Documentaire: Paul Choy, dans le flot des migrants

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«J’ai vu des pères et mères de famille donnant le bain à leurs enfants dans de l’eau de pluie», soutient le photographe.

«J’ai vu des pères et mères de famille donnant le bain à leurs enfants dans de l’eau de pluie», soutient le photographe.

Arpenter la «jungle» à Calais. Faire le chemin inverse des migrants jusqu’à Lesbos et Idomeni en Grèce. Parcours initiatique de Paul Choy, photographe. Il en a ramené un documentaire choc de 30 minutes intitulé Faceless, Forgotten. Le film a été projeté en avant-première à la Citadelle, le jeudi 30 juin. «Vous savez, les balles en caoutchouc et les bombes lacrymogènes qu’on voit dans le film, ce sont celles que la police a tirées sur nous.» Le ton est donné.

Dans le film, c’est un Paul Choy en sueur qui vit l’actualité en direct. Il mouille littéralement sa chemise pour faire ce film. La caméra s’arrête sur de jeunes hommes évanouis, après avoir respiré du gaz lacrymogène. Avant de bien nous préciser l’inégalité des forces en présence. «Je n’ai pas lu tout ça dans des livres. J’étais sur place, au milieu de tous ces gens», répond le photographe quand on lui demande pourquoi il est omniprésent dans le documentaire. «C’est mon témoignage. C’est ce que j’ai vu.»

Qu’a-t-il vu ? Le photographe, ne mâchant pas ses mots, affirme que ce qu’il a vu ne correspond ni à ce qui est relayé par les médias internationaux, ni aux idées reçues. «On croit que les migrants sont des hommes en âge de travailler. Moi, j’ai vu des pères de famille, des mères donnant le bain à leurs enfants dans de l’eau de pluie. Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas impartial. Je crois que la seule façon de comprendre ce qui se passe, c’est d’être au milieu de tout cela.»

Pourquoi avoir fait ce voyage, filmé en avril de cette année? «Je sais bien que le film que j’ai fait ne va pas améliorer le sort des migrants», lâche le voyageur. Lui se voit davantage comme un «conteur» qui utilise la photo et le documentaire pour raconter une histoire. «Je n’attends pas que les gens décident tout à coup de faire quelque chose. Les ONG font déjà tout ce qu’elles peuvent. Mon but est d’apprendre de cette situation. Tirer des conclusions, qui peuvent s’appliquer à Maurice. Parfois, on se dit qu’est-ce qu’une seule personne peut faire? La petite pierre de chacun peut faire une différence. Il faut juste commencer quelque part.»

Parmi ses prochains projets : zoomer sur des cas sociaux locaux. N’est-ce pas faire le chemin à reculons? Aller voir les migrants d’Europe avant d’aller vers les «faceless, forgotten» de Maurice? «Je ne montre pas des problèmes sociaux, je montre la vie», se défend Paul Choy.

Comment le photographe a-t-il financé ce documentaire, réalisé par trois personnes? Visage fermé, on sent que le globe-trotter fait des efforts pour se contenir. «Trouver des financements est compliqué. C’est à la fois de l’argent public et des fonds privés. Je suis aussi un artiste commercial, je vends des œuvres. La vraie question n’est pas combien de fonds nous avons eu mais qu’est-ce que nous faisons de l’argent? Où est la pertinence de parler d’argent? Cela détourne l’attention du sujet.» Paul Choy n’en dira pas plus.

Vu pour vous

Est-ce que «Faceless, Forgotten» est «bien», «intéressant», «enrichissant»? Ah, les mots sont souvent inadéquats face aux images. Si le mot que l’on cherche est «percutant», «touchant», «poignant», un mélange de tout cela, alors oui, Paul Choy a atteint son objectif. Celui de frapper les esprits. Celui de crever la bulle dans laquelle le spectateur, copieusement abreuvé d’horreurs à l’heure de tous les journaux télévisés de la planète, se retrouve enfermé, conditionné, malgré lui.

En une demi-heure, Paul Choy nous emmène voir l’humanité – à vrai dire l’inhumanité – qu’il y a derrière ce terme aujourd’hui générique de «migrant». Avec une série d’images choc comme ce champ de gilets de sauvetage. Chaque gilet correspond à une vie. Une vie qui ne doit pas son salut à ces gilets car ce sont des contrefaçons.

Les ordures qui s’entassent, les conditions sanitaires effroyables, cette préoccupation qu’ont les réfugiés de charger leur téléphone portable car toutes les démarches administratives se font en ligne uniquement… Dans tout cela, Paul Choy est omniprésent dans le film. «Faceless, Forgotten» aurait pu avoir pour sous-titre «Paul Choy au pays des migrants». Une surexposition à la caméra qui par moment s’avère gênante. Car le témoignage personnel ne passe pas forcément par l’image de soi in situ.

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