comme PM»

Navin Ramgoolam a félicité le Senior Adviser du ministre des Finances. Le leader du PTr estime que Gérard Sanspeur a eu le courage de dire qu’il y a des zones d’ombre dans le projet Heritage City. «Tous ces ministres n’ont rien vu. Il a fallu attendre l’arrivée de Gérard Sanspeur pour voir qu’il y avait des zones d’ombre. Il aurait fallu voter Gérard Sanspeur comme Premier ministre.»

Chagos: «SAJ aurait dû engager des négociations diplomatiques»

Navin Ramgoolam donne des leçons à SAJ. Il juge que le dossier Chagos a été mal géré par le Premier ministre. «Li ti bizin lev téléfonn koz avek Cameron. Au lieu de cela, il a insulté les Anglais et les Américains. SAJ aurait dû engager des négociations diplomatiques», soutient le leader des rouges. Il a également affirmé que SAJ était de la partie lors des discussions avant l’indépendance de Maurice. «Il n’avait peut-être pas ouvert la bouche mais il y était», s’insurge Navin Ramgoolam.

Des fleurs à Arvin Boolell

«C’était un ministre des Affaires étrangères exceptionnel.» C’est en ces termes que le leader du PTr a parlé d’Arvin Boolell qui était assis au premier rang en face de lui. Il a souligné qu’à l’époque où il était ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell était au courant de toutes les discussions concernant les Chagos et l’accompagnait lors de ses déplacements à ce sujet.

Ramgoolam fustige la MBC

Le leader du PTr n’a pas été tendre envers la MBC. Lors de son discours, un brouhaha s’est fait entendre. Navin Ramgoolam a voulu savoir ce qui provoquait ce bruit. Ayant été informé qu’il s’agissait de l’arrivée des représentants de la MBC, il a lancé : «Avoy MBC f*** ! Asterla ki MBC koné ki mo existé !» Ce, alors que la radiotélévision n’était même pas présente…

Aux élèves du SC et du HSC: «Si PTR vinn o pouvwar nou pou rembours zot»

Il a pris un engagement devant ses sympathisants. Navin Ramgoolam s’est indigné que des élèves du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) doivent payer les frais d’examens. «Je suis pour la discipline. Les élèves doivent aller à l’école. Mais le gouvernement se devait de respecter sa promesse. Je demande aux élèves de garder leurs reçus. Si le PTr revient au pouvoir, nous les rembourserons.» Déclaration accueillie par un tonnerre d’applaudissements. C’est la première fois, depuis la proclamation des résultats des élections de décembre 2014, que Navin Ramgoolam remonte sur une estrade pour un congrès. Il dit avoir choisi de le faire pour la célébration de l’anniversaire de son père, car Triolet «est la circonscription de SSR». Au chapitre de l’éducation toujours, Navin Ramgoolam a également promis d’abolir le Nine-Year Schooling, «une fois que son parti reviendra au pouvoir». Dans la foulée, il a égratigné la ministre de l’Éducation Leela Devi Dookun-Luchoomun, la qualifiant d’«incompétente».

«Personn pa pou dévir mo latet aster»

Il n’a pas dit explicitement à qui il faisait référence. Mais toute la foule avait, semble-t-il, compris. Navin Ramgoolam a promis : «Okenn erer mo pa pou répété. Mo dir bien okenn. Personn pa pou dévir mo latet aster», a-t-il martelé sous les applaudissements de ses sympathisants.

«Si Pravind Jugnauth veut devenir Premier ministre, qu’il passe par des élections»

Le leader des Rouges estime que si sir Anerood Jugnauth veut faire de son fils le futur Premier ministre, ce dernier devra passer par des élections. «Pas par laport, pa par limpost.» Navin Ramgoolam dit être en faveur d'une limitation à deux mandats pour un Premier ministre et d'une période ne dépassant pas dix ans. Dans la foulée, il a égratigné Xavier-Luc Duval. Avançant qu'à la place du leader du PMSD, son père, Gaëtan Duval, aurait déjà démissionné du gouvernement. «Mé li avek Ivan Collendavelloo atasé avek zot privilez minis», soutient-il.

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