Rajesh Bhagwan: «L’uniforme de Premier ministre ne va pas à Pravind Jugnauth»

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Il ne porte pas Ivan Collendavelloo dans son coeur. Ni Anil Gayan. Et encore moins le PMSD de Xavier-Luc Duval. Le président du MMM se dit même triste pour Sir Anerood Jugnauth (SAJ) qui, dit-il, est «prisonnier» de l’alliance entre le MSM, le PMSD et le ML.

Que retenez-vous des travaux parlementaires depuis le début de l’année ?
Paul Bérenger et Anerood Jugnauth sont là depuis 1976 et moi depuis 1983. Trente-trois ans d’affilée dans l’opposition ou au gouvernement. Je peux dire avec fierté qu’avec nos sept parlementaires, le MMM inn bien bwar disan gouvernman. Cela les rend nerveux. Le leader de l’opposition a posé 23 Private Notice Questions d’intérêt national, dont le Brexit, le dossier Chagos, Heritage City, l’affaire Coin Idéal, la pauvreté et la fièvre aphteuse.

Les députés du MMM ont, eux aussi, dévoilé plusieurs scandales avec 302 questions, dont l’affaire bal kuler impliquant Raj Dayal et l’accident du Parliamentary Private Secretary Thierry Henry. D’ailleurs, nous ne savons toujours pas où en est l’enquête. Les Rs 19 millions de Kailash Trilochurn ont été révélées à la suite d’une question de Reza Uteem.

Sur le dossier Apollo Bramwell, la nervosité de Pravind Jugnauth donne à réfléchir. Sans compter son arrogance alors qu’il n’est même pas encore Premier ministre par l’imposte. Il faut ajouter à cela l’expression «it will be circulated» des ministres, que je déplore. L’information n’est jamais circulée par la suite.

Le MMM semble avoir fait du «walkout» une habitude…
Un walkout se fait dans le feu de l’action et c’est le signe que nous sommes vraiment exaspérés par l’arrogance de certains. Si la Speaker expulse le leader de l’opposition, vous croyez vraiment qu’on peut rester ? Trois walkout jusqu’à présent, ce n’est pas exagéré.

Pourquoi n’êtes-vous pas restés pour avoir des réponses ?
Nous connaissons nos responsabilités, mais nous ne pouvons pas tout accepter. Nous n’avons aucun remords. D’ailleurs, kapon n’est pas un unparliamentary term. Pravind pé rod gor so papa. Nous n’avons pas peur de lui. Fos Rambo.

Pourtant, vous aviez récemment dit, lors d’une conférence de presse, que le comportement de la «Speaker» semblait s’être amélioré...
Oui, Maya Hanoomanjee avait fait des efforts et la relation entre les députés mauves et la Speaker s’était améliorée. Prenez l’exemple des débats budgétaires, il n’y a pas eu de problème. Tout le monde a eu le temps de présenter son argument. Dommage que jeudi, elle a simplement perdu les pédales en faisant une faveur à Pravind Jugnauth.

Après le Budget, le MMM a été tendre envers Pravind Jugnauth…
Nous avons maintenu un langage constant après le Budget. Quand il y a des choses bien, il faut le dire. Et quand elles ne le sont pas, il faut aussi le dire. Nous avons dit qu’il y avait des mesures intéressantes mais que cela ne mènera pas à une relance de l’économie.

Depuis la présentation du Budget et depuis que des membres de son parti disent à tort et à travers qu’il est le futur Premier ministre, Pravind Jugnauth commence à avoir la grosse tête. Mais laissez-moi vous dire une chose, l’uniforme de Premier ministre ne lui va pas.

Ça semble mal parti pour un rapprochement MMM-MSM !
Écoutez, la politique c’est tout un folklore. Beaucoup de Mauriciens interprètent nos réactions. Et les interprétations ne sont pas toujours justes. En revanche, la méfiance entre le MSM et le PMSD est évidente. Le MSM est en difficulté et ce n’est nul autre que lui-même qui encourage ces rumeurs. La population est déçue, les Mauriciens s’attendaient à mieux de ce gouvernement.

Pour le MMM, la traversée du désert est derrière nous et nous recrutons massivement. Nous faisons un travail de fourmi sur le terrain et nous avons une force de frappe au Parlement. Nous irons seuls aux prochaines élections avec Paul Bérenger comme Premier ministre pendant cinq ans. Nous préparons déjà une liste de candidats.

Pourquoi dites-vous que le torchon brûle entre le MSM et le PMSD ?
Je suis au Parlement à chaque séance et je vois bien qu’il y a de la méfiance entre ces deux partis. Si je devais choisir un slogan pour le PMSD, cela serait «born to jouir». Après neuf ans au pouvoir avec Ramgoolam, le PMSD, qui se tient à l’écart de toutes les polémiques, est maintenant avec SAJ. Et ils se préparent à jouir encore pour l’avenir. Mais ils vont vite déchanter avec nous.

Un rapprochement est-il possible avec le Muvman Liberater ?
Collendavelloo, c’est l’arrogance au pluriel. Ne me parlez pas de lui ! Sachez qu’Ivan est en très mauvaise posture à Rose-Hill. De notre côté, nous avons Deven Nagalingum sur le terrain.

Selon Ivan Collendavelloo, ce n’est nul autre que le MMM lui-même qui a déchiré ses propres affiches.
Il commence à perdre la tête celui-là. Qu’il se concentre sur l’eau 24/7.

Donc, la seule option du MMM reste le MSM…
Nous avons payé le prix fort pour notre alliance avec le PTr. Les militants sont devenus allergiques au mot alliance. Moi-même, dès que je l’entends, je sens qu’il me faut un comprimé contre l’allergie ! Le MMM a déjà affronté des élections seul dans le passé. Nous allons maintenir cette ligne droite.

«Si je devais choisir un slogan pour le PMSD, ça serait 'Born to jouir'.»

Affronter seul les élections avec Pradeep Jeeha comme no2, cela ne fait pas des frustrés ?
Nous n’avons pas officiellement mentionné le nom de Pradeep Jeeha. Laissons au leader la possibilité de faire son choix en toute sérénité. Pour ma part, j’ai déjà huit élections à mon actif et mon ambition est d’arriver jusqu’à dix. Au n°20 (Beau-Bassin–Petite-Rivière), notre plus gros atout c’est Gayan.

Nous voulons moderniser le parti et avec la MMM TV sous la houlette de Vijay Makhan, nous avançons dans cette direction. Il y a aussi notre grand congrès, le 25 septembre. Nous avons des hommes et des femmes capables au MMM, d’anciens députés et ministres qui peuvent figurer sur notre liste de candidats. Nous avons tous les mains propres.

Pensez-vous que le temps est venu pour SAJ de se retirer ?
Nous savons dans quelles circonstances SAJ est revenu sur la scène politique. J’ai déjà travaillé avec lui et c’est dommage qu’à cause de son âge, il n’a pas le contrôle absolu de l’appareil de l’État. Beaucoup agissent dans son dos. Regardez le problème de law and order à Maurice ; SAJ n’arrive plus à gérer.

Le SAJ d’autrefois n’aurait même pas gardé certains de ses ministres en poste. Il est prisonnier de cette alliance et il ne peut même pas révoquer Thierry Henry. Même ses conseillers ne sont pas à la hauteur et c’est le pays qui en souffre.

Je reconnais qu’il fait beaucoup d’efforts. Il assiste aux travaux parlementaires, contrairement à Xavier-Luc Duval, et c’est tout à son honneur. Je me demande s’il est vraiment convaincu que son fils peut devenir Premier ministre. SAJ arrive à unifier les partenaires de l’alliance, mais en serat- il de même après son départ ?

La nouvelle constitution pour la relance du MMM sera-t-elle appliquée ?
Il y a déjà eu plusieurs séances de travail du bureau politique spécial institué à cet effet. Nous avons bien avancé sur le dossier. Après notre congrès le 25 septembre, il y aura une réunion spéciale du comité central, suivie de l’assemblée des déléguées.

On apprend qu’il y a eu un vif accrochage entre Paul Bérenger et Steeve Obeegadoo à ce sujet. Y a-t-il de l’eau dans le gaz ?
Dans un parti, il y a toujours des discussions. C’est même nécessaire pour le partage d’idées. Il peut y avoir des désaccords. Il ne faut pas non plus exagérer, discussions ne veut pas dire disputes.

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