Ils ont du métier: super «nani» trace sa petite vie

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Gare du Nord. Au milieu des autobus imposants, une silhouette toute frêle. Au milieu des gens pressés, une petite dame au visage tout ridé. Choli bleu, sari orange, cheveux blancs, Devi, personnage haut en couleur, a décidément quelque chose d’attirant. On ne résiste pas au charisme de ces gran dimounn qui ont du vécu.

Son gros sac est solidement vissé sur son épaule. Dedans, il y a de petits sacs en plastique, qui contiennent des dés de jacques, fraîchement coupés. Pour arrondir les fins de mois, pour ajouter quelques sous à sa pension de vieillesse, Devi, 65 ans, vend des légumes. «Mo vann zak, bred sousou. Dan mo lakour mem pousé sa…»

Il n’y a pas que les légumes qu’elle fait pousser. Il y a également cette culture du travail, celle que nos grands-parents chérissent tant. Ce que dit son regard: jeunesse, prends-en de la graine. «Pa kapav res lakaz san fer nanyen. Mwa mo pou malad sinon.» Alors après avoir labouré les champs, 30 ans durant, elle a décidé de se recycler en vendeuse de légumes, il y a de cela environ 15 ans.

Pour ce qui est des sous, la récolte est-elle satisfaisante? «Zak mo vann Rs 20 enn paké. Gagn Rs 100 par zour, parfwa Rs 50.» Mais pas question de rint kadav tous les jours, précise cette habitante de Terre-Rouge. «Mo vinn isi zis dé, trwa fwa par sémenn kan éna légim. Mo resté zis dé, trwa zer tan.»

Et les enfants dans tout ça? Elle en a quatre. Et vit avec sa fille, qui a pris de l’emploi comme messenger. «Li fini tar, parfwa di zer. Mo éna enn ti zanfan ousi, li éna 22 an», confie la nani, avec un sourire attendri. L’argent qu’elle gagne, c’est pour «aider», lâche Devi. «Mo pa kontan dépann lor dimounn, mo pa démann sarité, mo pa kokin, mo trasé mwa.»

Sa passion ? La cuisine. Surtout qu’elle est allergique au «manzé vandé an déor. Mo manz zis séki mo kwi ek mo lamé».On goûte au rire franc qu’elle envoie dans la foulée. Impression: hormis les légumes, Devi propose aussi de la bonne humeur, de la joie de vivre, du courage. Impression suivante: belle leçon de vie.

Sinon, que fait-elle quand elle ne fait rien? Eh ben, ça ne lui arrive jamais. Quand elle ne travaille pas, Devi travaille encore. À la maison, cette fois. «Mo okip mo lakour, mo bann légim, mo fer louvraz.» La guerrière ne se repose jamais. Et n’a pas l’intention de le faire. Tant qu’elle en aura la force, du moins, affirme-t-elle avec conviction.

Avant de changer de menu. Ce soir-là, il y avait du kari zak dans les assiettes. La petite dame, elle, a la pêche tous les jours.

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