Clément François : Humain avant tout

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«Gagn gratis, donn gratis». Telle est la devise de Clément François, contremaître dans le port, qui trouve toujours le temps d’apporter un peu de réconfort aux amoindris de la vie. La fraternité, il la vit non en paroles mais en actions.

Clément François est grand et solidement charpenté. Un physique qu’il doit nul doute à ses activités professionnelles mais aussi aux cours de boxe française qu’il a assidûment suivis durant les années 80 et qu’il dispense bénévolement depuis et à raison de deux séances par semaine aux jeunes fréquentant certains collèges secondaires de la région. Quelques-uns de ces jeunes qu’il a encadrés ont d’ailleurs excellé dans cette discipline, allant même à Rodrigues et l’île soeur disputer des matchs.

Autre détail significatif chez ce sexagénaire habitant Cité Roche-Bois : une croix discrète pend au bout de la chaîne qu’il porte au cou. Le jour où nous le rencontrons, il sort de sa tournée quasi quotidienne dans la salle réservée aux hommes à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo où, ditil, «mo’nn al gété ki bann malad ki péna personn pou okip zot, gété ki zot manké et séki mo kapav fer». Il se met aussi au service des Soeurs de la Charité dont le couvent est à Roche-Bois, allant payer leurs factures, allant chercher des médicaments pour leurs résidents à l’hôpital, quand il ne va pas apporter des vêtements propres à un de leurs résidents hospitalisés. Sans compter ses encouragements hebdomadaires à la marche et au jogging dans les champs de cannes avec les résidents du Centre d’Accueil de Terre- Rouge (CATR). «Un ami judoka qui aide au CATR m’a demandé un jour de prêter main forte. J’ai accepté. Mo al fer bann rézidan fer lexzersis dan kann pou zot pa stresé.»

Au départ, dit-il, les résidents le craignaient car vu son gabarit, ils pensaient qu’il était de la police. À force de le côtoyer, ils se sont rendu compte qu’ils étaient dans l’erreur. «Je les emmène courir pour calmer leur nervosité. J’ignore ce qui s’est passé pour qu’ils en arrivent là et je ne veux pas le savoir non plus. À mes yeux, ce sont simplement des humains en détresse que je dois aider.»

Le dimanche, ce membre du groupe Tonnelle, mis sur pied par feu le père Henri Souchon, fait partie des bénévoles donnant à manger aux SDF.

D’où tient-il ce désir d’entraide ? Tout bonnement de sa maman Marcelle, qu’il a longtemps vu «fer bann zafer koumsa». En effet, sa défunte mère allait récupérer la pension des personnes âgées, qui ne pouvaient faire le déplacement jusqu’au bureau de la Sécurité sociale, pour les leur remettre. Ayant été élevés dans la foi chrétienne, son épouse Suzy et lui ont par la suite intégré la Communauté du Chemin Neuf afin d’approfondir leur foi. Et si aujourd’hui, il se fait un devoir d’aller à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo lorsqu’il a terminé son travail dans le port, c’est qu’en s’y rendant par hasard il y a très longtemps, une femme dont le mari devait passer un examen médical pour le compte de la Sécurité sociale, n’était pas en mesure de le soulever. «À l’époque, il n’y avait pas encore d’ascenseurs et la dame n’arrivait pas à soulever son mari pour le faire monter l’escalier. Mo’nn pran li dan mo lebra ek mo’nn amenn li lao.»

Réalisant aussi que des sans domicile fixe hospitalisés n’avaient pas tous des vêtements de rechange, ni de gobelets pour que le thé leur soit servi, il en a trouvé chez les Sœurs de la Charité ou chez Caritas et les leur a portés à l’hôpital. «Ler ou trouvé kinn servi dité dan lamwatié enn boutey plastik kinn koupé, léker fermal. Bizin fer démars amenn goblé.» À force de voir son visage, les médecins et infirmiers n’ont pas hésité à faire appel à lui, tantôt pour raser un SDF, tantôt pour l’emmener aux toilettes. C’est ainsi qu’à la fin des années 90, il s’est vu attribuer par le ministère de la Sécurité sociale une carte de travailleur social bénévole, renouvelable annuellement et qui lui permet d’aller et de venir dans la salle des hommes à l’hôpital Jeetoo. Son visage est si familier aux médecins et aux infirmiers de la salle qu’il n’est pas rare qu’on lui téléphone pour lui dire de venir s’occuper de tel ou tel malade. Et il le fait invariablement, l’ethnie, la nationalité ou la religion du malade lui important peu. «Poumwa, tou dimounn inportan. Mo pa al rod konn zot. Mo zis gété ki zot manké et ki mo kapav fer pou édé. C’est vrai que ceux que j’aide sont souvent des Mauriciens mais dans le passé, je me suis occupé de Rodriguais qui n’avaient pas de famille à Maurice ou encore de marins étrangers.»

Son inspiratrice est Mère Teresa. «J’ai vu un film sur sa vie et j’ai été impressionné de voir comment elle retirait les gens du caniveau et faisait tout pour les réhabiliter.» Lorsqu’il accomplit ces gestes d’entraide, Clément François dit se sentir «léger» et avoir le sentiment qu’il applique deux versets de l’Évangile de St-Mathieu qui dit : «…j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !»

Il précise avoir réussi à réconforter un SDF à la prison de Petit-Verger et dans celle de Petite-Rivière. «J’aurais tant souhaité pouvoir entrer en prison et rendre visite aux détenus qui ne reçoivent jamais de visite. D’autant plus que j’ai suivi un cours d’écoute avec Caritas.»

Sa satisfaction vient de la réaction des gens qu’il aide. «Vous verriez les sourires que vous recevez en retour comme ils sont magnifiques ! Moi, cela me suffit.»

Clément François est reconnaissant envers sa femme et ses deux enfants qui comprennent sa démarche et ne grognent jamais face à ses absences. Sa seule crainte est que ceux lisant ces lignes ne pensent qu’il ramène le drap à lui. «Soeur Marie-Josée m’a toujours dit qu’il fallait que je parle de ce que je fais. Mé mo pa kontan fer piblisité. Si monn aksepté rakonté sé parski an prémié lié, dimounn ki éna linz, goblé, lasiet anplis, zot ti kapav doné pou sa ed dimounn ki bizin. Ek answit mo pansé ki li inportan ki dimounn fer parey parski sé ler ou donn ou létan ki ou pou gagn letan-la…»

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