Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie :«Dans trois mois on connaîtra l’efficacité des vaccins»

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Les autorités mauriciennes sont au four et au moulin pour venir à bout de la fièvre aphteuse, qui refait surface dans le pays après 100 ans : abattage, interdiction d’importer des animaux de Rodrigues, suspension de la chasse aux cerfs, administration de vaccins… Les résultats ne seront toutefois pas visibles de sitôt, fait comprendre le ministre de l’Agro-industrie.

Presque un mois après l’éclatement de l’épizootie de la fièvre aphteuse, quelle est votre réaction ?

Le maître-mot, c’est de rester vigilant. Il faut tout faire pour que cette épizootie ne se répande dans d’autres endroits et touche plus d’animaux.

Justement, quels ont les animaux qui peuvent contracter cette fièvre ?

Ce sont les boeufs, cabris, moutons, cabris, porcs et cerfs.

Est-ce que des cerfs ont été contaminés ?

Non. D’ailleurs, le ministère a réagi très vite. Depuis trois semaines, on a interdit la chasse. Il s’agit d’une mesure pour empêcher que la fièvre aphteuse n’affecte les cerfs. On évite tous les risques.

Quels sont les animaux qui ont été les plus affectés ?

Comme il y a plus de cabris chez nous, ils l’ont été le plus.

On précise que les vaccins sont préventifs. Quelle garantie avez-vous que cette maladie ne se répandra pas ?

Effectivement, ce sont des vaccins préventifs qui développent des anticorps pour éviter que les animaux sains ne soient contaminés. À jeudi après-midi, 1 800 doses de vaccins ont été administrées. Dans une vingtaine de jours, une nouvelle dose leur sera administrée et ensuite ce sera sur une période d’un mois. Nous travaillons sur un programme détaillé pour cette campagne de vaccination.

Initialement, celle-ci a débuté les endroits les plus à risques.

Des questions sur l’efficacité de ces vaccins. Pourront-ils empêcher que d’autres animaux ne soient touchés par cette épizootie ?

Ce n’est que dans trois mois qu’on pourra connaître l’efficacité de ces vaccins. Nous devons rester vigilants et comme je l’ai dit, les animaux devront recevoir plusieurs doses pour éviter tout risque de maladie.

Avec la campagne de vaccination, est-ce que l’abattage des animaux va se poursuivre ?

Je viens de sortir d’une réunion (NdlR, jeudi). Il n’y aura pas d’autre abattage à moins que cela s’avère Nécessaire.

Il semble que le ministère a été pris de court par la maladie…

Vous savez, c’est après 100 ans que cette maladie s’est déclarée à Maurice. Nous avons consulté les archives et nous avons noté que c’est dans l’est du pays que des boeufs avaient été affectés en 1916. D’ailleurs, au niveau du ministère, nous étudions le document pour connaître les mesures qui avaient été prises à cette époque.

Vous aviez indiqué, l’autre jour à l’Assemblée nationale, que l’origine du virus émane du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud. Est-ce que vous êtes en mesure de dire comment ce virus a touché les côtes de Rodrigues avant de contaminer les animaux de Maurice ?

Je pense que c’est le Fact-Finding Committee qui sera en mesure de fournir des réponses à cette question. Donc, attendons les conclusions de ce comité.

Un comité qui n’a pas encore été mis sur pied. Combien de temps faudra-t-il attendre ?

Je peux vous dire que nous avons déjà travaillé sur les attributions de ce Fact-Finding Committee. Nous avons déjà approché le judiciaire pour qu’il nomme un magistrat pour présider ce comité et nous nous penchons actuellement sur l’identité de ceux qui y siégeront. Permettez-moi d’ajouter que ces derniers sont déjà très actifs sur le terrain. Donc ils seront en bonne position pour écouter tous ceux qui viendront déposer devant le comité.

Vous venez d’annoncer qu’à l’occasion du «Qurbani», l’abattage des boeufs sera autorisé à domicile. Pourtant, à l’Assemblée nationale, le vendredi 19 août, vous aviez dit que les habitants de Vallée-des-Prêtres et d’autres régions avoisinantes devaient faire abattre leurs boeufs à la Mauritius Meat Authority (MMA). Pourquoi ce revirement ?

Le jeudi 18 août, quand j’avais rencontré des représentants de la Jhumma Mosque, on avait pris la décision pour que dans ces régions, les boeufs soient abattus par la MMA. Cela, afin d’éviter toute contamination.

Or deux jours après, des habitants de Vallée-des-Prêtres ont protesté et ont affirmé que selon leur croyance religieuse, le Qurbani doit être effectué chez eux. Je leur avais dit que je discuterais de nouveau avec des représentants des mosquées. Et cet après-midi (NdlR, jeudi) lors de la discussion que j’ai eue avec eux, il a été décidé que ceux qui vont célébrer l’Eid-Ul-Adha pourront abattre leurs animaux à domicile.

Mais, ils sont priés de faire attention avec les restes des animaux. D’ailleurs, ces abattages se feront sous la surveillance des autorités. J’ajoute également que les collectivités locales ont été approchées pour aider ces personnes à disposer des restes.

Qu’en est-il de l’importation des boeufs ?

Cela se poursuivra. Mais encore une fois, je le répète, il faut être vigilant par rapport au certificat du vétérinaire du pays exportateur quant à la santé des animaux.

Vous avez également mentionné qu’un comité, présidé par le ministre des Finances et qui regroupera d’autres ministres, dont vous-même, sera institué. L’est-il déjà ?

C’est un comité qui sera mis sur pied pour relancer l’élevage. Nous attendons que la situation soit sous contrôle. Nous allons étudier toutes les possibilités pour que l’élevage soit relancé au plus vite. Dans le Budget, plusieurs mesures sont prévues pour consolider le secteur de l’élevage. C’était avant l’éclatement de cette épizootie. Je donne l’assurance aux éleveurs qu’on trouvera des moyens afin que ce secteur retrouve un nouveau dynamisme.

Fièvre aphteuse: les bouchers se disent «oubliés»

La fièvre aphteuse n’a pas touché que les éleveurs. Les bouchers sont également abattus après que leur chiffre d’affaires a chuté de quasiment 75 %. Le portemonnaie saigne, disent-ils. «Nous devons tous de l’argent aux importateurs. Or, nous ne vendons presque plus rien», renchérit Assad Dubily, qui fait ce métier depuis trente ans. «Nous sommes les laissés-pour-compte. Il n’y a aucune compensation pour nous…» déplore-t-il. Pourtant, pas plus tard que vendredi matin, il a dû s’acquitter de plus de Rs 10 000 en termes de Slaughter Fee. D’ailleurs, ses camarades et lui comptent écrire au ministre à ce propos.

La dernière fois qu’ils se sont retrouvés dans une situation similaire, c’était en 1996, lors de la crise de la vache folle. «La si nou pa ti gagn nanyé em !» Et, depuis que la fièvre aphteuse a fait son apparition, la psychose s’est installée. Les gens ont peur d’acheter de la viande, dit un autre boucher, Belal Peermamode, le gouvernement n’a pas suffisamment mis l’accent sur le fait que «la consommation de viande infectée n’a aucune incidence sur la santé de l’homme. De toute façon, toute viande que l’on vend doit pouvoir être retracée. Ban béf infékté-la pa vini mem lor marsé sa».

Peut-on se fier aux étiquettes, quand il y en a, pour être sûr de ce que l’on mange et de la provenance de l’aliment en question ? Qu’en est-il de la viande vendue chez les bouchers, par exemple ? Au marché, sur des morceaux disposés çà et là, on aperçoit une trace bleuâtre. Il s’agit de la trace laissée par un tampon de la Mauritius Meat Authority (MMA). «Tout abattage doit passer par la Mauritius Meat Authority. Les contrôles sont stricts, surtout en ce moment. La MMA compile un registre ou l’on inscrit la provenance de toute bête qui y entre», rassure Jayen Chellum, président de l’Association des consommateurs de l’île Maurice.

Les vétérinaires doivent ainsi s’assurer que l’animal est en bonne santé avant l’abattage. Ensuite, le tampon de la MMA y est apposé et à la livraison, un document est remis au boucher, prouvant que l’animal ne souffre d’aucune maladie. «Le problème, c’est que, quand la viande est infectée, cela ne se voit pas à l’œil nu. Le consommateur doit être vigilant et ne pas se procurer de la viande n’importe où.»

Yasin Denmamode

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Des éleveurs dépités, les autorités sur le qui-vive, les compensations… Depuis cette maladie qui a terrassé nos éleveurs à Rodrigues et à Maurice, les actions des autorités se sont multipliées. Retrouvez ici tous les articles sur ce sujet.

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