Jocelyn Chan Low, historien: «Les Américains n’étaient pas contre une délocalisation vers Salomon»

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Vous avez étudié l’affaire Chagos. De 1998 à 2000, plusieurs documents officiels britanniques ont été déclassés au Public Records Office de Kew Gardens, vous permettant d’y avoir accès. Comment les Britanniques considéraient-ils les Chagossiens?

Dans un document remontant au début de 1960, les Britanniques qualifient les quelque 3 000 habitants des Chagos de travailleurs saisonniers. Ils soulignent que la population venait principalement de Maurice et des Seychelles pour travailler dans le secteur du copra. Car il n’y avait pas que des Mauriciens qui sont venus sur l’archipel, il y avait aussi un petit nombre de Malgaches et de nombreux Seychellois.

Comment ces Seychellois se sont-ils retrouvés dans l’archipel?

Ils ont émigré vers les îles car le détenteur de bail était un Seychellois. Ses compatriotes travaillaient dans les cocoteraies. La question que les Britanniques auraient dû se poser s’ils devaient s’approprier les Chagos est comment auraient-ils considéré les natifs des îles? Les vrais îlois sont les descendants de ces immigrés et c’est cette partie de la population qui posait problème.

Problème comment?

Depuis 1964, les Britanniques voulaient expulser les habitants très vite car ils croyaient que les Américains allaient installer leurs facilités dans l’immédiat. Or, ce ne fut pas le cas, les Américains ont mis plus de cinq ans pour s’y installer. En attendant, Maurice accédait à l’Indépendance en 1968. Se posait alors la question du dépeuplement des Chagos. Car les natifs de l’île devaient logiquement être de nationalité britannique, nés dans un territoire sous contrôle britannique, le BIOT, créé en 1965. Le retard des Américains à s’installer pouvait susciter des complications.

Quel type de complications et quelle était la position des États-Unis?

Selon ces documents, les États-Unis ne voulaient s’installer que sur Diego Garcia. Or, la Grande-Bretagne avait voulu, premièrement, que le BIOT soit basé sur le modèle du British Antarctica Territory, autrement dit, sans aucune population. Les dirigeants avaient envisagé de déplacer les habitants vers Agalega mais ils étaient trop nombreux.

Restait l’option de l’île Salomon. Les États-Unis n’étaient pas contre une délocalisation temporaire des habitants vers Salomon car ils n’avaient pas besoin de l’ensemble de l’archipel à ce moment-là. Or, avoir une population sur l’île Salomon aurait créé un problème majeur quant à sa nationalité. Il fallait donc les évacuer vers Maurice.

Il est à noter que la Constitution de Maurice de 1968 ignore l’Order in Council de 1965 créant le BIOT parce que les Britanniques voulaient alors que les îlois soient définis comme des citoyens de l’État mauricien. Au cas contraire, puisque les Britanniques ne voulaient pas admettre que le BIOT était une colonie avec une population locale, les îlois seraient devenus apatrides.

Comment s’est terminé ce dépeuplement et comment les habitants ont-ils été répartis?

Pour résoudre le dilemme de nationalité en 1968, la Grande-Bretagne a tout simplement considéré l’ensemble de la population comme étant d’origine mauricienne. Cela avait créé un certain remous parmi les autorités aux Seychelles mais l’affaire ne s’était pas ébruitée. Et une partie des Chagossiens sont repartis aux Seychelles car c’était leur pays d’origine. Ce dépeuplement a duré de 1968 jusqu’au début des années 1970. Une partie de la population a été déplacée vers les Seychelles et la majorité vers Maurice.

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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