Samsun Lampotang: un ingénieur mécanique guidé par la sécurité des patients

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Samsun Lampotang, professeur d'anesthésiologie et directeur du CSSALT à l'université de Floride.

Samsun Lampotang, professeur d'anesthésiologie et directeur du CSSALT à l'université de Floride.

Samsun Lampotang n’est pas médecin. Et pourtant, ce fils du sol, qui s’est spécialisé en génie mécanique, anime des formations pour les anesthésistes sur des simulateurs qu’il a conçus au Center for Safety, Simulation and Advanced Learning Technologies (CSSALT), qu’il dirige à l’université de Floride, aux États-Unis. De passage à Maurice, il était l’invité du Medical Update Group, mercredi.

Pragmatique et simple. Ce sont là les deux principales caractéristiques de Samsun Lampotang, plus connu comme Sem. Et pourtant, ce Mauricien de 58 ans aurait de quoi pavoiser puisqu’il a conçu pas moins d’une trentaine de simulateurs destinés à former les futurs anesthésistes et les anesthésistes confirmés, les infirmiers et pompiers américains et à maintenir leurs compétences.

Ce benjamin de 18 enfants a toujours pensé qu’à l’issue de ses études au collège Royal de Port-Louis, il irait étudier à l’étranger mais ferait carrière dans son pays. Or, lorsqu’il termine ses études secondaires en 1976, se classant 21e après les lauréats, l’économie mauricienne se porte bien et le gouvernement encourage les jeunes à aller étudier le génie mécanique. Une bourse en la matière auprès de l’université de Brunel, à Londres, lui est offerte. Au lieu de compléter son Bachelor of Science en génie mécanique en trois ans, il décide de le faire en quatre ans afin de bénéficier d’un stage de pratique industrielle pendant 18 mois. «Ce choix a orienté ma carrière car il m’a rendu pragmatique. J’aime prouver les choses, inventer et construire», dit-il.

Ayant signé une obligation avec l’État mauricien, il regagne le pays en 1981 et se fait inscrire auprès du bureau de l’Emploi. Une clause à cet enregistrement qui indique que la personne n’ayant pas trouvé un emploi au bout de quatre mois n’a plus d’obligationenvers l’État va luiêtre très utile. S’il se soumet à un entretien d’embauche auprès de la Development Works Corporation, sa candidature n’est pas retenue. Sem déclenche alors son plan B, mis en place avant de retourner à Maurice. C’est son conseiller à l’université de Brunel, un professeur de l’université de Floride qui avait pris une année sabbatique à Londres, qui le guide. Sem Lampotang l’avait déjà contacté pour savoir quelles démarches entreprendre pour aller faire sa maîtrise en génie mécanique à l’université de Floride.

Le professeur en question le renseigne et il part pour les États-Unis. Sur place, son professeur lui suggère de mettre ses compétences d’ingénieur mécanique au service du département d’anesthésiologie de l’université. Sem Lampotang accepte et se retrouve comme le seul non-médecin parmi 80 anesthésistes qualifiés. Tout en poursuivant ses études, il apprend la langue médicale et écoute leurs doléances. Et lorsqu’il termine sa maîtrise, on l’encourage à faire un doctorat, tout en poursuivant la recherche. Les professeurs d’anesthésiologie rêvent d’un simulateur qui aiderait les stagiaires en anesthésiologie à mieux se former. Sem Lampotang planche sur la question. Aidée par quatre chercheurs, l’équipe met sept ans à concevoir un simulateur du corps humain connu comme le Human Patient Simulator (HPS). «C’est comme un mannequin allongé sur un lit de salle d’opération et qui fonctionne avec sept ordinateurs. Ce mannequin que l’on touche reproduit la plupart des fonctions biologiques du corps humain, non pas pour copier la réalité mais pour permettre aux stagiaires de développer leurs compétences. C’est un outil d’apprentissage et de maintien des compétences», explique-t-il.

«J'aime prouver les choses, inventer et construire.»

Cette technologie brevetée, pour laquelle il perçoit des redevances en tant qu’inventeur nommé en premier, est transférée à l’industrie aéronautique qui la développe davantage. En 1997, basé sur l’expertise des machines d’anesthésie qu’il a acquise pendant sa thèse de doctorat, Sem Lampotang conçoit un nouveau simulateur de la machine d’anesthésie sur le Web appelé VAM. «Tout est parti du constat qu’il manquait du matériel pour enseigner aux anesthésistes. Et comme Internet était devenu vraiment fiable, j’ai conçu cette simulation à écran sur le Web. Et l’avantage de le faire sur le Net, c’est qu’il est à la portée de tous ; les anesthésistes des autres pays y ont accès et signalent s’il y a une erreur, que nous corrigeons immédiatement. Nous aurions pu avoir fait des copies sur CD que nous aurions distribuées aux anesthésistes, mais nous n’aurions pu effectuer des corrections en cas d’erreur.» Il a fait en sorte que ce simulateur soit gratuit car «c’est un service que l’on rend à la communauté internationale d’anesthésistes». En contrepartie, les anesthésistes de différents pays ayant apprécié ce geste ont traduit ce simulateur en 23 langues.

Notre compatriote a aussi réalisé un Skin Preparation Simulator simple à utiliser et qu’il nous a d’ailleurs fait essayer. Ce dispositif permet à l’aspirant anesthésiste ou infirmier d’apprendre à désinfecter la partie du corps qui sera incisée durant l’opération. Sem Lampotang précise que lors de la conception d’un simulateur, rien n’est laissé au hasard. Il rencontre au préalable les parties concernées pour savoir quels sont leurs objectifs d’apprentissage et il en tient compte lorsqu’il conçoit le dispositif. Une fois le simulateur réalisé, celui-ci doit passer le cap du Focus Group pour voir s’il convient et être rectifié en cas d’erreur.

Aujourd’hui, les trois quarts de son temps sont consacrés à la recherche et à la conception de simulateurs pour faciliter la formation des anesthésistes et autres médecins et infirmiers. En juin, il a fait partie d’une délégation de médecins américains invités à l’inauguration d’un centre de simulation à Shanghai, en Chine, et a animé une formation pour les obstétriciens et médecins néonataux. En septembre, il agira comme conseiller à la conception d’un centre national de simulation en Belgique.

Le simulateur qu’il est le plus fier d’avoir créé reste le HPS qui a «modifié la façon dont les anesthésistes, médecins et nurses du monde entier sont formés. C’était révolutionnaire. Le second dont je suis assez fier c’est le VAM qui a été bien accueilli et qui a créé beaucoup de visibilité et de goodwill». Il a récemment obtenu une allocation de presque deux millions de dollars sur cinq ans du gouvernement fédéral américain pour concevoir des simulateurs destinés à enseigner aux médecins et aux paramédicaux. Il a donc réalisé un simulateur où des images virtuelles en trois dimensions se superposent sur le mannequin dans le logiciel. C’est ce même simulateur qu’il a apporté pour son voyage à Maurice et dont il s’est servi pour une séance de travail hands-on de trois heures, la semaine dernière.

Appelé à évoquer l’avenir dans son domaine de prédilection, Sem Lampotang déclare que l’on se dirige vers la certification à travers la simulation par la communauté médicale internationale. «L’Israël l’a fait. Dans ce pays, si un étudiant en anesthésie échoue au test de simulateur, il échoue à l’examen. Aux États-Unis actuellement, les anesthésistes doivent passer un examen sur simulateur tous les dix ans. Il a été décidé que chaque formation en anesthésie doit exposer ses stagiaires à une heure de simulation par an. Ce n’est pas suffisant mais c’est un minimum. We provide the tools for the policy makers. C’est à eux de l’accepter et de l’utiliser. Mais ma finalité demeure la sécurité du patient. C’est ça ma boussole.»

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