Majoration du betting duty: des bookmakers hors course?

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Sont-ils en voie de disparition ? En tout cas, la dizaine de «petits» bookmakers qui opère en dehors du Champ-de-Mars pourrait fermer boutique. Cela, en raison de la majoration du betting duty, qui passe de Rs 16 000 à Rs 30 000 par journée de courses. Une décision qui a été annoncée lors de la présentation du dernier budget.

«Le gouvernement veut-il que nous mettions la clé sous le paillasson, au profit d’autres opérateurs tels que Bet Online, Supertote ou Sportslepep», s’interrogent plusieurs bookmakers. «Tou bookmaker sé bookmaker. Nou pa konpran kifer nou bizin pey 14 000 roupi anplis akoz nou an deor Champ-de-Mars», souligne un interlocuteur, qui qualifie cette démarche d’injuste.

D’autant plus que, selon lui, les bookmakers «off course» encourent déjà de nombreuses dépenses. «Nous remettons Rs1 500 à Rs 2 000 par semaine pour la sécurité, le loyer pour l’emplacement coûte Rs 35 à Rs 40 000 mensuellement, il faut débourser Rs 3 500 pour la ligne téléphonique qui est connectée au serveur de la Mauritius Revenue Authority, sans parler des salaires et autres frais relatifs au business.»

Il ajoute que contrairement aux autres bookmakers, qui sont ouverts «365 jours par an, voire même 24h/24», les bookmakers qui opèrent loin du Champ-de-Mars accueillent les clients seulement les vendredis et les samedis, de 10 heures à 18 heures. «L’année dernière, dans le précédent budget, il y a eu une majoration de la licence à Rs 3,5 M et une hausse de la betting tax à hauteur 20%, c’était déjà une injustice envers les bookmakers qui travaillent en dehors du Champ-de-Mars. Et là on vient encore nous demander de l’argent en plus.»

«Pou nou li inzis, nou pa konpran ki gouvernma anvi fer. Eski zot pé dir nou lev paké alé?»

À savoir que la majoration de la betting tax (NdlR, différente du betting duty) leur coûtera un demi-million de roupies par an. «Gouvernma bizin reguet so décision, nou pey MRA 10% toulé sémenn, donc si nou fermé, gouvernma lamem pa pou gagn nanien.» Notre intervenant dit comprendre le fait que le gouvernement veut combattre les paris illégaux mais «si nous fermons nos portes, les gens trouveront toujours le moyen de contourner les lois et cette pratique prendra de l’ampleur».

Et sinon, la hausse du betting duty aura-t-elle un impact sur les gains? Le joueur devra-t-il mettre la main à la poche? Non, explique le bookmaker. «Les gens continueront à jouer, mais c’est nous qui paierons les frais. Il faut savoir que, dans les régions rurales surtout, l’on compte beaucoup de ‘petits’ parieurs et nous ne voulons pas qu’ils soient pénalisés.»

Bijay Greedharry, président de l’association des bookmakers, qualifie pour sa part d’«aberrante» cette mesure budgétaire. «Nous allons demander une rencontre avec le ministre des Finances pour partager nos craintes et nos appréhensions.» Le business de bookmakers est un filon qui rapporte gros à l’État, rappelle-t-il. «Pou nou li inzis, nou pa konpran ki gouvernma anvi fer. Eski zot pé dir nou lev paké alé?» Par ailleurs, poursuit Bijay Greedharry, il n’y a jamais eu de consultations prébudgétaires avec les bookmakers. «Nou amenn million pou gouvernema mé zot fer kouma dir nou nanien pou zot!»

Mais les bookmakers qui opèrent en dehors du Champ-de-Mars ne sont pas les seuls mécontents. Le levy de 2% sur les profits nets des opérateurs de paris, en vue de promouvoir une campagne axée sur le responsible gambling, fait également grincer les dents. Guillaume Hardy, managing director chez Supertote, trouve ce pourcentage excessif, même s’il est d’avis que le responsible gambling est une bonne chose en soi. «C’est exagéré. On sait comment cela se passe en Afrique du Sud. On aide les personnes qui ont un problème avec les jeux, il y a un suivi et une base de données comprenant les noms de ceux qui sont accros. On peut refuser alors de prendre leur pari.»

Il ajoute qu’Automatic Systems Ltd, qui gère Supertote, reverse Rs 19 millions par an à la Gambling Regulatory Authority. «L’année dernière, déjà, le gouvernement a augmenté la facture par rapport aux licences.» Guillaume Hardy confie ainsi qu’il compte contester cette décision et en faire part au ministère des Finances.

D. Suroor est, lui aussi, en colère. Ce bookmaker, qui opère au Champ-de-Mars depuis 12 ans, dit ne pas comprendre certaines choses autour de la nouvelle taxe de 2%. «Mank éklairsisman. Nou espéré ki gouvernman expliké si tax la pé tir lor profi ou lor nou turnover.» Quant à K. Jhurry, qui opère depuis presque une trentaine d’années en tant que bookmaker au Champ-de-Mars, il estime que la décision de prélever les 2% est «décourageante. Mo pa pou ena swa. Pou bizin rekiper larzan lor lavant».

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