Girl power!

Avec le soutien de
Karuna Seeblall (à g.) et Vilasha Balloo sourient de nouveau à la vie.

Karuna Seeblall (à g.) et Vilasha Balloo sourient de nouveau à la vie.

Samedi dernier, le hall de l’Aberystwyth University, à Quartier-Militaire, était bondé de femmes qui suivent l’Entrepreneurship programme de Gender Links, financé par l’Union européenne et soutenu par Lux Resorts and Hotels. Après avoir écouté une bénéficiaire et un des mentors, on réalise que cette formation les incite à voir plus grand, bien au-delà de leur triste vécu.

De nombreuses femmes à Maurice cumulent plusieurs boulots par jour pour parvenir à joindre les deux bouts. C’est le cas de Karuna Seeblall, 37 ans, qui vit à Beau-Vallon depuis son mariage, voilà 15 ans. Sanjay, son époux de cinq ans son aîné, tout comme elle, n’a pas étudié au-delà de la Form IV et il n’a pas d’emploi fixe. «Il travaille six mois et le reste de l’année, il s’assoit à la maison, faute de trouver un emploi. Peut-être est-ce son destin qui est ainsi.fait» Ils ont une fille de 14 ans.

Ils vivent dans une pièce à l’étage de la maison des beaux-parents de Karuna, n’ayant pas les moyens de couler une dalle et compléter la maison. Jusqu’à il y a deux ans, les beaux-parents de Karuna possédaient une boutique. Pour se faire quelques sous, Karuna se lève aux aurores et achète du pain du marchand qu’elle revend sous la véranda de la boutique de sa belle-famille. Et bien que l’établissement ait été racheté par sa belle-soeur, elle continue à le faire chaque jour.

Un profit de... Rs 100

Et dans l’optique d’ajouter quelques sous à ce qu’elle perçoit de la vente du pain, dans l’après-midi, dès 15 heures, elle fait frire des beignets qu’elle revend au même endroit. Lorsqu’elle soustrait ses dépenses, son profit est de Rs 100. Largement insuffisant pour faire bouillir la marmite.

Elle avoue, les larmes aux yeux, qu’il arrive souvent, en milieu de mois, que les placards de la cuisine soient vides. «Parfwa péna manze, péna nanyé kot mwa.» Elle téléphone alors à ses parents et à sa soeur et ils accourent pour la dépanner comme ils le peuvent. Leur fille n’est pas exigeante. «Li konpran. Kan so papa travay, séki nou kapav nou donn li. Pou bann fete ler nou pa kapav donn li, li konpran. Fer 15 an ki sa situasyon la pé diré.»

Les mois sont parfois tellement difficiles qu’elle a été obligée de prendre de l’emploi comme employée de maison. Elle travaille du lundi au samedi, de 7 h 45 à 14 heures, et perçoit moins de Rs 4 000.

Vaincre sa timidité

Voulant se mettre à son propre compte, elle a contracté un emprunt de Rs 45 000 dans le but de vendre du masala de son cru. Elle s’est équipée en conséquence. Mais c’était sans compter avec la consigne de l’inspecteur sanitaire, qui lui a signifié qu’elle devait préparer son masala dans un local autre que sa maison. Un projet qu’elle doit mettre en suspens en raison d’un manque de fonds. «Monn dekourazé», dit-elle.

C’est par une voisine qu’elle apprend que Gender Links (GL)  anime un cours hebdomadaire au centre de jeunesse de Beau-Vallon. Elle croit à tort qu’il s’agit de cours de cuisine. En s’y rendant, elle réalise qu’elle s’est trompée sur toute la ligne. Le mentor qui anime le cours, le mardi, entre 9 heures et midi, leur apprend leurs droits, les bases du business, les étapes en vue de démarrer une petite entreprise.

Là où Karuna estime avoir le plus gagné, c’est d’avoir réussi à vaincre sa timidité. «Mo ti byen timid. Sé parski monn fer sa kour-la ki monn kapav koz ar ou zordi. GL inn montré mwa ki fodé pa mo bess lébra. Mo anvi relans mo bizness.» Bien que le cours se termine en novembre, elle et quelques autres bénéficiaires de son groupe ont déjà dans l’idée de se constituer en coopérative et fabriquer des sacs biodégradables.

Battue par son mari

Son mentor, tout comme les neuf autres faisant partie de cet Entrepreneurship programme, sont d’anciens bénéficiaires. C’est le cas de Vilasha Balloo, 34 ans, habitante de Cité Malherbes, à Curepipe. Qui, pour fuir un foyer recomposé après la mort de sa mère, se marie à l’âge de 16 ans. Après avoir eu deux enfants et de gros problèmes de couple, son mariage se solde par un échec. Elle refait sa vie avec un autre homme, qui après deux mois de grand amour, révèle sa véritable nature d’homme violent. «Li baté pou nimport kwa, par examp parski diri kanz», raconte-t-elle. Elle préfère renvoyer ses enfants chez leur père pour qu’ils ne soient plus témoins de cette violence gratuite.

La vie a parfois une étrange façon de rétablir les déséquilibres. Après avoir marché sur un clou, son compagnon qui ignore qu’il est diabétique, fait une gangrène et son pied est amputé. Comme il se soucie peu de son état de santé, il perd l’usage d’un oeil et ses reins qui fonctionnent mal le contraignent à être placé sous dialyse. Il est alité les trois quarts du temps. «Pa krwar lakoz sa li pa baté. Mem si li lor lili é ki ou pa akoté li, si li anvi, li donn ou enn kout pwin.»

Plus forte qu'il n'y paraît

Elle en a marre d’être dépendante financièrement de cet homme, qui perçoit une pension d’invalidité. Mais elle ne sait quoi faire. Une amie sachant qu’elle est victime de violence lui apprend que GL donne des cours d’entrepreneuriat aux femmes qui sont dans le même cas. C’est ainsi qu’elle s’enrôle et suit le cours une fois la semaine dans le Sud.

Outre les connaissances acquises, ce qu’elle apprend surtout, c’est qu’elle est plus forte qu’il n’y paraît. «Si zordi mo lor mo lipyé, sé gras à Anushka Virahsawmy. Linn aprann mwa kouma kombat. Linn fer mwa réalizé ki mo enn fam fort é ki mo nepli bisin depann lor sa boug-la.»

Squattant un terrain à Cité Malherbes, elle se met alors à planter des condiments qu’elle donne d’abord aux voisins qui lui en redemandent, avant de se dire qu’elle peut les vendre. Grâce au cours, elle apprend quelles démarches entreprendre pour obtenir un terrain et en obtient un. Comme elle n’a pas encore les moyens de démolir sa maisonnette pour la reconstruire sur le terrain qui est désormais à son nom, elle attend des jours meilleurs.

Donner de la force aux femmes en détresse

Cela ne l’a pas empêchée de mettre un étal devant sa porte et de vendre ses condiments et les autres légumes de saison qu’elle plante. Elle se rend sur une base hebdomadaire à la vente à l’encan, le matin, pour acheter des légumes qui ne pousseront pas dans sa région. «Le dimanche, en sus de mes légumes, je vends des pois chiches et des cacahuètes bouillies et l’été, ce sont du jus et des fruits confits.»

Mais ce que Vilasha gagne est insuffisant. Elle pallie ce manque par un travail de maison à raison de deux fois la semaine, entre 8 heures et midi, qui lui rapporte Rs 2 500 mensuellement. Et lorsque GL lui demande d’agir comme mentor et de dispenser le cours qu’elle a elle-même suivi, elle accepte de grand coeur.

«J’ai découvert quelles sont mes capacités. Je me suis dit qu’il fallait que je donne de la force aux femmes qui sont en détresse. Lor 10 madam, zis kat inn resté. Ena finn abityé viv dan la violans. Ek mem si zot pa gagn baté, zot pa kapav imazinn zot lavi otréman. Zot pankor paré pou sa. Avek bann madam kinn resté, mo senti mo pé fer enn diferans. Zot pé komans révé… »

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires