Vaccin contre le cancer du col de l’utérus: Même pas peur…

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Meeh Lain Lai Man Chun aux côtés de Ségolène et de sa maman Nathacha.

Meeh Lain Lai Man Chun aux côtés de Ségolène et de sa maman Nathacha.  

Les mamans des huit filles de la standardV  de l’école de Barkly à Beau-Bassin, ont donné leur assentiment à la vaccination de leur enfant contre le virus du papillome humain. Elles racontent pourquoi.

C’est le calcul des bénéfices contre les risques qui a pesé dans la balance pour Nathacha Goolamsing, 34 ans, mère de Ségolène, neuf ans. Cette employée d’imprimerie, mariée et divorcée, vit chez sa mère en compagnie de sa fille et de son nouveau partenaire. Elle était au travail lorsque Meeh Lain Lai Man Chun, la rectrice de l’école, a téléphoné chez eux, cinq jours plus tôt, pour lui demander si elle consentait à laisser le ministère de la Santé vacciner sa fille contre le virus du papillome humain (VPH). C’est sa mère qui a pris l’appel et lui en a parlé l’après-midi lorsqu’elle est rentrée du travail.  

Si Nathacha avait entendu parler du cancer du col de l’utérus, elle ignorait qu’un virus pouvait en être la cause. «Mo ti impé hesité tansion komplikasion apré.» Il n’empêche qu’elle a répondu à l’invitation de la rectrice et s’est rendue à l’école le lendemain de l’Assomption pour écouter les explications des infirmières du ministère de la Santé. Ces dernières ont évoqué les effets secondaires indésirables possibles qui sont généralement une douleur, des rougeurs, un gonflement ou des démangeaisons là où l’injection a été faite, un mouvement de fièvre, bref, des symptômes propres à l’administration de tout vaccin et dans des cas plus rares des réactions allergiques. «Ségolène enkor zenn ek zenes zordi evolyé tro vit. Avan mem zot gagn 18 an, zot indépandan (NdlR, comprenez qu’ils deviennent sexuellement actifs. Une précaution du langage prise car l’entretien se déroule devant Ségolène). Monn prefer protez li

La trentenaire s’est tout de même ouverte à ses parents et à son compagnon et ils ont tous estimé qu’il s’agissait d’une bonne initiative. Le dernier avantage qui a été tenu en ligne de compte est que cette vaccination ne leur coûterait pas un sou. «Déor pé fer payé sa vaksin-la. Isi li gratwi ek péna pou tir larzan dan pos. Sé osi enn avantaz.» Elle n’a pas eu le temps d’expliquer à sa fille pourquoi il était important de la faire vacciner mais elle sait que les infirmières du ministère s’en sont chargées. «Pou mwa, sé enn lavantaz pou mo tifi

Ce qui a incité Florine David, 33 ans, employée de maison, à autoriser sa cadette Elisa, neuf ans, à être vaccinée contre le VPH, c’est le fait qu’il y a quelques années, son aînée Enola, aujourd’hui âgée de 13 ans, a reçu une telle proposition d’une organisation non gouvernementale dont elle ne se souvient plus du nom. Ce vaccin était proposé aux personnes de condition modeste. «Mo ti impé per mé bann Madam-la inn expliké ki li pou so bienet, ki li protez zanfan kont kanser kol literis. Monn pansé ki sé enn sans ki li pé ganyé ek ki dan mo lépok, nou pa ti ena sa sans-la. Samem mo pa finn per.» Et puis, ajoute-t-elle, «ena bann zanfan ki sexielman aktif ek ena bann tifi ki kasiet sa zot paran. Mo tifi non ek monn oulé protez li avan sa arivé». C’est ainsi qu’Enola a été vaccinée contre le VPH. Elle n’a ressenti aucun des effets secondaires mentionnés dans la littérature des vaccins existants.

«Li vinker»

Elisa ayant vu sa sœur le vivre très bien, s’est senti rassurée au point d’être prête à se faire vacciner à son tour. «Eliza li enn diab sa. Mem kan li al kot dentis, li napa per. Mo pli per ki li. Li li vinker plito.» Florine estime  que les parents qui s’opposeraient à cette vaccination sont «les perdants.»

Bien qu’avertie tardivement par le ministère de la  Santé – soit le 10 août – que son école avait été choisie pour le lancement officiel de la campagne de vaccination contre le VPH, la rectrice Meeh Lain Lai Man Chun et son équipe ont été proactives et ont agi rapidement. N’ayant que  18 élèves en standard V  dont dix garçons, elle et son assistante, Mme Bonne, ont téléphoné aux parents des huit filles. Elles ont eu un peu de mal à tous les joindre pour les convoquer à une réunion le mardi 16 août mais au final, cela a été fait.

À l’issue de la rencontre avec les infirmières du ministère de la Santé, la rectrice a obtenu l’adhésion des parents des huit filles. Ce qui a facilité le lancement de cette campagne de vaccination qui concernera 9 000 filles de neuf à 13 ans à Maurice et 500 filles du même âge à Rodrigues. Les huit élèves de la Standard V de l’école de Barkly recevront leur dernière dose de vaccin en février 2017.

Meilleure protection

Le cancer du col de l’utérus est le troisième cancer à affecter les Mauriciennes après le cancer du sein et celui colorectal. Il est aussi la troisième cause de mortalité chez elles. C’est ce qu’indique le dernier Registre du cancer datant de 2014. S’il existe une centaine de souches du VPH, un peu plus d’une trentaine d’entre elles sont transmises durant des rapports sexuels non protégés. Généralement, le système immunitaire de la fille/ femme le détruit mais quelques souches sont plus résistantes et cancéreuses, à savoir les VPH 16, 18, 45 et 31. Une fois transmis, ces virus entraînent l’apparition de lésions précancéreuses qui tournent en cancer du col si elles ne sont pas traitées. Cette détérioration peut prendre entre cinq et 20 ans après l’infection au VPH. Ce virus ne cause pas que le cancer du col de l’utérus. Il peut induire le cancer de l’anus mais aussi de la bouche et de la gorge en cas de sexe buccal non protégé. Sans compter l’apparition de verrues génitales. Deux vaccins ont été mis au point par les scientifiques. Leurs effets protecteurs durent environ six ans. L’Organisation mondiale de la santé préconise la vaccination à partir de l’âge de neuf ans jusqu’à 13 ans. Neuf ans, cela peut paraître très jeune. Mais c’est voulu car il a été noté que le vaccin est moins efficace chez les jeunes déjà infectés au VPH. Celui qui a toujours été un ardent supporteur de la vaccination contre le VPH a été le Dr Chandra Sekar Ramdaursingh, ancien coordonnateur national du programme de dépistage contre le cancer du col auprès du ministère de la Santé. Il avait expliqué dans une interview passée à l’express que «le corps doit être immunisé avant que la jeune fille ne soit sexuellement active. Et à 29 ans, l’organisme a déjà développé sa résistance». Il avait ajouté que pour un des deux vaccins disponibles, il était possible de se faire vacciner jusqu’à l’âge de 45 ans. Pour lui toutefois, la protection la plus efficace contre le cancer du col est la vaccination alliée à un frottis cervical, examen clinique qui a fait ses preuves à 100 %.

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