Pourquoi Roshi Bhadain n’a pas été révoqué

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 Le ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance à sa sortie du Conseil des ministres, hier.

Le ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance à sa sortie du Conseil des ministres, hier.

La déposition de Roshi Bhadain contre Gérard Sanspeur au Central Criminal Investigation Department (CCID), entamée depuis le jeudi 18 août, a déclenché, en coulisses, une véritable tempête au sein du MSM. Au point de réunir, le soir même (NdlR, jeudi), à La Caverne, des membres influents de la direction du parti, dont le leader Pravind Jugnauth, qui est, avec cette déposition, visé indirectement. Deux jours après la décision du Conseil des ministres, le 5 août, de geler le projet Heritage City, sur la base d’un rapport accablant de Gérard Sanspeur, il a publiquement apporté son soutien à son Senior Adviser.

Pour ces membres influents du MSM, Roshi Bhadain n’aurait pas dû agir de la sorte. C’est-à-dire entamer une telle démarche dans le dos de son leader. Tout ou presque était réuni pour exiger la révocation du ministre. C’est sir Anerood Jugnauth (SAJ) qui a joué au pompier, faisant comprendre à ses invités qu’il aura des discussions franches avec son ministre des Services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles le lendemain matin.

Sauf que le principal concerné ne serait pas venu les mains vides, vendredi. De source bien informée à l’hôtel du gouvernement, il ressort que Roshi Bhadain aurait, outre ses explications non exhaustives lors de son rendez-vous avec le chef du gouvernement, également brandi des «dossiers» contre des VVIPs au pouvoir.

C’est la raison pour laquelle, indique-t-on, il est toujours en poste malgré le fait «qu’il mène le MSM au précipice». Toutefois, on ne saura pas quelles VVIPs sont visées.

«Bénéfice du doute»

Pendant ce temps, aux Finances, il ressort que le soutien de Pravind Jugnauth à son Senior Adviser n’a pas pris une ride. Il y a d’ailleurs eu un tête-à-tête entre les deux hommes vendredi.

Dans l’entourage de Roshi Bhadain, en revanche, autre son de cloche. On laisse entendre que pour l’heure, il jouit du «bénéfice du doute». D’expliquer qu’il est arrivé très tôt au bâtiment du Trésor vendredi, au moins une heure avant l’heure programmée pour le début du Conseil des ministres. Le ministre de la Bonne gouvernance a eu le temps d’expliquer sa démarche au Premier ministre d’abord, puis à Pravind Jugnauth ensuite. Cette rencontre aurait duré au moins une demi-heure.

À la fin, même si Pravind Jugnauth ne lui a pas explicitement dit «go ahead», le leader du MSM ne lui a émis aucun avertissement. Il n’aurait même pas tenté de le dissuader de poursuivre sa déposition contre le conseiller Sanspeur qui pourtant, selon les propres mots de Pravind Jugnauth, deux jours après l’abandon du projet, «a agi comme il l’a fait sur le board d’Heritage City avec ma bénédiction».

Balancer d’autres noms

L’argument principal de Roshi Bhadain à la police, sans doute expliqué à SAJ et Pravind Jugnauth vendredi, c’est que Gérard Sanspeur s’est mis à chercher des informations sur le projet. Et ce, avant même que Pravind Jugnauth ne soit acquitté dans l’affaire MedPoint pour accéder au poste de ministre des Finances, avant même qu’il ne soit nommé sur le board de la compagnie Heritage City Ltd, et avant même qu’il ne soit nommé Chairman de la SLDC, compagnie partenaire du projet Heritage City.

Autre argument : n’est-ce pas une violation du Companies Act quand il rédige un rapport daté du 4 août, qu’il ne soumet pas au conseil d’administration dont il est membre, mais qui apparaît dans la presse? Autre question de Roshi Bhadain: pourquoi, dans son rapport, Gérard Sanspeur s’inquiète-t-il que le projet Heritage City réquisitionnera les terres de Hermès (une smart city juste à côté d’Heritage); ce même Hermès qui attend la letter of intent du Board of Investment que préside Gérard Sanspeur.

Si Roshi Bhadain s’en sort donc, les prochaines 48 heures devraient cependant rendre la situation encore plus ingérable. Pour deux raisons. D’abord parce que Roshi Bhadain, dans sa déposition, précise que Gérard Sanspeur n’agit pas seul. Qui sont les autres? Si pour l’heure, il n’y a aucune information à ce sujet, certains advisers au ministère des Finances ont déjà exprimé des inquiétudes devant l’éventualité que leurs noms soient cités dans la déposition de Roshi Bhadain. Si cela s’avère, le ministre aura ciblé non pas un, mais au moins deux des conseillers de Pravind Jugnauth, son leader. L’autre raison, c’est que tôt ou tard, Gérard Sanspeur sera convoqué par le CCID.

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