Journée politique cruciale en Espagne après sept mois de blocage

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Le roi d’Espagne décide, jeudi soir, de proposer au chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy de tenter de former un nouveau cabinet, un casse-tête après sept mois de blocage politique car le conservateur ne trouve pas d’alliés.

«Tout le monde répète le même mot: non, non, non et non», a résumé le chef du parti de centre libéral Ciudadanos, Albert Rivera après avoir vu le roi, au dernier jour des consultations de Felipe VI avec les dirigeants politiques.

L’un après l’autre, ils se sont succédé depuis mardi au palais de la Zarzuela, en annonçant au roi leur opposition au leader conservateur, vainqueur des élections législatives de juin mais avec seulement 33% des suffrages et 137 élus sur 350, pas assez pour obtenir la confiance du Parlement sans alliés.

Seuls deux petits partis conservateurs de l’archipel des Canaries (sud) et de Navarre (nord) ont dit «oui».

Felipe VI a terminé sa ronde avec, outre M. Rivera, le chef de Podemos (gauche radicale) et le socialiste Pedro Sanchez. Ils lui ont transmis la même réponse négative.

«Le Parti socialiste ne va pas soutenir ce qu’il veut changer», a résumé son chef devant la presse.

Ciudadanos a timidement ouvert la porte, acceptant une éventuelle abstention pour éviter le blocage de l’Espagne, mais avec 32 élus, il n’a pas le pouvoir de changer la donne.

Il a surtout souhaité un gouvernement aux «mains propres», et sans M. Rajoy, au pouvoir depuis 2011.

Mais celui-ci refuse de s’écarter, avançant qu’il a toute sa légitimité, alors que son parti a 52 sièges de plus que les socialistes.

Après deux ans de règne, Felipe VI affronte donc l’une des journées les plus difficiles de sa carrière de roi.

Toujours l’impasse 

Aux législatives de décembre 2015, les Espagnols avaient fait entrer au Parlement deux nouveaux partis, chargés de revitaliser leur pays meurtri par la crise et des années de corruption de l’establishment.

Le Parti populaire au pouvoir (PP, conservateur) et son traditionnel adversaire le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), avaient dû faire de la place à Ciudadanos, libéral et en croisade contre la corruption et à Podemos, décidé à mettre fin à l’austérité.

Mais le Parlement fragmenté n’avait pas réussi à doter l’Espagne d’un nouvel exécutif car ces quatre formations n’ont jamais trouvé d’accord sur un cabinet.

Un nouveau scrutin législatif, le 26 juin, a reproduit la même situation, même s’il a donné un peu plus d’avance au PP, avec 14 sièges de plus qu’en décembre.

Mais il doit encore se trouver des alliés, qui lui font défaut.

Aucune solution ne semblait en vue jeudi : les socialistes, qui avec 85 élus ont un pouvoir de blocage, refusent de lever leur véto, reprochant notamment à M. Rajoy son absence de concessions sociales.

Selon un haut responsable socialiste, il n’y a eu aucune négociation, même discrète.

Le PP au contraire affirme que son rival est le seul responsable du blocage.

Ciudadanos, a renvoyé les deux grands partis dos à dos jeudi.

«Les Espagnols (...) commencent à en avoir marre. Les +vieux partis+ n’ont pas d’excuse pour éviter de s’asseoir à une table et négocier», a dit son chef.

Comme les socialistes, M. Rivera a souhaité que le roi propose à M. Rajoy de tenter l’investiture et qu’il accepte ainsi de mettre en marche «le moteur de la démocratie».

En effet, la tenue d’un vote de confiance fera courir un délai de deux mois au-delà duquel un nouveau scrutin législatif, le troisième en un an, devrait être convoqué si aucun nouveau gouvernement n’est investi.

Avec une date limite, de réelles négociations pourraient alors peut-être s’engager.

L’Espagne est dirigée depuis décembre par un exécutif sortant qui ne peut engager aucune nouvelle réforme, alors que les dossiers chauds s’accumulent.

Il lui faut notamment réduire drastiquement son déficit après avoir évité de justesse une sanction de la Commission européenne; et Madrid doit aussi tenter d’apaiser les ardeurs indépendantistes en Catalogne (nord-est), où le Parlement a voté, mercredi, pour la mise en oeuvre d’un processus de «déconnexion».

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