1965: Maurice vend les Chagos pour trois millions de livres sterling

Avec le soutien de
Au départ pour la conférence de Lancaster, sir Seewoosagur Ramgoolam en compagnie de Nigel Fisher, Gaëtan Duval, Kissoonsingh Hazareesingh, Louis Espitalier-Noël et R. Jomadar.

Au départ pour la conférence de Lancaster, sir Seewoosagur Ramgoolam en compagnie de Nigel Fisher, Gaëtan Duval, Kissoonsingh Hazareesingh, Louis Espitalier-Noël et R. Jomadar.

Septembre 1965. L’avenir constitutionnel de Maurice se décide du 7 au 24 à Lancaster House, haut lieu des conférences et réceptions gouvernementales à Londres. L’objectif de la cinquième et dernière Mauritius Constitutional Conference, présidée par le secrétaire d’État aux Colonies Anthony Greenwood, est de savoir si Maurice accédera ou pas à l’Indépendance.

Au total, 28 Mauriciens des quatre partis politiques du gouvernement y participent. Treize membres du Parti travailliste (PTr), cinq de l’Independent Forward Bloc (IFB), cinq du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), trois du Comité d’action musulman (CAM) et deux membres indépendants.

Seul le PMSD n’est pas en faveur de l’Indépendance. Il souhaite à la place que des Mauriciens puissent siéger à Westminster. Outre de demander la tenue d’un référendum.

Alors que la conférence constitutionnelle bat son plein à Londres, sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) est convoqué au matin du 23 septembre 1965 au 10 Downing Street. Le Premier ministre britannique le met tout de suite à l’aise. Harold Wilson l’informe de sa préférence pour la proposition du PTr en faveur de l’Indépendance de Maurice au lieu de celle du PMSD pour une association avec le Royaume-Uni. L’on retiendra surtout de cette rencontre tel que relevé dans L’an prochain à Diego Garcia, ouvrage de JeanClaude de l’Estrac, les «possibilités» évoquées par le chef du gouvernement britannique.

D’abord, que «SSR et ses collègues retournent à Maurice avec l’indépendance ou sans». Ensuite, que Diego Garcia pourrait être ‘detached’ soit par un Order in Council, soit avec l’accord du Premier ministre et de ses collègues. Et pour le PM britannique, «la meilleure solution pour tous pourrait être l’indépendance et le ‘detachment’ avec leur accord…». SSR, qui estime qu’il est placé devant le choix de garder l’archipel des Chagos ou d’obtenir l’Indépendance, optera pour cette dernière possibilité.

Plus tard le même jour, l’excision des Chagos sera une nouvelle fois abordée. Mais en comité élargi cette fois-ci. Sont présents autour d’Anthony Greenwood et du gouverneur de Maurice, sir John Shaw Rennie, SSR, Maurice Paturau, Razack Mohamed et Sookdeo Bissoondoyal. Jules Koenig brille par son absence.

À l’issue des discussions à Londres, le «détachement constitutionnel» des Chagos de la colonie mauricienne s’est soldé, en 1965, par une «vente». Le versement de trois millions de livres sterling, soit Rs 40 millions correspondant à un dédommagement à Maurice «pour la perte de souveraineté», précise clairement une communication du Foreign & Commonwealth Office au haut-commissariat britannique à Maurice, en novembre 1975. La somme est versée au Trésor public, comme en témoigne un rapport spécial du Public Accounts Committee de 1980, intitulé Financial and other aspects of the ‘Sale’ of Chagos and the re-settlement of the Displaced Islois.

Quant à Maurice, il accédera trois ans plus tard à son Indépendance.

LANCASTER HOUSE : ILS ÉTAIENT LÀ

Des 28 délégués mauriciens à avoir participé à la conférence de Lancaster House, seul sir Anerood Jugnauth est toujours en vie. Parmi les 28 délégués: sir Seewoosagur Ramgoolam du PTr, Guy Forget, Veerasamy Ringadoo, Satcam Boolell, Dr Maurice Curé, Harold Walter, Jules Koenig du PMSD, Gaëtan Duval, Abdul Razack Mohamed, leader du CAM, Abdool Rahman Osman, Sookdeo Bissondoyal de l’IFB, sir Anerood Jugnauth, Maurice Paturau, indépendant, ministre de l’industrie, du Commerce et des relations extérieures, Jean Ah-Chuen, indépendant.

FEU VERT DU CONSEIL DES MINISTRES

Sir John Shaw Rennie informe Greenwood que «le conseil des ministres (NdlR, de Maurice,) a confirmé le 5 novembre 1965 son accord sur le ‘detachment’ de l’archipel des Chagos aux conditions prévues». La première des deux conditions est: le retour possible de ces îles à Maurice au cas où elles ne seraient plus utiles en matière de défense. Une demande soulevée auparavant par Sookdeo Bissoondoyal lors des négociations à Lancaster House. La seconde condition est que tout bénéfice obtenu de la découverte de pétrole ou de minerais dans les eaux de l’archipel reviendrait à Maurice. Les Britanniques diront seulement avoir pris note de ces deux conditions.


Publicité
Publicité

Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

D'autres articles »
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires