La semaine vue par Gilbert Ahnee

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Lundi 11 juillet 2016 

Conseil aux jeunes avocats : oubliez le trial by the press. La motion a peu de chances d’être retenue. Et puis ça suggère un dossier faible…

Éliminer la dose

Larrons en foire. L’un se serait bien dispensé de cette dose de proportionnelle vendue avec l’autonomie. Il n’a pas aimé ses majorités étroites… mais au sein d’assemblées reflétant assez justement le scrutin populaire. L’autre a le plus souvent dirigé sans une majorité convaincante dans le pays, tenant la Chambre grâce à des alliances mais aussi de par le dysfonctionnement et l’injustice des First Three Past the Post. De surcroît, dans des circonscriptions présentant de flagrantes inégalités quant à leurs nombres d’électeurs. Serge Clair et Anerood Jugnauth ont dû aisément se convaincre que le plus simple serait d’éliminer les six sièges à la proportionnelle que compte l’Assemblée régionale de Rodrigues.

Aux régionales de 2002, l’OPR obtint 55,52 % des suffrages exprimés, contre 44,05 au MR. Après l’attribution des sièges proportionnels (deux s’ajoutant aux huit élus directs de l’OPR ; quatre s’ajoutant aux quatre élus du MR), la majorité  comptait 10 députés sur 18 (soit 55,55 % des élus) contre 8 députés sur 18 (44,44 % des élus) au MR. Malgré la petite échelle, une correspondance étroite entre les pourcentages de suffrages et d’élus. En 2006, le MR obtient 53,60 % des suffrages et 55,55 % des sièges, contre 45,79 % et 44,44 % à l’OPR. Ce n’est qu’en 2012 qu’il a fallu faire jouer l’article 11(10) de la Rodrigues Regional Assembly Act pour rétablir la majorité issue des régions. Un seul cas de figure où ce ne fut pas aussi simple que d’habitude. Pas très exigeant en échange de quinze ans de stabilité sociale.

Mardi 12 

Ganoo est certain qu’on le désire encore, que sa vigueur et ses terres sont convoitées, qu’à l’annulaire une amante lui passera l’alliance…

Only in Mauritius ?

Justifie-t-on l’opacité ? Ne nous faisons pas trop d’illusions ; n’allons pas en faire des victimes privées de leur liberté d’expression. Quand des députés d’une majorité quelconque, quelle qu’elle soit, s’intéressent au recrutement de policiers, de fonctionnaires en général, d’employés d’administrations locales, qu’est-ce à dire ? Ce n’est pas tant qu’ils recherchent la transparence, c’est souvent, surtout, qu’ils subissent des pressions dans leurs circonscriptions, des agents, des familles, de tous ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas obtenu un dividende suffisant pour les votes investis. Cela, même si on le déplore, est connu. En revanche, la théorie mise en avant pour justifier la censure des questions parlementaires des députés Lepep, cela peut sembler inédit. En tout état de cause, intellectuellement bancal, malavisé.

Selon le théoricien politicoadministratif Gayan, diplômé de LSE, la Public Service Commission (PSC), la Disciplined Forces Service Commission (DFSC) et la Local Government Service Commission (LGSC) sont des organismes indépendants et, à ce titre, des questions les touchant seraient inappropriées. Insensé ! Ces institutions sont financées with taxpayers’ money, ce qui implique qu’elles répondent demain aux questions posées au titre de la Freedom of Information Act, dès aujourd’hui aux interpellations parlementaires. De surcroît, PSC, DFSC et LGSC ont un rôle critique dans le choix de ceux appelés à exécuter les politiques publiques. La redevabilité de ces commissions est un élément clé de la gouvernance et de la sécurité dans l’ensemble du pays. C’est précisément quand on est accountable qu’on peut faire valoir son indépendance. À ne pas confondre, Gayan, avec licence.

Mercredi 13 

Y-a-t-il des lions aux Chagos ? Surgissant d’un Union Jack, il y en a au moins un sur le sceau présidentiel du gouvernement provisoire… Hé !

The pros and cons…

Entre minima. Un chroniqueur de presse doit à ses lecteurs ce minimum d’honnêteté consistant à reconnaître qu’il n’a pas d’opinion quand les enjeux sont trop techniques ou hors de son champ de compréhension. Ainsi, l’auteur de ces lignes avouera qu’il est incapable de savoir, entre le maintien des actuels billets de banque et la création d’une nouvelle série, ce qui servirait le mieux l’intérêt national. En revanche, on peut être surpris en constatant qu’une décision – on veut le croire – rigoureusement réfléchie, longuement mûrie, puisse être renversée aussi rapidement et facilement.

L’article 3(3) de la Bank of Mauritius Act 2004 dispose que “the Bank shall, in the pursuit of its objects, perform its functions independently”. Indépendamment, on croit comprendre, de la Mauritius Bankers Association Ltd, du Assay Office ou même du ministère des Finances. Cette indépendance, semble-t-il, devrait permettre à la Banque centrale, si elle est vraiment sûre de la pertinence de sa décision, de faire savoir au grand argentier qu’elle regrette de lui déplaire mais que son choix a été bien pesé et…

Mais qu’en serait-il si ce choix – qu’on remet en cause sans coup férir – n’avait pas été, précisément, évalué comme il se doit ? Loin de nous l’intention d’accuser X ou Y. Mais il n’est nullement farfelu d’attendre de la communication de la BoM une présentation des avantages et des inconvénients du maintien de la série actuelle et de son remplacement. Pour Rs 600 millions de frais, l’existence déjà de ce comparatif serait aussi un minimum.

Jeudi 14 

Barreau oecuménique ? Rutnah et Varma défendant une même cause ? Freiner l’arbitraire visant, entre autres, les avocats. Enjeu prioritaire, oui…

The message and the messenger

The cost of independence. C’est bien connu, nous sommes souvent très sévères envers nos propres défauts chez les autres. Par ailleurs, que Tartempion ait fait payer très cher ses prestations, que nous ayons eu ou non le sentiment que le principal attrait de son offre de services était le tissage de ses liens de famille, cela ne le prive pas de sa justesse de jugement pour les autres. Et ce qui s’applique à Tartempion s’applique à tous, dont Me Kailash Trilochun, avocat à la cour. Que le cabinet de ce dernier – par ailleurs avocat de la police dans l’affaire l’opposant au DPP – reçoive pour ses conseils juridiques à des corps d’État des honoraires d’un peu moins de Rs 5 millions annuellement, cela ne l’empêche pas de juger troublant certaines pratiques de certains avocats du parquet dont, allègue Trilochun, le Solicitor General en premier lieu. Intéressons-nous au message plus qu’au messager.

De grâce, n’accusons personne, du moins pour l’instant, de corruption. Contentons-nous de constater que le système crée des situations embarrassantes, des rapports susceptibles de compromettre l’indépendance de procureurs censés être au service de la société plutôt que des sociétés d’État. Il faut des solutions : a) une Commercial & Financial Division au parquet, constituée de juristes – pas forcément avocats – spécialisés en droit des affaires ; b) un possible statut spécial pour que ces professionnels soient rémunérés au tarif du marché sans avoir à compter sur une multiplication de leurs jetons de présence. Engageons au moins une réflexion…

Vendredi 15 

Il le fut aussi. Un nominé politique n’est pas forcément gro fey et déplacé. Lui, Washington DC était son village, l’AGOA son objectif. RIP.

Fix it

Bon sens. Son précédent métier n’était pas percussionniste dans un groupe de reggae. Licenciée en économie, journaliste quelques années, attachée à l’Université de Genève, Ruth Dreifuss sera, en 1984, la seconde femme élue au Conseil fédéral suisse. Avant d’être, en 1999, la première femme accédant à la présidence de la Confédération helvétique. Ainsi, Mme Dookun-Luchoomun, M. Gayan, cette figure de proue du Parti socialiste suisse dispose de quelques références quand elle tente d’entrevoir l’avenir de nos sociétés démocratiques. Aujourd’hui présidente de la Global Commission on Drug Policy (GCDP), Mme Dreifuss, s’est clairement prononcé, cette semaine, en faveur de la dépénalisation du cannabis, à un atelier de travail auquel participait aussi notre stigmatisant ministre de la Santé.

La GCDP – constituée de 22 personnalités mondiales, dont Kofi Annan, Louise Arbour, Mario Vargas Llosa – demande et encourage, au niveau mondial 1) la décriminalisation des pratiques toxicomaniaques qui ne font pas de tort aux autres ; 2) le choix d’alternatives à l’incarcération ; 3) une perspective privilégiant la santé publique et 4) la régulation légale des substance psychoactives.

Il faut, par ailleurs, le répéter : la fleur de pavot en Afghanistan et la feuille de coca en Colombie n’ont guère de valeur. C’est leur passage des frontières qui leur en confère, le mieux ces dernières sont contrôlées, la plus coûteuse sera la dose à la vente. Soit le seul produit illicite dont la plus value est assurée par un détournement légal de fonds publics. Et certains s’accrochent à cette recette de l’échec.

Samedi 16 

e-Health. Pourquoi pas un fichier central ? Informé par tous les professionnels accrédités, médecins, dentistes, etc., publics ou privés…

Viande ou pain…

Aliments de toujours. L’oreille n’y… voit… que du feu. Entre Bayt lahm en arabe et Beth lehem en hébreu, on pense croiser une autre de ces troublantes ressemblances, comme Salaam Aleikum et Shalom aleichem, sur la fine ligne de partage traçant la plus létale des divisions de notre époque. Mais le sens ne suit pas la ressemblance. Si bayt et beth signifient tous deux maison, lahm en arabe veut dire viande alors que lehem en hébreu veut dire pain. Deux significations différentes, donc, pour le nom de cette petite ville de Cisjordanie dont le maire, Vera George Mousa Banoun, était en visite à Maurice cette semaine.

La symbolique est vive : Mme Banoun, de confession catholique, soit d’une petite minorité au sein d’une population largement sunnite, est à la tête d’une administration à laquelle sont confiées quelques tâches délicates. Dans cette zone administrée par l’autorité palestinienne, c’est la municipalité de Bethléem qui est appelée, entre autres, à faciliter les pèlerinages juifs au tombeau de Rachel. Elle doit aussi gérer l’afflux massif de chétiens du monde entier, en décembre, venus célébrer Noël dans la ville où, selon deux évangélistes serait né Jésus de Nazareth, comme avant lui le roi David.

C’est à l’occasion d’une conférence internationale, à Bethléem, sur le tourisme de pèlerinage que Xavier Duval a noué des liens avec cette région. En recevant Mme Banoun, le parti bleu nous propose-t-il une vision plus engageante de l’héritage des minorités au sein d’un ensemble discriminant. Pain et viande, après tout…

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