Le Dr Mario Ng Kuet Leong: «La liste des institutions universitaires agréées est une liste à problèmes»

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Le Dr Mario Ng Kuet Leong est un gynécologue-obstétricien du privé.

Le Dr Mario Ng Kuet Leong est un gynécologue-obstétricien du privé.

En 1999, le seul médecin à avoir commenté publiquement et en détail le Medical Council Bill était le gynécologue-obstétricien Mario Ng Kuet Leong. Il avait exprimé ses réserves sur la question de la formation des médecins et des équivalences des diplômes obtenus à l’étranger telles qu’évoquées alors dans ce projet de loi. Dix-sept ans après, il a légèrement revu sa copie à la lumière des réalités mauriciennes mais exprime ses doutes quant à la liste des universités agréés que le Medical Council se propose d’introduire à partir de 2017.

Avec recul, estimez-vous avoir eu raison de vous élever contre le «Medical Council Bill» à l’époque ?

Après mes études de médecine et ma spécialisation au Canada et en Allemagne, je suis rentré au pays pour investir dans la médecine, notamment dans des soins pointus et dans la fécondation in-vitro. Je crois que l’État l’a reconnu, d’où la décoration de la République qui m’a été octroyée pour contribution à la médecine à Maurice cette année.

Il faut dire toutefois qu’à l’époque, j’étais plus idéaliste et que je m’étais exprimé ouvertement en tant qu’expatrié de retour au pays. Et j’ai donné une opinion honnête car à mon sens, la santé et le bien-être des patients doivent être traités de manière non partisane et être l’affaire de personnes de bonne volonté. Aujourd’hui, je suis plus conscient des réalités. Malheureusement beaucoup de mes appréhensions de l’époque se sont avérées.

«Je suis maintenant au courant de beaucoup de dysfonctionnements dans la gestion des questions médicales au niveau du Medical Council.»

Vos détracteurs pourraient arguer que vous êtes en train de vous dédire après l’obtention d’une décoration ?

Cela n’a rien à voir. Il y a 17 ans, par rapport au Medical Council Bill, je m’étais insurgé contre le contrôle exercé par le ministère de la Santé. Aujourd’hui, je réalise avec recul que s’il y a une instance qui doit exercer un contrôle sur le système de santé, c’est bien le ministère dont la priorité nationale est le bien-être de la population.

Je suis maintenant au courant de beaucoup de dysfonctionnements dans la gestion des questions médicales au niveau du Medical Council. J’avais aussi trouvé que ce n’était pas le rôle du judiciaire de sanctionner un médecin mais avec recul, j’ai réalisé que le judiciaire est séparé de l’exécutif et que le juge est la personne la plus objective et apte à sanctionner un médecin.

Hormis le fait d’avoir légèrement revu votre copie, quel est votre sentiment par rapport aux nouveaux règlements que compte introduire le Medical Council, notamment par rapport à l’examen avant l’internat ?

Le Medical Council et son président ont la volonté de bien faire les choses mais il semblerait que des décisions ont été prises un peu vite alors que ce travail demande une importante collecte d’information et une réflexion en profondeur. Ce qui est bien avec le nouveau président, c’est qu’il reconnaît dans ses entretiens de presse qu’il a hérité d’une situation catastrophique que j’avais d’ailleurs prédite il y a 17 ans et il est assez honnête pour demander aux personnes qui ont des idées de les lui soumettre.

Mais son système de liste d’universités agréées pose davantage de questions qu’il n’y répond. Je connais bien l’Allemagne pour y avoir obtenu le diplôme de spécialiste allemand et y avoir exercé. Lorsque j’examine le Quacquarelli Symonds Ranking (QSR) et la liste d’universités allemandes arrêtées par le Medical Council, je note que sur le QSR, il y a 29 universités et sur la liste du Medical Council, seulement 17. Et lorsque je regarde de plus près, je note que parmi les 17 universités retenues, certaines ne figurent pas au top du classement du QSR. Sur quelles bases a-t-on retenu celles-là et pas les autres ? Qui a fait ce choix et quelles sont ses/leurs compétences ?

«Cela signifie-t-il que les aspirants médecins qui se spécialisent en France et sont reconnus spécialistes dans ce pays, ne le seront pas à Maurice ?»

L’Allemagne est un pays industrialisé et toutes les universités de médecine ont un excellent niveau. De plus, je remarque que sur cette liste, dans la partie consacrée aux institutions octroyant des diplômes de spécialistes, beaucoup de pays comme la France, l’Italie, la Suisse n’y figurent pas. Cela signifie-t-il que les aspirants médecins qui se spécialisent en France et sont reconnus spécialistes dans ce pays, ne le seront pas à Maurice ?

Sans compter que la Russie ne figure pas sur la liste des universités agréées. Or, Arvin Mahadoo, spécialiste en chirurgie pédiatrique a dit dans un entretien à l’express que 60 % des médecins à Maurice ont étudié en Russie. Cela signifie que jusqu’à tout récemment, nous étions bien contents de pouvoir aller étudier en Russie ou de nous voir octroyer une bourse russe pour étudier la médecine. Comment se fait-il que du jour au lendemain, les universités russes ne soient plus bonnes ?

Quelque chose ne colle pas. Ce qui m’amène à me demander qui sont ceux qui assureront la formation des médecins lors de leur internat ? Quelles sont les qualifications de ces formateurs ? Cette liste d’universités agréées est une liste à problèmes.

«Avec toutes les incertitudes, qui ont été malheureusement créées avec cette liste, nous découragerons nos meilleurs médecins à revenir.»

Êtes-vous contre l’examen avant l’internat ?

Je persiste à croire que les étudiants qui ont fait leurs études dans des universités étrangères et qui ont passé les examens nationaux de ces pays n’ont pas à repasser des examens à Maurice. De même ceux qui ont pu faire leur internat ou formation clinique dans des centres hospitaliers de formation et sont reconnus qualifiés pour pratiquer comme généralistes ou spécialistes dans ces pays devraient être automatiquement reconnus à Maurice. Cela est particulièrement vrai pour les pays industrialisés. Nous ne pouvons pas être plus royalistes que le roi. L’internat fait dans les hôpitaux locaux pose aussi problème.

Vous n’êtes pas sans savoir que des diplômes peuvent s’acheter ?

Vous parlez là de fraude et de corruption. Ce n’est pas en introduisant des examens que vous allez régler ce problème. Moi, je parle de formation en bonne et due forme dans un pays avec des structures de formation en médecine bien établies.

Je comprends le désarroi des parents qui ont tout sacrifié pour envoyer leurs enfants faire des études de médecine et qui sont maintenant dans le doute quant à la possibilité de leurs enfants de pouvoir pratiquer dans leur pays natal ! Nous voulons, à raison, que les meilleurs cerveaux rentrent au pays pour le faire avancer. Avec toutes les incertitudes, qui ont été malheureusement créées avec cette liste, nous découragerons nos meilleurs médecins à revenir. Je crois que l’exercice a été fait à la va-vite et qu’il faut arrêter tout cela.

«Il faut mettre sur pied un think tank chapeauté par le ministère de la Santé.»

Donc, vous demandez un gel de ces nouveaux règlements ?

Oui, et je crois qu’il faut un travail en profondeur. Le Medical Council Act a été introduit sous l’ancien régime alors qu’il y a un nouveau régime en place. C’est le moment de marquer un temps d’arrêt et de bien réfléchir à ce que l’on veut faire. La Medical Council Act n’a pas servi à grand-chose.

Ce qui a été vraiment amélioré, ce sont les infrastructures et les technologies. La prise en charge des cas chirurgicaux par des experts étrangers invités par l’État est aussi très positive. Le Centre cardiaque fonctionne très bien. Par contre, il n’y a pas eu grand-chose de modifié dans la qualité des soins. On n’a d’ailleurs qu’à regarder le taux relativement élevé de mortalité maternelle qui a même augmenté à Maurice.

Que proposez-vous ?

Il faut mettre sur pied un think- ank chapeauté par le ministère de la Santé, avec le Medical Council et comprenant des médecins des secteurs public et privé, disposés à donner de leur temps et à mettre leur expérience à la portée du secteur. Il faut collecter toutes les informations nécessaires, les analyser et venir avec un plan.

Il n’y a aucune raison à ce chamboulement actuel. Ce n’est pas approprié. Et de grâce, ne faisons pas appel à des experts étrangers qui ne connaissent pas les réalités du pays.

Seriez-vous prêt à en faire partie ?

En plus de mon expérience internationale, j’ai été formateur de médecins en spécialisation de gynécologie-obstétrique dans un centre hospitalier en Allemagne. Je suis disposé à apporter une contribution volontaire à ce débat. Et si on me donne la possibilité de travailler dans un cadre approprié, je le ferai sans rémunération avec beaucoup d’enthousiasme. Ce serait une belle manière de rendre un peu à mon pays qui m’a tellement donné.

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