À Triolet, dimanche: Labour Revival ou alliance Lepep décrédibilisée…

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Navin Ramgoolam est parti à la reconquête de son électorat depuis l’année dernière.

Navin Ramgoolam est parti à la reconquête de son électorat depuis l’année dernière.

Un an après le rassemblement à Kewal Nagar, où Navin Ramgoolam avait effectué un retour triomphal après sa lourde défaite de décembre 2014, le Parti travailliste (PTr) en organise un autre, dimanche 18 septembre. Cette fois à Triolet, village connu pour être un bastion des Rouges. Ce parti a mis le paquet, avec une campagne d’affiches et de banderoles à travers villes et villages et surtout une communication sur les réseaux sociaux.

Avec l’espoir de rassembler une importante foule ou de faire mieux qu’à Kewal Nagar, le 20 septembre 2015 ? Difficile à dire, déclare Patrick Assirvaden, le président du PTr. «Nous nous attendons à une bonne foule, mais nous ne mettons pas trop l’accent sur l’assistance

Certains au PTr avancent que Navin Ramgoolam – qui, avons-nous appris, ralliera la place du meeting après avoir parcouru environ un kilomètre à pied – sera l’unique orateur. Mais au dire du président du Labour, rien n’avait encore été arrêté à vendredi après-midi.

C’est à la suite d’une quinzaine de réunions dans diverses circonscriptions du pays que le PTr tiendra ce rassemblement. Les Rouges ont attiré une bonne assistance à presque tous ces congrès. Est-ce à dire qu’il y a un Labour Revival ? Ou encore, est-ce parce que la population dans son ensemble, déçue de la performance du gouvernement, se tourne vers l’opposition, dont le PTr ? Nous avons donné la parole à des observateurs politiques.

Réactions

Un backbencher du gouvernement :

«Je ne cache pas ma déception avec ce gouvernement dont je fais partie. C’est surtout le recrutement des jeunes qui m’attriste beaucoup. Dans ma circonscription, il y en a plusieurs qui sont capables et mieux qualifiés que ces personnes proches des ministres qui ont été recrutées. C’est pour vous dire que le gouvernement est devenu impopulaire et que le PTr mise sur cela pour redorer son blason.» Et si, dans trois mois, il y avait des élections, à qui irait la victoire ? C’est certain que le gouvernement les perdrait, dit-il, péremptoire.

Ram Seegobin, dirigeant de Lalit :

«Je ne crois pas qu’il y a un regain de popularité en faveur du PTr, mais c’est le gouvernement qui se décrédibilise. Chaque semaine, il y a une nouvelle affaire. C’est un gouvernement sans gouvernail et la dernière affaire en date, qui concerne la déclaration d’Ivan Collendavelloo sur Roshi Bhadain, rend ce gouvernement ridicule.»

Jack Bizlall, syndicaliste :

«Laissez-moi vous expliquer ce qui s’est passé en décembre 2014. Avant septembre, il y avait deux partis politiques populaires, le PTr et le MMM. Mais ils ont tenté de changer la Constitution : Navin Ramgoolam a voulu être président de la République avec des pouvoirs accrus et Paul Bérenger, Premier ministre. Le peuple a rejeté cela en bloc. Sans mener une vraie campagne, le MSM et ses alliés ont remporté une victoire. Or, après une période d’euphorie avec l’augmentation des prestations sociales, le gouvernement a mené une revanche contre le PTr et les familles traditionnelles de ce parti se sentent menacées. Il y a eu l’affaire Rawat qui concerne 200 000 familles. Ensuite, les déclarations du ministre de la Santé sur la drogue synthétique ou le cancer… Tout cela a rendu le gouvernement très impopulaire. Ce qui fait que Ramgoolam regagne du terrain, pa par rapor a séki li été, mé séki sa gouvernma-la finn vini.»

Jean-Claude de l’Estrac, observateur politique :

«C’est le début d’un équilibrage des forces électorales sous un double effet politique. D’une part, l’alliance Lepep subit une érosion de sa base en raison d’une certaine désillusion de ses électeurs. L’acte de gouverner provoque presque toujours une déperdition électorale. Mais l’on en rajoute en incohérences, atermoiements et querelles intestines, l’affaiblissement est inéluctable. De l’autre côté, des électeurs travaillistes qui avaient voté Jugnauth pour donner une leçon à Ramgoolam commencent à penser qu’après tout le MSM n’est guère différent. Et à tout prendre, vaut mieux Ramgoolam. Plus le temps passera, plus les casseroles de Ramgoolam perdront de leur sonorité. Ce n’est pas encore un retour en grâce, mais c’est l’énième démonstration qu’une bête politique a plusieurs vies.»

Le MMM et le PMSD en congrès le même jour

Est-ce une coïncidence ? Le MMM et le PMSD organisent chacun un congrès, le dimanche 25 septembre. Le premier réunira ses partisans à Réduit et le second à Ébène. C’est le MMM qui avait annoncé en premier la tenue de ce rassemblement qui marquera son 47e anniversaire. Or, il y a quelques jours, le PMSD a annoncé la tenue d’un congrès des jeunes à l’École hôtelière, à Ébéne. Selon le secrétaire général des bleus, l’événement était prévu depuis trois mois. Le MSM n’est pas en reste. Outre la présence des membres du parti sur le terrain à partir de la semaine prochaine, le leader Pravind Jugnauth sera à Beau-Bassin le mercredi 21 septembre. Puis il animera un congrès à Nouvelle-France le vendredi 23 septembre.

Manière de voir : Kim Il-sung et Big Ben

Arrestations arbitraires, accusations tous azimuts, une force policière divisée en camps, des ministres qui s’affrontent au milieu d’une guerre de succession. Tour d’horizon de la situation politique qui se complique de jour en jour.

De toute évidence, aussitôt Pravind Jugnauth parti en Inde, un mastermind a été à l’œuvre pour presque réussir de faire arrêter le Senior Adviser Gérard Sanspeur. Encore un réflexe de république bananière ? Cette arrestation manquée après celle du DPP Satyajit Boolell a scandalisé même des caciques du MSM, comme l’avocat Raouf Gulbul.

Arrestations arbitraires, dénonciations mutuelles, gestion catastrophique de la fièvre aphteuse… Les excès se succèdent, ce qui place bien le pays dans la ligue des Républiques outrancières. Mais comme souligné par ceux qui justifient l’accession éventuelle de Pravind Jugnauth aux fonctions de Premier ministre, nous sommes quand même un pays bien ancré dans les traditions ô combien démocratiques de Westminster.

Strictement parlant, la Constitution de Maurice et nos traditions de Westminster permettent à Pravind Jugnauth de succéder à son père et cela sans qu’il soit plébiscité par les électeurs. Paul Bérenger n’est-il pas devenu Premier ministre en 2003, entre deux élections générales ? Sauf qu’aux élections de 2000, l’alliance MSM-MMM avait basé sa campagne de «redresser» le pays sur un prime ministership partagé à l’israélienne, soit trois ans-deux ans entre Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Aux élections de 2014, l’alliance Lepep avait vendu Jugnauth comme le Rambo chargé de «nettoyer» le pays. Ce même Rambo, cette fois en tandem avec Vishnu Lutchmeenaraidoo, pour assurer à la nation un deuxième miracle économique.

Si Westminster assure une succession à la Kim Il-sung pour Pravind Jugnauth, ce dernier n’aura cependant pas la partie facile en affrontant le handicap d’une absence de légitimité politique. Ce handicap, il ne pourrait le surmonter qu’en mettant à son actif toute une série de miracles tant politiques qu’économiques. À commencer par ce grand miracle économique qui a échappé au tandem Anerood-Vishnu. Il lui faudrait encore réaliser des miracles de la bonne gouvernance et contre la corruption, diriger un gouvernement qui means business, qui ne mette pas des fermes en quarantaine pour ensuite en ouvrir l’accès au risque de contaminer tout le pays.

Pravind Jugnauth ne sera pas le premier fils-à-papa à vouloir revendiquer une place de choix dans la classe politique du pays. Mais contrairement aux autres Ramgoolam, Duval, Mohamed et Boolell, il lui manque un certain charisme. Ce qui le prive de ce crowd appeal tellement nécessaire dans les traditions mauriciennes. Pour que l’homme politique réussisse, il ne lui suffit pas d’être un technocrate froid et dépassionné. Après tout, Maurice est loin d’être le Luxembourg de l’océan Indien. Sans même que Ramgoolam n’ait à forcer la note en entamant des pas de danse ou en jouant à la batterie. Sur ce terrain, Pravind Jugnauth part largement battu, ce qui exige de lui un effort surhumain de produire miracles sur miracles pour affronter l’électorat en 2019, à condition que le gouvernement ne croule pas avant l’échéance de cinq ans.

Westminster aidant, rien toutefois n’empêchera Pravind Jugnauth de s’installer au bâtiment du Trésor. La cérémonie de prestation de serment, sans doute grandiose, se fera avec la participation d’un Xavier Duval tout sourire. Au fait, le leader du PMSD n’a pas le choix. Dans le contexte de la succession de SAJ, le PMSD jouera le jeu. Depuis les élections de 1967, le PMSD se contente de son second rôle et ne se berce plus d’illusions de victoire à lui seul à des élections générales.

En effet, le système électoral et le découpage des circonscriptions du pays ont été conçus pour favoriser le PTr et dépendant des circonstances, le MSM. Jamais le PMSD et le MMM. Avant d’octroyer l’indépendance au pays, les Britanniques avaient fait cadeau à sir Seewoosagur Ramgoolam du présent système électoral et surtout du template des 20 circonscriptions. Le template n’a pas été modifié de façon radicale depuis 1967. S’il y a eu des retouches, c’est surtout pour favoriser des manœuvres de gerrymandering. Exemple classique, le vote non-MMM des électeurs de la Source était gaspillé dans le n°19. Suivant le découpage des circonscriptions de 1987, ce vote transféré dans le n°18 valut son pesant d’or. De même, si Pointe-aux-Sables jouait les trouble-fête pour le PTr ou le MSM dans le n°20, pourquoi ne pas le noyer dans le n°1 qui était donné pour perdu de toute façon. Cette opération fut menée toujours en 1987 dans le cadre du même découpage électoral.

Pas de coup d’éclat du PMSD. Donc, ceux qui prévoient des dissensions et des troubles à l’intérieur de l’alliance Lepep se trompent. Xavier Duval restera fidèle à la vocation post-1967 du PMSD, c’est-à-dire se faire vassal d’un grand parti capable de gagner les élections et exercer le pouvoir. Le ML de Collendavelloo ne pourrait prétendre à faire mieux que le PMSD. Tout mouvement irréfléchi du PMSD et du ML ne mettrait nullement en péril la majorité du futur PM. Le MMM n’attend qu’un geste de bonne volonté du leader du MSM pour réunir la grande famille des militants et sauver le pays. Il n’est nullement envisageable que Duval et Collendavelloo commettent un suicide politique, certainement pas le leader du PMSD.

Contrairement au MMM et au ML, le PMSD dispose d’atouts lui assurant un accès à long terme au pouvoir. Ainsi, si jamais Pravind Jugnauth ne décolle pas et que la situation s’aggrave, le PMSD n’aura pas vraiment de grands soucis à se faire. Le parti des «rézilta lor rézilta», à moins d’un accident politique majeur, est assuré de rester inoxydable. La menace terroriste en Europe, dans le Sinaï et en Afrique du Nord, ne fera qu’accroître les arrivées touristiques à l’aéroport de Plaisance. En sus d’une moisson de résultats, le PMSD dispose en permanence d’une fallback position qui pourrait être activée dans le court temps d’une campagne électorale. À défaut de win with Pravind, ce sera immanquablement win with Navin.

Les Mauriciens seront gratifiés d’un beau spectacle bientôt. Faute d’un miracle économique, c’est un autre miracle qui s’annonce. Un miracle qui réalise l’exploit de combiner Kim Il-sung et Westminster. Il ne manquera que les carillons de Big Ben pour parfaire le miracle.

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