Ben Novak: «Sans le dodo pas de tambalacoque»

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Ben Novak de Revive and Restore, une branche de The Now Long Fondation, institution scientifique à but non lucratif

Ben Novak de Revive and Restore, une branche de The Now Long Fondation, institution scientifique à but non lucratif

Vous avez été sur TedX en 2013. Lors de votre présentation, vous parliez de votre tout premier projet scientifique à l’âge de 14 ans sur le dodo, et pourtant vous n’êtes jamais venu à Maurice avant. Pourquoi cet oiseau ?

Même aux Etats-Unis, le dodo est connu, c’est le symbole des espèces disparues à cause de l’homme. Je suis un passionné de fossiles depuis mon plus jeune âge. Au début je m’intéressais aux dinosaures. Mon grand-père, lui, était passionné par les oiseaux, une passion qu’il m’a léguée. Quant au final mes deux passions se sont rencontrées, je me suis intéressé au dodo qui est, en termes basiques, un gros pigeon. Ce projet était rien de plus que tout ce que pouvait trouver un gosse de 14 ans sur l’oiseau. J’ai gagné des prix de ma ville d’origine dans le Dakota du Nord pour cela.

Toujours en partant de votre présentation sur Tedx, vous avez parlé d’une danse de l’écosystème où les partenaires sont la faune et la flore. Cette danse s’applique t-elle aussi à Maurice ?

Bien sûr, elle s’applique partout, prenons l’exemple de l’île de Guam. Il y a un peu plus de 60 ans, un serpent, le Boiga Irregularis, a été introduit sur l’île et 10 des 12 espèces d’oiseaux endémiques ont disparu. Depuis, les graines des arbres endémiques ne sont plus disséminés, et quand dans 100 – 150 ans, les arbres vont mourir une partie de l’écosystème va s’effondrer. 

C’est déjà arrivé à Maurice, avec le tambalacoque. A un moment, il ne restait plus qu’une poignée de ces arbres, les graines ne germaient pas. Quand Stanley Temple a nourri des dindes des fruits de tambalacoque, il a eu des pousses. La théorie est simple : sans le dodo pas de tambalacoque.

Vous avez traversé plusieurs postes, d’assistant de laboratoire à saisonnier. De tous, lequel auriez-vous aimé le plus garder si vous n’étiez pas scientifique ?

C’est difficile à répondre, je dirais que les deux tiennent la même place pour moi. D’un côté j’aimerais un jour ouvrir un musée. Pour moi les musées sont d’une importance capitale. Souvent c’est le premier pas vers une éducation plus ouverte. Et pour réussir dans nos projets il faut un public éduqué. 

D’autre part j’aurais aimé avoir une volière, élever plein d’oiseaux. J’ai déjà élevé des colombes et ce fut très gratifiant. C’est difficile de choisir, mais d’un point de vue professionnel, j’aurais aimé être le curateur d’un musée d’histoire naturel et d’art et pour ma passion personnelle cela aurait été d’avoir une grande volière bien remplie.

Vous avez travaillé sur des tissus mous de dinosaure, sommes-nous un peu plus proche de Jurassic Park ?

Il y a toujours une question à la Jurassic Park (rire), j’ai même travaillé avec Jack Horner (NdlR : Paléontologue ayant travaillé sur les films). Mais la piste s’est révélé être fausse nous ne sommes pas plus proches de Jurassic Park.

De tout le travail que vous avez accompli, quel en est votre meilleur souvenir ou moment ?

J’aime ce que je fais, j’étais obnubilé par la génétique, quand j’étais enfant, la science commençait tout juste à comprendre notre génome. Et je suis aussi un passionné des pigeons, le dodo, le pigeon migrateur. Faire les deux est génial, mais la meilleure chose que m’a donnée mon travail a été la possibilité de rencontrer mon épouse.



Ressusciter le dodo ne serait pas un rêve si fou

Le dodo retrouverait ses plumes si tout va bien.

Des technologies et techniques qui pourront aider à la conservation de notre écosystème et peut-être même contribuer au retour du dodo national. Tel était le thème des discussions lors de la petite session interactive, organisée par le Mandela Washington Fellowship et l’ambassade des États-Unis à Maurice, vendredi dernier à la Rogers House.

Des membres du bureau du Premier ministre, du ministère de l’Environnement, du National Parc Conservation Services, du National Reef Conservation Services, ainsi que des étudiants de l’université de Maurice était présents durant cette rencontre. Ils ont pu assister à une présentation de Ben Novak de Revive and Restore, une branche de The Now Long Fondation, institution scientifique à but non lucratif.

La mission de cette société : préserver et conserver les espèces endémiques menacées d’extinction, comme le putois à pieds noirs américain, mais aussi de tenter de faire revivre les races éteintes telles que le pigeon migrateur, le mammouth laineux, ou même notre dodo. Cela en utilisant les nouvelles biotechnologies.

Lors de la présentation, ce sont trois de ces technologies qui ont été mises en avant. Revive and Restore a d’abord recours à la génétique et la paleogénomique, soit l’étude des gènes des espèces vivantes et des fossiles récents respectivement, pour créer une carte génétique de l’animal.


Si pour certains de nos oiseaux endémiques, le processus sera plus «simple» car ils sont encore vivants, pour le dodo, cela prendra plus de temps. Alors que la carte génétique de notre oiseau national a déjà été développée, il faut néanmoins plus de spécimens pour créer une base de données suffisante avant de pouvoir le faire revivre.
Par exemple, selon les experts, il est important de savoir qu’à un moment, notre oiseau endémique a perdu un grand nombre de sa population. Si elle a ensuite à nouveau augmenté, les gènes se sont moins diversifiés. Et pour établir une carte génétique complète, il faudra donc récupérer leur ADN à partir des tissus et des molécules sur des spécimens plus anciens provenant de collections privées ou de musées. La création de cartes génétiques permettra de reproduire des espèces en danger, en évitant les redondances, les dégénérescences et les maladies génétiques.

Après la carte génétique, une autre technologie, qui est actuellement en phase finale de test en laboratoire et qui a débuté il y a moins de cinq ans, est l’édition génomique. Cette technique consiste à éditer un gène pour avoir un effet voulu.

Elle diffère de l’organisme génétiquement modifié qui, lui, est réalisé en insérant un chromosome d’une autre espèce à l’aide d’un virus ou d’une bactérie. Or, dans le cas de l’édition génomique, il n’y a ni modification massive sur l’animal ni substitution au niveau du code génétique – le génome est simplement un mutant. Et cette technique pourrait être utilisée pour ressusciter notre dodo.

Autre projet abordé lors de la session : Revive and Restore vise à apporter de nouvelles solutions pour le contrôle et l’éradication des rongeurs ou des insectes envahissants en utilisant l’édition génomique.

Cette nouvelle technique pourrait, par ailleurs, être utilisée pour freiner leur prolifération. Les scientifiques pourraient ainsi inclure une mutation génétique dans l’espèce envahissante pour rendre stériles tous les descendants males. Ce qui réduirait drastiquement la possibilité de reproduction. Il faut savoir que l’édition génomique sera une technologie écologique car elle ne nécessitera pas de produit chimique ou de prédateur non naturel.

Autre technologie présentée lors de la rencontre a été l’utilisation de chimère, un «parent génétique» à qui on implanterait l’ADN de l’organisme voulu et qui aura la charge de se reproduire. N’ayant pas forcément les traits voulus pour élever l’espèce mise au monde, ce parent pourrait être remplacé par un «parent adoptif».

Cette technique permettrait, en ce sens, de créer des oisillons qui repeupleraient les niches écologiques vides. Si cette méthode ne serait pas applicable pour le moment pour un oiseau éteint comme le dodo, il le serait pour nos espèces endémiques encore vivantes comme le cateau vert, le pigeon des mares et le kestrel, entre autres.

Si ces nouvelles technologies offrent une lueur d’espoir, il faudra attendre encore avant de revoir le dodo vivant. Ben Novak précise aussi que ces techniques devront être utilisées avec un contrôle accru durant les essais pour éviter tout problème dans la population de ces espèces. Après avoir pris connaissance de ces techniques, il est cependant important de poursuivre nos efforts pour préserver les espèces en danger. Maurice pourrait être au cœur de ce développement tout en préservant l’écosystème.

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