Hépatite: l’avant-dernier traitement bientôt proposé

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L’hépatite peut être transmise après l’utilisation de seringues infectées. Selon le Dr Rittoo, le «Harvoni» est un traitement sans effet secondaire.

L’hépatite peut être transmise après l’utilisation de seringues infectées. Selon le Dr Rittoo, le «Harvoni» est un traitement sans effet secondaire.

«Je pense qu’il est possible d’éliminer l’hépatite C en cinq ans. C’est faisable.» Depuis décembre, le Dr Prithiviputh Rittoo, fondateur et président honoraire de l’association HepSupport, a traité plus de 20 patients atteints d’hépatite C avec le Harvoni. Il s’agit de l’avant-dernier traitement disponible contre cette inflammation du foie. Traitement que le ministère de la Santé compte bientôt proposer et qui ne présente «aucun effet secondaire». Le point à l’occasion de la Journée mondiale de l’hépatite, le jeudi 28 juillet.

À Maurice, ils sont plus de 10 000 à vivre avec l’hépatite C – 25 000 ont contracté aussi bien l’hépatite B que C. Le ministère de la Santé a lancé un appel d’offres pour la fourniture de 9 016 comprimés de Harvoni. Il s’agit de mélange de Ledipasvir et de Sofosbuvir, antirétroviraux directs empêchant la réplication du virus de l’hépatite C. Ce traitement de trois mois ne nécessite qu’une prise quotidienne de comprimé. Mais il coûte très cher, soit Rs 35 000 le comprimé et le malade doit par conséquent trouver Rs 3 150 000 pour ses trois mois de traitement.

«Le ministère de la Santé a négocié avec son fabricant, Gilead, pour un prix de Rs 595 le comprimé», explique une source au ministère. D’ajouter qu’il y a aussi des génériques indiens fabriqués sous licence de Gilead, à Rs 350 l’unité. «Le ministère a lancé un appel d’offres et la commande de 9 016 comprimés sera bientôt évaluée.»

De son côté, le Dr Rittoo confirme que contrairement aux autres traitements disponibles, «ce comprimé n’occasionne aucun effet secondaire». Le praticien précise que l’importation de ce médicament a été rendue possible grâce au ministère de la Santé. «Lors de sa dernière réunion, l’Organisation mondiale de la santé a institué un Global Strategy Network sur l’hépatite, dont Maurice fait partie. L’objectif de ce réseau est d’éliminer l’hépatite C jusqu’à 2030.»

Un objectif réalisable bien avant cette échéance, selon le médecin. «Je cherche du financement et si le gouvernement donne un coup de main, on peut y arriver car Maurice est un petit pays et le nombre de malades n’est pas si élevé», dit le Dr Rittoo.

Gilead vient de faire approuver par le Food and Drug Administration un traitement de dernière génération appelé Epclusa. Il s’agit d’une pilule à avaler au quotidien pendant trois mois. «Ce traitement de dernière génération coûte cher. Un comprimé est à USD 900. Mais il guérit toutes les hépatites à 100%.»

Les traitements disponibles

Le traitement initial comprenait des injections quotidiennes d’Interféron et l’ingestion de comprimés de Ribavirin pendant six mois à un an. Mais ce traitement lourd l’est tout autant au niveau de ses coûts et des effets secondaires qu’il entraîne. Une injection d’Interféron coûte entre Rs 9 000 et Rs 10 000. Il y a aussi un autre traitement alternatif qui est un mélange de Sofosbuvir et de Ribavirin. Il est efficace mais a aussi quelques effets secondaires.

L’hépatite, c’est quoi ?

L’hépatite est une inflammation du foie causée par une infection virale de type A, B, C, D, E. À Maurice, les cas d’hépatite B sont les plus répandus, surtout chez les usagers de drogues injectables et les travailleurs de sexe. L’hépatite C à Maurice s’est surtout contractée par transfusion sanguine avant 1996 – année de l’introduction du dépistage des hépatites par la Banque de sang –, mais aussi lors de tatouages, de piercings et de traitements dentaires auprès d’opérateurs peu scrupuleux de l’hygiène.

Ce virus peut aussi être transmis par voie annale lors de rapports homosexuels non protégés entre porteurs du virus et sujets sains. L’hépatite C est toujours chronique et prend généralement entre 10 et 15 ans à se développer dans l’organisme et à présenter des symptômes. Ces derniers prennent la forme de fièvre, de nausées, de vomissements, d’indigestion, de perte de poids, de jaunisse et de fatigue généralisée. Si l’hépatite B n’est pas guérissable et que le malade doit suivre un traitement à vie, le Dr Rittoo affirme que l’on peut avoir 100% de guérison de l’hépatite C avec les différents traitements existants.

Reza: «Mes parents n’osaient plus m’approcher»

Reza (nom fictif), un Beau-Bassinois d’une quarantaine d’années, qui exerçait comme chauffeur pour une compagnie des villes sœurs, a été, sans le savoir, contaminé par le virus de l’hépatite C. C’était à la suite d’un accident de la route au début des années 90. Il a dû subir une transfusion. Et à cette époque, il n’y avait pas de test de dépistage pour les virus de l’hépatite pour les donneurs de sang.

Ce n’est que quinze ans plus tard alors qu’il se sentait fatigué, fiévreux et vomissait souvent, que son patron, las de voir qu’on ne pouvait lui dire de quoi il souffrait à l’hôpital, lui a fait faire un test sanguin, qu’il envoie à La Réunion. C’est là qu’on a découvert qu’il avait contracté le virus de l’hépatite C.

Lorsque ses collègues l’ont appris, certains ont pris son épouse à part, pour lui dire qu’il n’y avait pas de guérison contre ce mal, que son mari allait mourir, non sans l’avoir contaminée au préalable. Dix jours après, l’entreprise qui employait Reza le remerciait, tout en le dédommageant en conséquence. Il n’en a pas trop pris ombrage car il devait se soigner.

Lorsque cet homme, père d’un garçon de neuf ans, a appris la nouvelle à ses parents, ces derniers ont pris leurs distances. «Ils n’osaient plus m’approcher et encore moins m’inviter chez eux. Ce type d’attitude, venant de la famille, fait très mal», avoue-t-il. Les parents de son épouse l’ont soutenu financièrement pendant plusieurs mois. Sa sœur a payé pour son traitement mais il a dû le stopper en raison d’importants effets secondaires.

Quatre ans plus tard, Reza sympathise avec un médecin à HepSupport et se fait suivre par lui. Il souffre toujours des effets secondaires de l’injection, à savoir une grande faiblesse, mais ce ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir puisqu’il ne lui reste plus que deux injections à faire, qu’il combine depuis trois mois avec le sofosbuvir. 

Il devra ensuite effectuer à un bilan sanguin pour connaître sa virémie et savoir s’il est tiré d’affaire. Son médecin traitant est confiant. «C’est une maladie traitable à 100%. Si son bilan sanguin indique que le virus ne s’est pas répliqué, on attendra un an pour lui faire un autre bilan. Si ce deuxième bilan est vierge, cela signifiera qu’il est totalement guéri.»

HepSupport: ouverture de quatre centres d’accueil et d’écoute

HepSupport, fondé en 2001 et enregistré en 2003, a son siège à Vacoas. Pour marquer cette journée mondiale, l’association lance son site web: www.hepsupport.org. Et quatre centres d’accueil et d’écoute ouvrent leurs portes à Beau-Bassin, Pointe-aux-Sables, Rivière-des-Anguilles et Rivière-du-Rempart. 

Deux milliards de malades de l’hépatite B dans le monde

L’hépatite la plus courante dans le monde est la B qui affecte surtout les usagers de drogues injectables et les travailleurs du sexe. Deux milliards de personnes en sont atteintes. Puis viennent les malades de l’hépatite C, dénombrés à plus de 150 millions suivis de 1,4 million de malades de l’hépatite A. L’hépatite entraîne la mort de plus de 4000 personnes par jour et 80% des 100 000 décès par cancer du foie sont liés à ce virus. 

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