Jean Claude de l’Estrac : «Maurice a déjà vendu les Chagos»

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Le second ultimatum de sir Anerood Jugnauth aux Britanniques est arrivé à échéance hier. Au départ, le chef du gouvernement leur avait donné jusqu’au 30 juin pour fixer une date pour la restitution du contrôle des Chagos à Maurice. Au cas contraire, il se tournerait vers la Cour internationale de justice pour un avis consultatif. En attendant de connaître la décision du Premier ministre britannique David Cameron, l’express a interrogé Jean Claude de l’Estrac sur la question au siège de la Commission de l’océan Indien (COI) hier. Ce, à quatre jours de la passation de pouvoirs entre le secrétaire général de la COI et son successeur Hamada Madi Boléro.

D’emblée, le secrétaire général en partance de la COI se dit «très inquiet» pour Maurice si on devait effectivement aller devant un tribunal. Pour lui, il faut séparer l’aspect politique et juridique.

Sur le premier aspect, compte tenu de la résolution 1514 des Nations unies qui interdit un démembrement de territoire avant l’accession à l’indépendance et la résolution 2066 qui a spécifiquement condamné la Grande-Bretagne, outre la reconnaissance de la souveraineté de Maurice sur l’archipel en 1983 par une majorité des états membres des Nations unies, Jean Claude de l’Estrac est d’avis que Maurice peut continuer à «s’agiter politiquement». À se battre.

Par contre, juridiquement, c’est, pour notre interlocuteur, une tout autre paire de manches.«La question qu’on peut se poser est quelle sera la défense de la Grande-Bretagne si jamais Maurice doit faire un plaidoyer devant un tribunal», fait-il ressortir.

Pour le journaliste écrivain, «l’arme de la Grande-Bretagne», elle est «simple». Mais surtout pas de possibilité pour Maurice de débattre, là-dessus.

Jean Claude de l’Estrac donne ici la réplique à Lindsey Collen qui a affirmé dans notre édition du 6 juillet que Maurice «éna enn case solid» pour porter cette affaire devant la Cour internationale de justice. Celle-ci s’est basée sur lejugement favorable à Maurice du tribunal de la mer sur le parc marin et ensuite le «dissenting judgment».

«Faux», rétorque Jean Claude de l’Estrac. «Maurice n’a pas de strong case comme l’a dit Lindsey Collen. Il n’y a pas de case. Maurice a vendu Diego Garcia. Cela a été reconnu à plusieurs reprises par les autorités de l’époque», soutient-il.

Il se base sur des documents britanniques déclassifiés. «Les mots utilisés dans ces documents faisant état des négociations entre la Grande- Bretagne et Maurice en 1965 sont : ‘Purchase, acquisition of the Chagos’».

Ce, même si Maurice n’était à ce moment-là pas encore indépendant. «Les juristes britanniques ont avisé que des dépendances des colonies appartiennent bien aux colonies et donc que Maurice pouvait refuser de céder les Chagos.»

Sauf que, poursuit-il, les Mauriciens ne savaient pas qu’ils pouvaient dire «non». «Les Britanniques le savaient et c’est la raison pour laquelle ils ont dit qu’il fallait briber les Mauriciens, leur donner des douceurs et toutes sortes de compensation pour qu’ils acceptent. Car s’ils refusent, la Grande-Bretagne ne pourra rien y faire», affirme notre interlocuteur, s’appuyant sur des documents où les Britanniques disent aux Américains on veut bien de la base à condition que Maurice et les Seychelles acceptent.

Selon l’avis juridique britannique, le consentement de Maurice tout comme des Seychelles pour les îles Farquhar, Aldabra, Desroches à l’époque, est «indispensable pour pouvoir détacher les îles constitutionnellement parce que c’est par un amendement à la Constitution de Maurice que l’archipel des Chagos a pu être détaché par la suite».

«Il fallait ‘briber’ les Mauriciens, leur donner des douceurs.»

Autre preuve qui montre que Maurice a vendu les Chagos aux Britanniques : les trois millions de livres sterling, soit Rs 40 millions, perçues sur cette transaction ont été versées sur le compte de l’Accountant General sous l’item Sale of Diego Garcia.

Ce qui amène Jean Claude de l’Estrac à dire : «Séparons la lutte juridique de la lutte politique. Sur la lutte politique, nous avons la possibilité de nous battre. À la place du gouvernement, je ferais une croix sur Diego Garcia car les Américains ont aujourd’hui plus besoin de Diégo qu’en 1965.»

Il suggère à la place une négociation diplomatique pour que la Grande-Bretagne retourne les autres îles de l’archipel des Chagos qu’il avait prises par précaution à l’époque. Une négociation comme pour les Seychelles avec Aldabra, Farquhar à l’accession de son indépendance en 1976.

«L’île la plus proche de Diego est Peros Banos, à 100 kilomètres de là. Ce ne sont pas quelques Chagossiens qui représenteront une menace pour la base. Mais il y a quand même un problème politique. S’il y a une population dans l’île, les Nations unies peuvent s’intéresser au peuple et à son autonomie et les Américains ne sont pas prêts à ça», fait valoir Jean Claude de l’Estrac.

LA COI ET LA SOUVERAINETÉ

Quel a été l’apport de la COI sur le dossier Chagos pendant le mandat de Jean Claude de l’Estrac ? À cette question, le secrétaire général de la COI soutient que le dossier des Chagos est un problème concernant un des États membres de la COI, les Britanniques et les Américains. «Ce n’est pas une question que la COI peut traiter utilement. Naturellement, la question de souveraineté d’un de nos États membres nous intéresse et là, il n’y a pas que Maurice par rapport à Diego». Il cite dans la foulée Maurice par rapport à Tromelin qui, dit-il, est plus proche de la préoccupation de la COI car cela concerne deux États membres de la COI. Il y a aussi, toujours selon lui, la question des îles éparses qui intéresse Madagascar et la question Mayotte qui intéresse l’Union des Comores.

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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