L’an prochain à Diego Garcia: extraits

Avec le soutien de
Jean Claude de l’Estrac, écrivain, diplomate.

Jean Claude de l’Estrac, écrivain, diplomate.  

Le pot-de-vin - Chapitre I (1/2)

C’est une histoire de duperie.

De mensonges et de lâchetés.

Peut-être pis encore.

L’aveu vient du Foreign Office britannique: lors des discussions entre les divers services de Whitehall impliqués dans les tractations qui ont mené au démembrement du territoire de Maurice, il a été d’abord question de gros sous. Il avait été décidé de détacher l’archipel de Chagos de Maurice, d’évacuer tous les habitants des îles pour faciliter l’installation de la base militaire anglo-américaine de Diego Garcia.

Pour le Foreign Office, l’élément le plus important des négociations a été le dédommagement à payer à Maurice, alors colonie britannique. Il est qualifié de «pot-de-vin». Il sera versé pour persuader les autorités politiques locales d’accepter ou tout au moins de laisser se réaliser le projet de défense anglo-américain dans l’océan Indien et d’approuver le démembrement de leur territoire. Le même raisonnement est tenu à l’égard des Seychelles. Cette constatation est faite dans une lettre que Martin R. Morland, du sous-secrétariat permanent, transmet le 22 juin 1965 à J.A. Patterson, du département du Trésor1.

M. Morland dit lui-même que s’il parle aussi crûment, c’est parce que le gouvernement britannique a estimé ne pouvoir obtenir l’accord, jugé indispensable, des autorités politiques mauriciennes sur le projet de démembrement de leur territoire qu’en leur proposant une «généreuse indemnisation». Il en est de même pour les Seychelles, le projet anglo-américain prévoyant également l’annexion des îles seychelloises d’Aldabra, Farquhar et Desroches, toutes trois situées dans la partie occidentale de l’océan Indien.

Les Britanniques estiment qu’il sera nécessaire de proposer à Mau- rice et aux Seychelles non seulement diverses formes de dédommagement, de financements de projets de développement, mais «peut-être aussi d’autres incitations». La nature exacte de ces incitations n’est pas précisée.

Dans une communication à Washingon, le Foreign Office évoque les «douceurs» devant être proposées aux deux gouvernements. Le mot «douceurs» est en français dans le texte.

De son côté, le gouverneur de Maurice, sir John Shaw Rennie, croit pouvoir préciser que «la valeur du bribe (pot-de-vin) ne doit pas changer en fonction du nombre d’îles détachées»

Le Foreign Office n’a pas peur des mots. Dans une lettre à l’ambassadeur N.C.C. Trench à Washington, l’assistant du sous-secrétaire d’État au Foreign Office, Edward Peck, est explicite : «Nous savons qu’il sera difficile d’obtenir des Américains qu’ils participent financièrement au graissage de patte (bribing) des deux gouvernements concernés…»

Ce projet de création d’une nouvelle base militaire anglo-américaine sur des îles reprises à Maurice et aux Seychelles a commencé à se dessiner dès 1961. Il a pour origine un double contexte : d’une part, le vent de la décolonisation qui souffle sur les territoires coloniaux, et de l’autre l’affrontement idéologique Est-Ouest qui a engendré une guerre froide traduite notamment par l’apparition des premiers bâtiments de guerre soviétiques dans l’océan Indien. Les Occidentaux craignent que la liberté de navigation dans la région ne soit menacée. C’est ainsi qu’à l’initiative des États-Unis, un accord secret est signé en 1961 entre le president américain, John Fitzgerald Kennedy, et le Premier ministre britannique, Harold Macmillan.

En vertu de cet accord, les Américains s’engagent à installer une base militaire dans la région pour la défense des intérêts occidentaux «à la double condition que le territoire anglais choisi pour l’abriter échappe au processus de décolonisation et que sa population en soit entièrement évacuée pour des raisons de sécurité».

Un accord de principe est conclu en 1963 entre des représentants des deux pays. Il prévoit que «si une étude le recommande, une station militaire américaine de communications et des installations de soutien devraient être construites sur l’île de Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos, administrée par Maurice, mais située à plus de 1 000 milles au nord-est de l’île principale». Il est déjà établi que la station de communications pourrait être le prélude d’un projet de plus grande envergure avec d’autres facilités dans les autres îles. Il est agréé que les Britanniques se chargeront de faire évacuer les populations habitant les îles choisies et de payer tout dédommagement nécessaire aux intérêts locaux.

À l’occasion d’un voyage du secrétaire d’État britannique à Washington et à New York, en mars 1965, et après avoir étudié toutes les implications de l’opération – militaires, juridiques et diplomatiques –, les Britanniques donnent formelle- ment leur accord.



Le pot-de-vin Chapitre I (2/2)

(…)

Les stratèges britanniques qui ont analysé la situation militaire de l’océan Indien sont sensibles aux besoins des Américains. Ils notent que depuis l’attaque chinoise de 1962 contre l’Inde, et peut-être plus tôt, les Américains ont pris conscience d’un «vide» dans leur dispositif militaire dans la région. Ils n’ont pas de forces déployées en permanence entre la Méditerranée et les Philippines. D’autre part, les Britanniques estiment que si eux-mêmes doivent maintenir  une présence militaire à l’est de Suez, ils ont intérêt à promouvoir une plus grande coopération militaire anglo-américaine dans l’océan Indien, et s’ils devaient se retirer graduellement, il ne serait pas moins utile d’assurer une présence américaine.

L’étude conjointe anglo-américaine, menée dans les îles, est réalisée avec l’accord de Seewoosagur Ramgoolam, qui dirige le gouvernement autonome de Maurice. Assez vite, les experts qui inspectent les îles arrivent à la conclusion que Diego Garcia  serait un excellent choix pour l’établissement d’une base militaire. Isolé, mollement administré par Port-Louis, l’archipel, peu peuplé, est situé à une distance presque égale des côtes de l’Afrique orientale, des archipels indonésiens, de l’Australie et de l’Irak. Il est aussi proche de l’Asie du sud, un point chaud en raison de la rivalité entre l’Inde et le Pakistan. Tel un «porte-avions», Diego Garcia est exceptionnellement bien située pour contrôler tout l’océan Indien. En fait, les Britanniques en rêvent depuis fort longtemps : déjà en 1786, aux prises avec les Français, ils avaient envoyé de l’Inde une expédition dans l’île pour y installer une «base militaire».

Le choix fait, conformément à leur accord secret, les Britanniques tentent une première approche auprès du chef du gouvernement mauricien. Ils évoquent la possibilité de détacher quelques-unes des îles de l’archipel. Ils constatent que la première réaction de Seewoosagur Ramgoolam est «réservée». C’est que même si les Britanniques ne parlent que de «station de communications», les dirigeants mauriciens sont parfaitement au courant de leur intention à long terme. Des rumeurs d’installation d’une base américaine dans la région circulent déjà. Elles ont provoqué des réactions hostiles de certains gouvernements africains et asiatiques, ainsi que de Moscou et de la conférence des pays non-alignés qui s’est déroulée au Caire.

Mais, les critiques et les oppositions ne freinent aucunement Whitehall. Il est rapidement décidé que le Colonial Office devrait prendre les mesures constitutionnelles voulues afin de détacher les îles en question. Le ministère de la Défense est invité à calculer le «prix d’achat» de ces îles et évaluer le potentiel militaire de chacune d’elles.

Lors d’une visite à la Maison-Blanche, le 15 avril 1965, le Premier ministre britannique, Harold Wilson, rassure les Américains qui s’impatientent. Ils trouvent que le projet n’avance pas suffisamment vite. Wilson déclare que les Britanniques sont tout aussi pressés de faire aboutir ce projet de développement de «bases» dans l’océan Indien – «base» est le mot utilisé parWilson.

Le Premier ministre britannique réaffirme son engagement de faire aboutir le projet, malgré «l’embarras politique» dont le Royaume- Uni pourrait être l’objet aux Nations unies et ailleurs. Le Royaume-Uni appréhende une levée de boucliers de l’Onu. En 1960, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration 1514 (XV) sur l’indépendance des territoires et des peuples coloniaux. Cette déclaration demande l’indépendance complète des territoires autonomes comme Maurice et les Seychelles, sans modification de leurs frontières. Elle condamne «toute atteinte visant à bouleverser, partiellement  ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays».

Le gouvernement britannique reconnaît que le démembrement éventuel des territoires mauricien et seychellois, en violation donc de la charte des Nations unies, provoquera des «accusations de colonialisme et d’impérialisme». Pour tenter d’atténuer ces critiques,  il n’a de cesse de souligner qu’il agit en consultation permanente avec les dirigeants politiques locaux. Le Premier ministre britannique admet que le Royaume-Uni paiera un «prix» politique pour cette opération. Il se préoccupe également de son coût en termes d’indemnités à payer aux intérêts commerciaux concernés, «mais aussi du prix qu’il faudra payer au gouvernement local pour la cession des îles en question». Il souhaite que la proposition soit davantage discutée, notamment son aspect juridique ; il s’agit de savoir si les gouvernements locaux peuvent vraiment exiger un dédommagement en contrepartie du démembrement de leur territoire.

Cette question a été analysée par l’administration britannique, qui a conclu que même si elle est en droit de détacher ces îles, un dédommagement devrait quand même être payé pour écarter tout risque de «chantage».

Et comme il s’annonce bien plus élevé que prévu au départ, les Britanniques décident de reprendre la discussion avec les Américains et de solliciter une contribution financière de leur part.

Bien que toutes ces tractations soient censées se dérouler dans le plus grand secret entre les deux gouvernements, la presse internationale commence à publier des révélations sur ce projet angloaméricain. En réaction, le Commonwealth Relations Office met en place une ligne de défense qui consiste à nier l’imminence de la construction d’une quelconque base, reconnaissant seulement en public l’existence d’une étude conjointe anglo-américaine à ce sujet.

Dans une déclaration à la Chambre des communes, le 5 avril 1965, Mme Eirene White, sous-secrétaire d’État aux Colonies, précise que le chef du gouvernement mauricien a été consulté quant à l’étude visant à trouver des sites possibles «pour certaines facilités limitées». Elle déclare que le conseil des ministres mauricien a été tenu informé, que les résultats de l’étude étaient toujours examinés et que le Premier sera de nouveau consulté avant toute annonce à Londres et à Washington. Cette position officielle est communiquée aux diplomates britanniques en poste dans les pays du Commonwealth, à l’exception de New Delhi, dont Londres se méfie.

(À suivre…)



Les secrets  Chapitre II (1/2)

LE gouvernement américain ne veut pas s’embarrasser outre mesure des retombées politiques pour Londres du démembrement de ses colonies. Il est de plus en plus pressé de prendre possession des îles choisies. Il invite le gouvernement britannique à finaliser au plus vite les discussions avec Maurice et les Seychelles.

Mais le Royaume-Uni veut avancer avec prudence. Bien que résolu à affronter les critiques politiques, il veut obtenir à tout prix l’accord des deux gouvernements locaux, espérant ainsi désamorcer partiellement les contestations diplomatiques.

Cet accord est maintenant considéré comme d’autant plus crucial que l’examen à Whitehall de la légalité du projet de démembrement a clairement montré que «les îles font légalement partie du territoire de la colonie concernée». En conséquence, les experts britanniques considèrent l’assentiment des autorités politiques locales comme «fondamental pour la constitutionnalité de ‘l’excision’  des îles concernées». C’est pour obtenir cette indispensable caution qu’ils ont décidé  de proposer aux gouvernements locaux des  «indemnités généreuses».

Le gouvernement britannique estime qu’il faudrait prévoir au moins dix millions de livres sterling, compte tenu surtout de la nécessité d’aboutir rapidement à un accord.

«LES EXPERTS BRITANNIQUES CONSIDÈRENT L’ASSENTIMENT DES AUTORITÉS POLITIQUE LOCALES COMME ‘FONDAMENTAL’.»

Cette estimation est basée sur une proposition de dédommagement de l’ordre de deux à trois millions de livres pour chacun des territoires. Il est prévu d’utiliser ce montant afin de construire un nouvel aéroport à Mahé, aux Seychelles. Maurice obtiendrait l’équivalent pour financer divers projets de développement. Les Britanniques craignent, toutefois, que les Mauriciens ne tentent de marchander lors des négociations constitutionnelles sur l’indépendance, fixées au mois de septembre. Ils voudraient donc pouvoir régler la question au plus vite.

Ces problèmes d’argent ne préoccupent pas les Américains. Ils sont plus pressés que jamais. Ils confirment aux Britanniques leur choix de Diego Garcia pour l’installation de ce qu’ils présentent toujours comme «une station de communications»  avec des facilités de soutien, en particulier une piste d’atterrissage. Ils envisagent de commencer les travaux fin 1966 et de mettre la station en service fin 1968. Ils exigent que les autres îles choisies soient également retranchées pour des raisons de sécurité, même si elles ne sont pas considérées comme essentielles.

L’île seychelloise d’Aldabra fait aussi partie du plan «par précaution», bien qu’aucun projet spécifique ne soit prévu dans l’immédiat, ni sur les autres îles, notamment Coëtivy, Agalega, Farquhar, Desroches et Cosmoledo. Les Britanniques se rendent compte que «les propositions américaines se sont maintenant développées en quelque chose de beaucoup plus vaste que ce qui avait été envisagé». Le secrétaire d’État aux Colonies demande même si cette plus grande opération ne va pas provoquer des répercussions internationales encore plus sérieuses.

(À suivre…)



Les secrets Chapitre II (2/2)

Pour mesurer les risques, Londres demande au gouverneur de Maurice de sonder les dirigeants politiques et d’évaluer leurs attentes en termes d’indemnisation. Sir John Shaw Rennie est invité à laisser entendre aux dirigeants politiques que si leurs exigences devenaient trop lourdes, il se pourrait, compte tenu des difficultés financières du Royaume-Uni, que le projet soit abandonné. C’est clairement une posture de négociation. Le gouvernement britannique est au contraire déterminé à tout faire pour prendre possession des îles en question. Le Foreign Office considère qu’elles sont d’une valeur inestimable pour le Royaume-Uni et les États-Unis, et qu’il ne faudrait, en aucun cas rater l’«occasion probablement unique de retrancher ces petites îles faiblement peuplées pour des objectifs stratégiques».

Le gouvernement de Maurice ne tarde pas à faire savoir au secrétaire d’État aux Colonies que, dans les circonstances politiques locales, le Parti mauricien social démocrate (PMSD), membre de la coalition gouvernementale mais opposé à l’indépendance, pourrait se montrer difficile.

Entre-temps, le gouvernement britannique relance les Américains sur la possibilité d’obtenir d’eux une contribution financière au dédommagement. Le coût de sa participation à l’opération inquiète de plus en plus le Royaume-Uni, en butte à des problèmes économiques, d’autant plus qu’une polémique fait rage au sein de l’administration pour savoir lequel des ministères devrait supporter les frais de «l’acquisition» des îles convoitées. Les Américains ne manquent pas de faire remarquer que les Britanniques cherchent à remettre en question les termes de leur accord initial. Londres ne le nie pas.

Dans une note préparée à l’intention d’Anthony Greenwood, le secrétaire d’État aux Colonies, en prévision d’une rencontre avec Dean Rusk, secrétaire d’État américain, le 10 mai 1965, Edward Peck, assistant du sous-secrétaire d’État au Foreign Office, fait une mise en garde : «si nous n’arrivons pas rapidement (ce qui veut dire généreusement) à un accord, une agitation dans les colonies contre le «démembrement» et les «bases étrangères» (fomentée de l’extérieur) aura le temps de prendre des proportions sérieuses, en particulier à Maurice, où l’équilibre politique d’une société multiraciale peut facilement être déstabilisé…»

À Londres, au lendemain de cette discussion, le conseil des ministres prend la décision d’accélérer le processus. Les Américains sont informés que toutes leurs propositions sont acceptées en principe, mais que le projet dépend de l’accord des deux gouvernements locaux, accord que Londres considère toujours comme «essentiel».

Le conseil des ministres a discuté en détail des indemnités à payer et en général des conditions à réunir pour obtenir l’acceptation des deux gouvernements. Il a été convenu que les exploitants des îles, les employés qui y travaillent et les gouvernements – «pour la perte de territoires» – devront tous être dédommagés. Ils confirment leurs propositions de l’ordre de deux à trois millions de livres sterling, toujours sous la forme de la construction d’un aéroport pour les Seychelles et d’un don pour le financement de divers projets de développement à Maurice.

«LONDRES CRAINT QUE MAURICE ET LES SEYCHELLES NE RÉCLAMENT DAVANTAGE D’ARGENT EN APPRENANT QUE LES AMÉRICAINS VONT Y CONTRIBUER.»

La question de possibles demandes supplémentaires de Maurice est évoquée, notamment un gros contingent d’émigrants vers le Royaume-Uni, et des efforts à faire afin d’obtenir un accord américain sur un quota substantiel d’exportation de sucre aux États-Unis. Le gouvernement britannique estime toutefois que ces demandes n’ont aucune chance d’aboutir.

Mais en même temps, Londres dit reconnaître qu’il serait raisonnable que les gouvernements de Maurice et des Seychelles s’attendent à une forme d’indemnisation, en raison de la perte de leurs territoires. Il dit vouloir recevoir une indication du montant «qui rendrait le projet acceptable pour leur opinion publique». Afin de tenter de minimiser les revendications financières des dirigeants locaux, outre de laisser entendre que les Américains pourraient abandonner leur projet de base, il est conseil- lé aux gouverneurs de souligner auprès des dirigeants politiques mauriciens que c’est le gouvernement britannique, et non américain, qui sera responsable de payer toutes les indemnités.

Le fait que des officiels discutent déjà de la demande britannique de participation financière américaine au dédommagement n’est pas divulgué. Londres craint que Maurice et les Seychelles ne réclament davantage d’argent en apprenant que les Américains vont y contribuer.

Toutes ces questions font l’objet d’une discussion, le 14 mai 1965, entre hauts responsables américains et bri- tanniques. La délégation américaine, conduite par Jeffrey Coleman Kitchen, sous-secrétaire d’État pour les Affaires politico-militaires, explique d’abord les contraintes budgétaires qui empêchent l’administration américaine de participer à l’indemnisation en versant une contribution «visible». Le représentant du Foreign Office réplique que la contribution demandée peut ne pas être publiquement liée au projet. Kitchen a manifestement une idée sur la manière de contourner le problème. Il promet d’étudier la possibilité d’obtenir un paiement dans le cadre des programmes anglo-américains de recherche et de développement.

Les conditions sont maintenant réunies pour que Londres présente des propositions formelles à Maurice et aux Seychelles. Les gouverneurs des deux îles reçoivent du Colonial Office un argumentaire élaboré qui explique la position du Royaume-Uni. Les Américains, qui valident ce document, s’assurent que rien ne transpire de leurs objectifs à long terme. Ils obtiennent que toute référence à des futurs développements d’installations militaires soit censurée.

Le Colonial Office confirme que l’intention est de retrancher constitutionnellement les îles choisies de Maurice et des Seychelles et d’établir, par un «Order in Council», une nouvelle administration britannique. Un «Order in Council» est un acte réglementaire fait au nom de la reine d’Angleterre par son «conseil privé» indépendamment du pouvoir législatif. Le Colonial Office réaffirme que «les Américains ne seront disposés à réaliser le projet à aucune autre condition. Toute idée de mise à disposition des îles requises par le biais d’une location ou d’un accord de défense avec Maurice ou les Seychelles doit être écartée...» Les Britanniques disent même craindre, dans ces conditions, que les Américains ne cherchent ailleurs.

Whitehall n’accorde pas beaucoup d’attention à une proposition du gouvernement des Seychelles, qui observe que les problèmes politiques pourraient être évités si les Seychelles étaient tout simplement intégrées au Royaume-Uni, après y avoir ajouté les Chagos et Agaléga…

Dans les débats qui se déroulent sur la question à Whitehall, c’est à peine si le problème de la population des îles à retrancher est évoqué. Il est seulement noté qu’«il sera nécessaire de réinstaller la main-d’œuvre (en tout 500 âmes) actuellement associée aux plantations de coco sur Diego Garcia, mais aucun autre mouvement de population ne sera nécessaire sur aucune autre île en anticipation d’une décision dans chaque cas d’y développer des installations de défense».

Dans une note adressée aux diri- geants des pays du Commonwealth et sollicitant leur soutien, le Foreign Office déclare tout de même que le RoyaumeUni «prend bien soin, en étroite consultation avec les gouvernements de Maurice et des Seychelles, de veiller à ce que les intérêts des populations locales soient protégés. En tout état de cause, ces îles sont petites, isolées et peu peuplées (seulement quelques centaines de travailleurs engagés et leur famille)…»



Les Chagossiens - Chapitre III (1/1)

«Les populations locales» que les Britanniques envisagent de déplacer, habitant depuis la fin du XVIIIe siècle l’archipel des Chagos, un chapelet de 64 îlots coralliens, au coeur de l’océan Indien, mais isolés du reste du monde.

La plus grande île de l’archipel, Diego Garcia, mesure près de 21 kilomètres de long du nord au sud et une dizaine de kilomètres dans sa plus grande largeur au  nord ; elle s’étend sur 230 kilomètres carrés. L’île en forme de V abrite un profond lagon. Au centre de l’archipel s’étend le Grand banc des Chagos. À l’ouest du banc, les Trois Frères, l’île de l’Aigle, l’île aux Vaches et l’île Danger. Au nord se trouvent les îles Peros Banhos et Salomon. Au sud-ouest émerge le groupe des Six îles, parfois appelées île Egmont.

En cette fin des années soixante, les habitants de ces îles éparses n’ont de contact extérieur qu’avec Maurice. Les Chagos sont une colonie de la colonie.

Après les Portugais qui l’avaient découvert, les Français explorent l’archipel dès 1769. Déjà, un officier de la marine, le lieutenant La Fontaine, explore le lagon de Diego Garcia et constate qu’«un grand nombre de navires pourrait s’y abriter en sécurité». En 1776, un armateur de l’île de France, Deschiens de Kerulvay, tente d’installer un poste à Diego Garcia. Plus tard, en 1786, il demande à nouveau une concession. Il se propose d’y entreposer des Noirs qu’il irait chercher en Afrique pour les vendre ensuite aux îles d’Amérique, après une période d’acclimatation.

Les Britanniques s’intéressent aussi à ces îles. Ils voient immédiatement leur intérêt stratégique. Leur première apparition aux Chagos remonte à 1763. Ils envisagent un moment d’y implanter un comptoir d’approvisionnement. Durant la Deuxième Guerre mondiale, Diego Garcia est utilisée comme poste de ravitaillement en charbon. Pendant quelques années, les deux puissances maritimes se disputent l’archipel. Finalement, pour écarter un risque de guerre, les Britanniques décident d’abandonner la place.

La plupart des «Chagossiens» habitent trois des îles de l’archipel : Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon. Ce sont des descendants d’esclaves, arrivés de Madagascar et du Mozambique, expédiés dans les îles pour le compte de compagnies franco-mauriciennes qui exploitent des cocoteraies. Les cocotiers sont la grande richesse des Chagos. Les noix servent à fabriquer de l’huile de coco, qui est exportée.

Aux Chagossiens de souche, établis dans les îles, depuis deux ou trois generations, se sont ajoutés au fil des années des travailleurs engagés sous contrat venus de Maurice, des Seychelles et du Sud de l’Inde. Mais près de 80 % des résidents se considèrent comme natifs des Chagos. L’essentiel de l’économie des îles gravite autour du ramassage des noix de coco, de leur épluchage, de leur traitement pour la fabrication de l’huile. Depuis des décennies, la plupart des Chagossiens sont au service de sociétés huilières qui exploitent l’abondance des cocos.

«La plupart des «Chagossiens» habitent trois des îles de l’Archipel : Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon.»

Une première exploitation a démarré à l’initiative de Pierre Marie Le Normand, un colon français possédant de grandes plantations à l’île de France. Ce propriétaire d’esclaves se désolait du grand nombre de lépreux parmi les esclaves de l’île de France. Il demande au gouverneur, le vicomte de Souillac, la permission de créer une léproserie à Diego Garcia. Il est persuadé que l’air pur des îles et la qualité de la nourriture feront le plus grand bien aux malades. Il sollicite également une concession pour planter des cocotiers et produire de l’huile.

Encouragé par l’administration, le Normand s’installe à Diego Garcia, accompagné de vingt-deux esclaves. Il est suivi par d’autres bénéficiaires de concessions et l’un d’entre eux, Lapotaire, construit une huilerie dès 1794. Bientôt, les frères Cayeux l’imitent. Et c’est ainsi qu’apparaît très tôt ce qui deviendra la principale activité économique de l’archipel.

Ces «dépendances» de l’île de France sont finalement cédées à l’Angleterre en 1810, lors de la prise de l’île de France. Le traité de Paris, signé en 1814, rattache toutes les dépendances de l’ancienne île de France, y compris Diego Garcia, à la nouvelle colonie britannique, qui prend le nom de Mauritius, Maurice.

Pour relancer les activités économiques dans les dépendances de Maurice, le premier gouverneur britannique, Robert Farquhar, accorde des concessions aux frères Hullard dans les îles Trois Frères en 1813 ; au cours de la même année, d’autres concessions sont accordées à Peros Banhos aux colons Allain et Bigard, qui les transfèrent rapidement au colon Majastre. Jean Mallefille et William Stone obtiennent des concessions dans les îles Salomon pour exploiter le bois. Pour développer leurs affaires et malgré l’interdiction du commerce des esclaves par les Britanniques, les titulaires de concessions réussissent à se faire expédier de nouveaux esclaves déjà installés à Maurice.

Une Société huilière de Diego et Peros est créée en 1883. Elle est remplacée par Diego Limited, qui vend ses droits en 1962 à Chagos Agalega Limited. La nouvelle compagnie qui achète les îles de l’archipel des Chagos est créée par Paul Moulinié et d’autres actionnaires des Seychelles qui achètent pratiquement toutes les plantations de coco de Diego Garcia, Peros Banhos, Salomon ainsi que celles d’Agalega. Pendant un moment, la compagnie de navigation mauricienne qui assure le transport de l’huile de coco produite dans les îles, la Colonial Steamship Co. Ltd, filiale du conglomérat Rogers & Co., envisage de prendre le contrôle de la société seychelloise. Elle se ravise durant une visite de ses dirigeants à Diego Garcia et dans les autres îles de l’archipel, en août 1961.

Alors qu’il est en visite de prospection et qu’il négocie avec le promoteur seychellois des huileries, René Maingard, un directeur de Rogers reçoit un télégramme qui l’informe du peu d’enthousiasme des dirigeants de l’entreprise mauricienne du fait que le prix de vente du coprah sur le marché mondial est en baisse, la production excédant l’offre. Déjà au cours de la visite, Maingard n’avait pas été très impressionné par l’état des lieux. Il est séduit par la beauté des îles, en particulier Peros Banhos, mais se dit «horrifié» par ce qui se pratique dans certaines parties des îles, en particulier les méthodes d’extraction du guano (matière provenant d’excréments et de cadavres d’oiseaux marins).

Le contexte politique est un autre aspect qui pousse la Colonial Steamship Co. Ltd, à abandonner le projet. Lorsqu’il est reçu par un représentant du gouverneur des Seychelles à Mahé, Maingard s’aventure même à suggérer que les îles seraient mieux loties si elles étaient rattachées aux Seychelles plutôt qu’à Maurice. Il pose la question de savoir si les Seychelles seraient éventuellement intéressés dans un transfert de Diego Garcia et d’Agalega sous sa dépendance. Il explique au représentant du gouverneur que la compagnie mauricienne a la possibilité d’acquérir une majorité dans les Oil Islands et qu’elle «joue avec l’idée» de se faire enregistrer aux Seychelles. L’Anglais se dit persuadé que son gouvernement y serait favorable tant que l’arrangement ne lui coûte rien.

(À suivre…)



Les Chagossiens - Chapitre III (suite)

MALGRÉ la défection des Mauriciens, avec l’arrivée des Britanniques, les liens entre les Chagos et Maurice se structurent quelque peu. Des navires partent assez régulièrement de Port-Louis pour ravitailler la petite population. De temps en temps, un fonctionnaire mauricien visite les îles pour assurer un semblant d’administration ou un prêtre catholique va y prêcher la bonne parole et  baptiser à tour de bras des «indigènes» analphabètes.

Le père Roger Dussercle, qui s’y rend assez régulièrement, est peiné par les difficultés de vie dans l’archipel : «Rien ne pousse dans cette terre aride hormis le cocotier ; en sorte que la plus maigre verdure n’est pas là pour relever le riz quotidien que l’on mange sans brède, sans bouillon.» Ces conditions de vie misérables incitent quelques Chagossiens à tenter l’aventure mauricienne ; ils sont encore plus malheureux.

Le prêtre en fait le constat : «Et j’en sais de ces gens qui se mordent les doigts de s’être laissés aller un jour à réaliser la perspective – si faussement caressée – de se rendre à Maurice ; à Maurice où, se trouvant en dehors des classes locales, même les plus basses, ils n’ont rien à manger : c’est la famine pour eux ; et la fièvre pour les enfants, si beaux, si joufflus dans les îles, qui viennent s’étioler et mourir dans un climat qui n’est pas le leur.» Aussi du Chagossien exilé, l’unique désir est-il de retourner chez lui.

Néanmoins les activités économiques s’intensifient avec l’arrivée de la compagnie créée par Moulinié. Malgré plusieurs années de déclin de l’industrie huilière, la nouvelle société espère en faire une activité rentable. Elle devient pratiquement le seul maître à bord et ses administrateurs gèrent leurs affaires «de manière plutôt féodale».

Chagos Agalega Limited, unique employeur, fait la pluie et le beau temps. Les inspections des fonctionnaires mauriciens sont rares. Au mieux, un magistrat vient une fois par an. Entre-temps, les administrateurs sont investis de tous les pouvoirs, y compris ceux d’arrêter et d’emprisonner des travailleurs jugés récalcitrants.

Les conditions de travail sont médiocres. Les salaires sont très bas, mais la compagnie offre à ses employés des rations alimentaires. Elle possède des boutiques où l’on peut acheter quelques produits de base. Un dispensaire assure des soins élémentaires. L’accès à l’éducation est pratiquement inexistant. Ce qui n’empêche pas les Chagossiens d’apprécier ce style de vie.

«LE PETIT VILLAGE D’EAST POINT, À DIEGO GARCIA, LUI RAPPELLE ‘UN  VILLAGE FRANÇAIS  MIRACULEUSEMENT TRANSFÉRÉ EN ENTIER SUR  CETTE PLAGE’»

Rita, une Chagossienne, n’a jamais oublié : «Vous aviez votre maison – vous n’aviez pas de loyer à payer… Avec ma ration, je recevais dix livres et demi de riz chaque semaine, je recevais dix livres et demi de farine, je recevais mon huile, je recevais mon sel, je recevais mon dhal, mes haricots – c’est seulement du beurre de pistache et des haricots rouges que nous devions acheter. Et j’avais mon poisson frais… Nous plantions du giraumon, nous plantions des légumes. Nous avions du poulet. Les cochons étaient nourris par la compagnie et nous en recevions. Nous, on nourrissait des poules et  des canards.»

C’est cette même description d’abondance et de tranquillité que rapporte d’une visite dans les îles, vers la fin des années cinquante, le gouverneur de Maurice Robert Scott. Le petit village d’East Point, à Diego Garcia, lui rappelle «un village français miraculeusement transféré en entier sur cette plage». Il est charmé par le bel ordonnancement des paysages et des bâtiments aux toits de chaume. Il visite l’hôpital, les garages, il se pâme devant les petits jardins de roses, d’allamanda et d’hibiscus.

Deux inconvénients majeurs le frappent cependant : autour de nombreux canards, poules, chiens et chats qui encombrent les ruelles, il y a toujours de grosses nuées de mouches. Il y a aussi les rats, une vraie plaie ; ils dévorent une bonne partie des cocos récoltés, à peine moins que les scarabées qui pullulent. À tel point que les jeunes enfants ont deux sources d’argent de poche dans l’éradication des animaux nuisibles : trois sous pour un rat tué et un sou pour trois  scarabées rhinocéros…

Les adultes, eux, s’éreintent à ramasser les noix de coco qui sont maintenant exportées à Maurice. Un recensement estime en 1958, à la veille de grands bouleversements qui menacent les Chagossiens, à plus de quatre millions et demi le nombre de noix récoltées malgré les ravages des rats.

(À suivre…)



Les Chagossiens - Chapitre IV (1/1)

Les Chagossiens ne le savent pas encore, mais les Britanniques s’affairent déjà à mettre en place les moyens de les chasser de leurs îles. À Whitehall, on s’attend à ce que l’affaire fasse du bruit. Aussi, peu avant la présentation de leurs propositions aux gouvernements de Maurice et des Seychelles, ils préparent une offensive diplomatique pour anticiper et chercher à minimiser les contestations. Ils prévoient que l’installation de la nouvelle base provoquera de fortes critiques surtout dans les cercles afro-asiatiques et communistes.

Il est convenu que le gouvernement britannique s’occupe dans un premier temps de mettre dans la confidence ses plus proches alliés, en particulier les dirigeants des pays du «vieux Commonwealth» – on précise même le «Commonwealth blanc» – et de demander leur soutien au cas où la situation deviendrait difficile. Des pays tels que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada sont complètement informés de l’importance de l’opération. En revanche, d’autres membres du Commonwealth, comme l’Inde, le Pakistan, le Sri Lanka, la Malaisie, le Kenya, la Tanzanie ou la Zambie, sont traités avec soupçon. Les directives envoyées aux diplomates britanniques en poste dans ces derniers pays les invitent à banaliser le problème.

La correspondance de Londres adressée à ses diplomates – après un examen pointilleux du texte par Washington – contient une série d’arguments visant à défendre leur projet conjoint. On fait observer que du point de vue du Royaume-Uni et du Commonwealth, le projet de base est bienvenu parce qu’éventuellement, il permettra aux Britanniquesde remplir plus facilement leurs obligations envers leurs partenaires du Commonwealth et d’assurer «la défense du monde libre». Conscient de la méfiance de nombreux pays du Commonwealth à l’égard des motivations américaines, le Royaume-Uni met l’accent sur le fait qu’il conservera une «totale souveraineté» sur les îles où les installations militaires seront implantées. Les Américains eux-mêmes insistent pour que leur rôle soit minimisé autant que possible.

«Il est recommandé aux dilomates d'éviter à tout prix d'utiliser le mot base.»

Quant «aux quelques habitants locaux», on assure accorder une grande attention à la protection de leurs intérêts, en consultation étroite avec les gouvernements de Maurice et des Seychelles. Les Chagossiens sont présentés comme «…seulement quelques centaines de travailleurs engagés sous contrat et leurs familles».

La campagne diplomatique vise surtout à nier l’importance des installations militaires prévues. Il est recommandé aux diplomates d’éviter à tout prix d’utiliser le mot «base». À la demande des Américains, les diplomates évoquent surtout des «installations limitées» ou une «station de communications et des installations minimum de soutien». Ils sont invités à démentir toute information concernant l’éventuelle présence d’armes nucléaires à Diego Garcia en s’abritant derrière la règle qui veut que ni les Américains, ni les Britanniques ne confirment ni n’infirment jamais l’existence d’armement nucléaire nulle part.

Malgré ces précautions diplomatiques, le Royaume-Uni sait d’avance qu’un certain nombre de pays seront hostiles au projet. Il estime que l’Inde sera forcément critique, même si elle pense qu’en privé, certains Indiens pourraient considérer «ces installations limitées dans l’océan Indien comme une contribution à la stabilité de la région et éventuellement une garantie pour eux-mêmes». Le Pakistan pourrait aussi protester tout en appréciant «la contribution pratique des installations militaires nouvellement envisagées à la capacité des Britanniques de remplir leurs obligations au sein de l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est».



Le prétexte - Chapitre IV (2/3)

Mais un journal pakistanais proche du gouvernement, Dawn, met le feu aux poudres. Il publie le 23 mai 1965 un éditorial qui critique sévèrement le projet anglo-américain. Ce journal souligne que la future base vise à renforcer la présence militaire occidentale dans la région afro-asiatique et que sa création est motivée par la conviction qu’il existe dans cette région un vide qui sera rempli par la Chine s’il ne l’est pas d’abord par l’Occident.

L’éditorialiste fustige l’Inde qui, écrit-il, «encourage cette politique qui sert son propre chauvinisme de grande nation». Dawn fait remarquer que de telles bases seront «perpétuellement» à la disposition de leurs propriétaires puisque les îles choisies seront à l’abri de toute agitation anticoloniale ou autre soulèvement populaire. Elles accroîtront la capacité anglo-américaine d’intervenir en Asie et en Afrique en utilisant leurs bombes atomiques. Dawn estime en outre que la tentation d’intervenir dans des conflits locaux où les intérêts occidentaux sont en jeu sera plus grande, et ces interventions provoqueront inévitablement l’engagement des grandes puissances rivales, ce qui entraînera ainsi de nouveaux dangers pour la paix. «Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais dans l’idée que les États-Unis ou le Royaume-Uni pourraient s’autodésigner comme protecteurs de pays afroasiatiques et s’arroger le droit de décider de ce qui est bon pour tel ou tel pays», conclut l’éditorialiste.

Tandis que les Britanniques cherchent le soutien du Commonwealth, les Américains mènent campagne dans d’autres pays. Le shah d’Iran est mis dans le secret et son aide sollicitée pour combattre «toute critique anticolonialiste» aux Nations unies et ailleurs. Parallèlement, on décide de prévenir les pays de l’Alliance atlantique. À part l’Iran et Madagascar, les Américains proposent aussi que l’Arabie saoudite et l’Éthiopie soient mises au courant. Le Premier ministre éthiopien est ainsi informé alors qu’il fait de la natation dans le lac Langano…

«Analysant ces objections des indiens, les diplomates britanniques eux-mêmes expriment un certain malaise.»

La majorité de ces pays prennent note du projet sans réagir fortement. Il y a pourtant quelques exceptions : l’Inde se montre très préoccupée. Le 14 août 1965, le ministère des Affaires étrangères convoque le chef de la chancellerie britannique à New Delhi pour lui communiquer la position de son gouvernement. L’Inde souligne que l’article 73 de la charte des Nations unies et des résolutions sur le colonialisme indiquent clairement que les puissances coloniales ne doivent pas modifier les territoires de leurs colonies de manière unilatérale et arbitraire.

L’Inde se dit également hostile à la création de bases militaires étrangères. Elle a voté pour une résolution dans ce sens à la conférence de Bandung en 1955 et au Caire en 1964. Elle fait savoir qu’elle n’objectera pas à des arrangements librement conclus par des États souverains et qu’elle ne trouvera rien à redire si, après leur indépendance, Maurice et les Seychelles acceptent de transférer les îles en question. Ce n’est pas la première protestation indienne. Déjà, en septembre 1964, l’adjoint du haut-commissaire de l’Inde à Londres, Kewal Singh, avait demandé des explications au Commonwealth Relations Office.

Analysant ces objections des Indiens, les diplomates britanniques eux-mêmes expriment un certain malaise. Ils reconnaissent que si l’article 73 de la charte des Nations unies sur laquelle s’appuie l’objection de New Delhi ne fait pas spécifiquement référence à l’inviolabilité des frontières coloniales, «il ne sera pas difficile d’arguer qu’il soutient en fait l’interprétation des Indiens». Ils l’admettent en secret : «Bien que nous n’ayons pas voté en faveur de cette résolution et que nous n’avions pas accepté qu’une résolution de l’Assemblée générale ait la même force que la charte, il ne fait pas de doute qu’une majorité des membres des Nations unies considèrent la résolution 1514 (XV) comme faisant partie de la doctrine des Nations unies et ne vont pas hésiter à l’invoquer contre nous.» Il est décidé tout de même de ne pas se laisser influencer par l’attitude indienne,  d’autant plus que le chef par intérim de la mission diplomatique à New Delhi dit soupçonner les Indiens d’être en contact avec des ministres mauriciens ; il pense que leur objectif est «de se ménager de l’influence sur les affaires mauriciennes après l’indépendance».

L’Indonésie, la Tanzanie et la Thaïlande, notamment, expriment une forte opposition. Auprès de tous ceux qui sont réticents au projet, les Britanniques s’évertuent à souligner qu’il sera exécuté seulement «si les propositions sont acceptées par les gouvernements de Maurice et des Seychelles».

À Maurice, c’est le 3 juin 1965 que le quotidien l’express a rapporté qu’une base militaire anglo-américaine sera effectivement installée dans les dépendances du pays et celles des Seychelles. Il précise que le Royaume-Uni a débloqué des fonds pour l’achat des îles en question et le déplacement, avec dédommagement, de leurs habitants, au nombre de 2 000. Il est entendu qu’il faudra au préalable obtenir des gouvernements mauricien et seychellois «le transfert du contrôle administratif des territoires convoités au gouvernement de Londres».



Le prétexte- Chapitre IV (3/3)

Cette révélation incite le député Maurice Curé, l’un des fondateurs du Parti travailliste, dirigé par Seewoosagur Ramgoolam, à soulever la question à l’Assemblée législative mauricienne. Il invite le gouvernement à souligner auprès du Royaume- Uni «l’imprudence» d’un accord avec les Américains prévoyant l’acquisition éventuelle de dépendances mauriciennes avant les prochaines conférences constitutionnelles sur l’indépendance de Maurice. Ce n’est pas la première fois que la question est évoquée par les parlementaires mauriciens. Déjà, en novembre 1964, le député Bickramsingh Ramlallah avait fermement invité le chef du gouvernement, à s’exprimer sur la question alors que ce dernier prétendait toujours n’être au courant de rien. Même si plusieurs journaux font régulièrement état du projet.

L’information circulant de plus en plus et voyant leur stratégie de communication diplomatique mise à mal, les Britanniques cherchent alors à présenter formellement, et au plus vite, leurs propositions aux gouvernements de Maurice et des Seychelles. Ils cherchent à éviter plusieurs écueils. Le Comité des 24, une instance des Nations unies qui traite des questions de décolonisation, est en tournée en Afrique. Ce n’est pas le moment de lui fournir des munitions. De même, une conférence des pays non-alignés se déroule à Alger à la fin de juin.

À Londres, on décide finalement d’attendre. On juge également préférable de voir se conclure la prochaine conférence des Premiers ministres du Commonwealth, de peur que la question de la base ne fasse l’objet de contestations. Le Commonwealth Relations Office craint qu’à l’occasion de la conférence des Premiers ministres, les pays modérés (comme l’Inde) ne soient forcés de prendre ouvertement position contre le Royaume-Uni.

À Maurice, l’express croit savoir que la question de l’installation de la base à Diego Garcia sera immanquablement soulevée à la conférence. La presse britannique rapporte que le Premier ministre, Harold Wilson, a consulté ses principaux ministres à ce sujet.

Le Foreign Office, au risque de frustrer davantage les Américains, toujours aussi pressés, préfère donc attendre une meilleure occasion pour s’adresser aux gouvernements locaux. C’est Edward Peck, l’adjoint au sous-secrétaire d’État, qui explique la position de Londres : «de notre point de vue, beaucoup de choses dépendent de la réaction initiale des autorités de Maurice et des Seychelles à nos propositions et aux réactions des pays voisins ; il y aura interaction entre ces réactions et nous devrions être extrêmement prudents.» En attendant, le Colonial Office met au point les documents contenant les propositions définitives que les deux gouverneurs britanniques doivent communiquer aux dirigeants politiques respectifs. Il est maintenant prévu d’informer les ministres mauriciens et seychellois dans la seconde quinzaine de juillet.

«Les Britanniques étudient l’idée de séparer Agalega de Maurice pour l’intégrer aux Seychelles...»

Un débat s’est engagé au sein de l’administration sur la présentation de l’offre d’indemnisation à présenter aux deux gouvernements. Il est devenu nécessaire de modifier les textes déjà rédigés, les Américains ayant finalement accepté de contribuer financièrement aux coûts de l’opération. Ils ont répondu positivement à la requête des Britanniques et sont d’accord pour participer à hauteur de cinq millions de livres sterling (mais pas plus de la moitié du total). À une condition expresse : que le montant payé et le mode de paiement restent secrets.

Les préparatifs juridiques, administratifs et financiers terminés, le secrétaire d’État aux Colonies transmet le 21 juillet 1965 les instructions du gouvernement britannique aux gouverneurs de Maurice et des Seychelles. Le Conseil exécutif des Seychelles en  est informé le 22 juillet et le gouvernement de Maurice le 23.

Au plan juridique, il a été décidé que les Chagos seront «détachées» par un amendement à la Constitution de Maurice, le Mauritius Constitution Order in Council, 1964, qui mentionnera ses dépendances en les nommant spécifiquement.

Un nouveau territoire sera créé par un «Order in Council», un décret royal comparable au British Antarctic Territory Order in Council de 1962. Le gouverneur des Seychelles prendra un deuxième chapeau et deviendra Commissaire du nouveau territoire – qui comprend également les îles seychelloises d’Aldabra, Desroches, Farquhar – et administrera la nouvelle colonie.

Dans un premier temps, jusqu’à ce que ces îles soient effectivement utilisées pour des besoins militaires, il est prévu que les administrations mauricienne et seychelloise continueront à y assurer les services. On se propose d’en faire le moins possible, et en tout cas de ne pas développer les îles qui ne seront pas immédiatement utilisées, de les «négliger» en fait, pour ne pas avoir à payer des sommes plus importantes quand elles seront définitivement retranchées du territoire mauricien ou seychellois. Les habitants de Diego Garcia (et des autres îles, quand elles seront évacuées) seront réinstallés ailleurs dans l’archipel, plutôt qu’à Maurice ou aux Seychelles. L’objectif est aussi d’en envoyer le plus possible sur Agalega, une autre dépendance de Maurice.

À plus long terme, l’administration britannique étudie l’idée de séparer Agalega de Maurice pour l’intégrer aux Seychelles. Il faudrait pour cela convaincre le Seychellois Paul Moulinié, principal propriétaire de Chagos Agalega Ltd, de prendre la main-d’oeuvre déplacée de Diego Garcia.



Le prétexte - Chapitre IV (4/4)

DIVERSES propositions de négociation sont formulées pour dédommager les propriétaires de Chagos Agalega Ltd, qui exploite les cocoteraies. Les Britanniques discutent de plusieurs options susceptibles de limiter le montant du dédommagement. Ils envisagent des arrangements pour que la compagnie puisse continuer à travailler sur les îles qui ne seront pas immédiatement utilisées par les militaires.

Alors que tout se met en place pour la présentation des propositions britanniques à Maurice, le gouverneur informe Londres que des incidents violents ont éclaté, mettant en danger la sécurité intérieure de la colonie. La situation est si grave que sir John Shaw Rennie réclame la présence de soldats britanniques. Une compagnie du bataillon des Coldstream Guards, stationnés à Aden, est dépêchée à Port-Louis. Sur fond de divergences politiques concernant l’avenir constitutionnel du pays, des heurts ont éclaté, le 10 mai 1965, entre deux groupes ethniques, des hindous et des métis chrétiens, faisant deux morts.

Les militaires britanniques ont pour mission d’assurer à la fois la sécurité des Mauriciens et la protection de leurs installations, la station de radio de la Royal Navy, HMS Mauritius, située dans le centre de l’île. L’ordre est rétabli assez rapidement, mais le chef du gouvernement mauricien demande au Royaume-Uni de laisser ses soldats sur place jusqu’à la fin des discussions constitutionnelles.

Ce que Londres accepte, allant même, après quelques débats internes, jusqu’à en supporter les frais pour ne pas provoquer inutilement l’antagonisme des ministres mauriciens au moment où il s’apprête à solliciter leur bonne volonté pour le projet de défense anglo-américain. Le Foreign Office voit là une occasion de s’attirer la sympathie des autorités mauriciennes et peut-être même de faire diminuer leurs exigences en termes  de dédommagement…

Pour le Royaume-Uni, il ne reste plus maintenant qu’à passer à l’acte.

Chapitre V - La négociation

À l’issue d’intenses discussions sur la stratégie à adopter, le gouvernement britannique estime que le moment est venu de demander formellement l’accord des dirigeants politiques mauriciens sur le projet anglo-américain. L’occasion se présente au mois de septembre 1965. Les chefs des partis de la coalition gouvernementale au pouvoir sont à Londres pour une conférence sur l’avenir constitutionnel du pays. Deux groupes s’opposent : la majorité des partis, menée par Seewoosagur Ramgoolam, leader du Parti travailliste (PTr) est favorable à l’indépendance ; la forte opposition dirigée par l’avocat Jules Koenig, du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), défend l’idée d’une association de Maurice avec le Royaume-Uni.

Le 20 septembre 1965, le secrétaire d’État aux Colonies, Antony Greenwood, convoque la délégation mauricienne à une réunion qu’il préside. Elle est dirigée par le chef du gouvernement, fraîchement anobli par la reine d’Angleterre à l’occasion de son 65e anniversaire. Outre sir Seewoogur Ramgoolam et Jules Koenig, Abdul Razack Mohamed, chef du Comité d’action musulman (CAM), Sookdeo Bissoondoyal, de l’Independent Forward Bloc (IFB), et Maurice Paturau, «ministre indépendant», participent aux discussions.

«Il propose un loyer d’environ sept millions de livres par an pour les 20 premières années et environ deux millions de livres pour  la suite.»

D’entrée de jeu, Greenwood prend la précaution de préciser que les discussions sur la proposition britannique d’implantation de «facilités de défense» dans des dépendances de Maurice sont distinctes de la conférence constitutionnelle.

Le secrétaire d’État aux Colonies entre immédiatement dans le vif du sujet. Il commence par une mise en garde aux ministres mauriciens ; il les invite à tempérer leurs demandes de dédommagement en contrepartie du «détachement» des îles exigé par les États-Unis en prétendant que «les Américains ne considèrent pas les facilités proposées comme indispensables». Il laisse entendre que ces facilités pourraient aussi être installées dans les îles appartenant aux Seychelles.

Et pour tout dédommagement à Maurice, en contrepartie du «détachement» de Diego Garcia, le secrétaire d’État propose un million de livres sterling. Il considère que c’est une somme «très valable». Il précise qu’elle est différente de l’indemnité prévue pour les propriétaires de terrains à Diego Garcia et de celle qui sera payée pour la réinstallation des Chagossiens qui y vivent.

Sir Seewoosagur Ramgoolam dit tout net son refus et présente la position mauricienne : le gouvernement, n’est pas «intéressé» par la cession de ces îles. Il aurait préféré une location à bail de 99 ans. Il propose un loyer d’environ sept millions de livres par an pour les 20 premières années et environ deux millions de livres pour la suite. Mais le Premier n’élimine pas la possibilité d’une «cession» pure et simple. Auquel cas, dit-il, on pourrait facilement arriver à d’autres chiffres. Il juge «dérisoire» le dédommagement d’un million proposé ; dans ces conditions, sir Seewoosagur se dit prêt à donner Diego Garcia «gratis». L’autre possibilité, dit-il, serait que le Royaume-Uni accorde l’indépendance à Maurice et laisse le gouvernement mauricien négocier par la suite avec les Britanniques et les Américains.

(À suivre…)



La négociation Chapitre V (2/5)

Le leader du PMSD appuie la proposition de sir Seewoosagur et rappelle combien Maurice s’est montrée loyale envers l’Angleterre au cours des deux guerres mondiales. Il déclare qu’il aurait personnellement été favorable à ce que les îles en question soient cédées gratuitement. Mais Maurice connaît de graves problèmes économiques et demande un «geste généreux» du gouvernement britannique. Razack Mohamed tient le même raisonnement ; s’il ne s’agissait que du Royaume-Uni, le gouvernement mauricien aurait été prêt à «donner» Diego Garcia sans contrepartie. Mais puisque les États-Unis sont également impliqués, il réclame quelque chose de «substantiel».

À vrai dire, c’est surtout de la part des Américains que les ministres mauriciens attendent des dédommagements. Sir Seewoosagur fait remarquer que les États-Unis dépensent des sommes considérables pour entretenir leurs bases militaires. Il prévoit qu’à l’avenir, Diego Garcia sera d’une «grande importance stratégique». Il dit ne pas vouloir embarrasser les Britanniques, qui sont proches de Maurice, mais que son pays devrait obtenir des bénéfices «significatifs» s’il met Diego Garcia à la disposition des Américains.

Les demandes précises des dirigeants politiques mauriciens ont été officiellement communiquées aux Américains. Les ministres mauriciens présents à Londres se sont rendus à l’ambassade des États-Unis pour présenter leurs requêtes. Devant Greenwood, sir Seewoosagur les rappelle : un quota de 300 000 tonnes de sucre sur le marché américain, et l’achat de riz et de blé à des prix négociés. Le gouvernement mauricien avait également proposé l’exportation de thon congelé. Le Premier explique que le gouvernement mauricien préfère le long terme et des arrangements commerciaux à une compensation financière ponctuelle. Comme une option, le chef de la délégation mauricienne propose que les Américains calculent les bénéfices que Maurice aurait obtenus d’un quota de sucre et des autres arrangements commerciaux proposés et effectuent un paiement annuel équivalent.

«Les mauricien (…) consients que les étatsunis sont un pays très riche, ‘font quelque peu monter les enchères’.»

Mais les Américains ne veulent rien négocier avec les Mauriciens et ils l’ont fait savoir. Les négociateurs britanniques les approuvent, prétendant que les Américains ne sont pas directement concernés, les négociations devant se dérouler essentiellement entre les gouvernements britannique et mauricien.

Ce premier round se termine sans accord. Résumant les discussions, le secrétaire d’État déclare qu’il se doit «d’avertir les ministres mauriciens qu’il n’existe aucune possibilité d’obtenir quoi que ce soit de comparable à leurs demandes et que les Américains risquent d’aller chercher ailleurs les facilités dont ils ont besoin». Il évoque à nouveau les Seychelles.

Le Premier ministre britannique, Harold Wilson, est mis au courant le même jour des demandes des ministres mauriciens ; il est informé que les Mauriciens «ont ouvert leur bouche toute grande» sur les dédommagements en contrepartie du «détachement» de Diego Garcia. On lui suggère d’avoir très rapidement une conversation privée avec sir Seewoosagur et de prendre une «position dure» à son égard.

Une rencontre en tête-à-tête a lieu le 23 septembre 1965 au 10, Downing Street, à 10 heures. Le Premier ministre britannique s’enquiert d’abord de l’évolution des discussions constitutionnelles qui se déroulent depuis plusieurs jours dans la capitale britannique. Il dit nettement sa préférence pour l’indépendance plutôt que l’association avec le Royaume-Uni sur le modèle français, dont le PMSD a fait son cheval de bataille.

Harold Wilson soulève alors la question de Diego Garcia, précisant toutefois qu’elle n’est «aucunement liée à l’indépendance». Mais, souligne Wilson, cette question est très importante pour le Royaume-Uni, qui voudrait pouvoir jouer correctement son rôle, non seulement dans «la défense du Commonwealth, mais aussi assumer sa part de mission de paix sous l’égide des Nations unies». Sir Seewoosagur exprime alors son désir d’être utile sur ce point.

Le Premier ministre britannique présente ensuite sa thèse : les Mauriciens, sachant que les Américains sont intéressés par des installations de défense à Diego Garcia et conscients que les États-Unis sont un pays très riche, «font quelque peu monter les enchères». Il reprend la position du secrétaire d’État aux Colonies : Diego Garcia n’est pas si importante que cela ; si les demandes de dédommagement ne sont pas raisonnables, les Américains pourraient renoncer au projet. Il affirme que la question ne concerne que le Royaume-Uni et Maurice. À son tour, sir Seewoosagur reprend les arguments défendus auprès du secrétaire d’État.

Wilson abat alors ses cartes. Il déclare que c’est à la suite d’un «accident historique» que Diego Garcia est administrée par Maurice. Les liens entre les deux sont très faibles. Il fait dire à sir Seewoosagur que les habitants de Diego Garcia n’ont en fait jamais envoyé de représentants élus au Parlement mauricien. Il évoque ensuite les «possibilités» : «le Premier et ses collègues pourraient retourner à Maurice soit avec l’indépendance, soit sans elle. En ce qui concerne la défense, Diego Garcia pourrait être «détachée», («detached» est le mot utilisé)soit par un «Order in Council», soit avec l’accord du Premier et de ses collègues. La meilleure solution pour tous pourrait être l’indépendance et «le détachement» avec leur accord…» Sir Seewoosagur capitule, il choisit cette dernière possibilité : «la question de Diego Garcia est une affaire de détail ; il n’y a en principe aucune difficulté…», déclare-t-il immédiatement.

Il ajoute même que le désir de Maurice est de conserver ses liens avec le Royaume-Uni : «Maurice ne veut pas devenir une République mais, au contraire, elle souhaite préserver ses relations actuelles avec le Royaume-Uni.» Le Premier ignore ce que le secrétaire d’État aux Colonies a dit aux Américains : la création d’une base à Diego Garcia ne sera possible que si Maurice et les Seychelles donnent leur accord au «détachement» des îles.

Le chef du Parti travailliste estime qu’il est placé devant un choix : garder l’archipel des Chagos ou obtenir l’indépendance. Il ne considère pas que les Britanniques exercent un «chantage». Il le dit. Mais sir Seewoosagur semble ne pas savoir que selon ses propres experts, le Royaume-Uni ne peut soustraire «constitutionnellement» l’archipel des Chagos du territoire mauricien sans l’accord de Maurice.



La négociation- Chapitre V (3/5)

Après avoir reçu ce conseil juridique, Whitehall informe aussitôt les Américains : «il est maintenant clair que, dans les deux cas, les îles font légalement partie des colonies concernées. Des dédommagements généreux seront donc nécessaires pour obtenir l’agrément des deux gouvernements locaux (que nous considérons comme fondamental) pour le détachement constitutionnel des îles concernées.» Et que de plus, quoi qu’il en soit, le Royaume-Uni a déjà décidé de se «débarrasser» de Maurice au plus vite.

Quelques heures après la rencontre privée entre Harold Wilson et sir Seewoosagur Ramgoolam, de nouvelles négociations se tiennent à Lancaster House. Une forte délégation du Colonial Office y participe, conduite par le secrétaire d’État aux Colonies. Le gouverneur de Maurice, sir John Shaw Rennie, est présent. Sir Seewoosagur dirige la délégation mauricienne. Les mêmes ministres mauriciens sont là, sauf Jules Koenig, absent à la grande surprise de sir Seewoosagur. Les Britanniques soupçonnent le leader du PMSD de boycotter la réunion pour des raisons politiques «tactiques». Son absence évite à Koenig d’être impliqué dans tout accord.

La réunion commence par une pression : le secrétaire d’État aux Colonies déclare d’emblée qu’une décision définitive doit être prise à l’issue des discussions. Il est prévu qu’il communique les résultats de la négociation dans moins de deux heures à ses collègues du gouvernement britannique.

Le secrétaire d’État énonce alors les dernières propositions du gouvernement britannique. Le dédommagement proposé passe à trois millions de livres. Sir Seewoosagur réplique que cela est toujours insuffisant, compte tenu des besoins de développement du pays. Paturau intervient et déclare également que ce montant est bien trop faible et qu’il faudrait au moins quatre à cinq millions de livres pour le budget de développement.

Le leader du CAM est, lui, plus conciliant. Il déclare que son parti est prêt à accepter ce qui sera proposé, il veut seulement que Maurice obtienne la garantie qu’une aide en matière de défense sera disponible dans la région en cas de besoin. Le secrétaire d’État soutient que son gouvernement souhaite vivement l’accord de Maurice, mais il affirme que le gouvernement pourrait tout aussi bien récupérer Diego Garcia par un ordre en Conseil.

«SSR déclare que les propositions sont en principe ‘acceptables’ pour lui et ses collègues Bissoondoyal et Mohamed.»

Sir Seewoosagur se fait très accommodant. Il rassure le secrétaire d’État : le gouvernement mauricien, dit-il, est disposé à aider et «à assumer sa part de la défense du monde libre». Il revient néanmoins sur sa proposition de location à bail. C’est «inacceptable», rétorque le secrétaire d’État. C’est alors que le leader de l’IFB, Sookdeo Bissoondoyal, demande si les îles en question reviendraient à Maurice au cas où elles ne seraient plus utiles à la défense occidentale.

À la fin des discussions, qui sont très animées, le secrétaire d’État résume les débats : Ramgoolam, Bissoondoyal et Mohamed sont disposés à accepter la cession de l’archipel des Chagos, étant entendu que le secrétaire d’État recommandera à ses collègues une série de préalables en huit points :

1. Des négociations sur un accord de défense entre le Royaume-Uni et Maurice.

2. En cas d’accession à l’indépendance, un accord entre les deux gouvernements prévoyant des consultations si Maurice connaît de graves problèmes de sécurité intérieure.

3. Un dédommagement total de trois millions de livres devra être versé au gouvernement mauricien outre les dédommagements directs aux propriétaires de terrains et le coût de réinstallation des habitants de l’archipel.

4. Le gouvernement britannique jouera le rôle d’intermédiaire entre Maurice et le gouvernement américain pour soutenir les demandes d’importation de sucre et de fourniture de blé ainsi que d’autres produits.

5. Le gouvernement britannique fera de son mieux pour persuader le gouvernement américain d’utiliser de la main-d’oeuvre mauricienne et d’importer des matériaux de construction de Maurice.

6. Le gouvernement britannique cherchera à obtenir du gouvernement américain que les diverses facilités existant à Diego Garcia restent autant que possible accessibles au gouvernement mauricien– notamment les aides à la navigation, la météorologie, les droits de pêche, et en cas d’urgence, l’utilisation des pistes d’atterrissage par des avions civils.

7. La restitution des îles à Maurice si leurs installations n’étaient plus nécessaires.

8. Les bénéfices de toute découverte de pétrole ou de minerais dans la région de l’archipel des Chagos reviendraient au gouvernement mauricien.

À la fin de cette réunion décisive, sir Seewoosagur Ramgoolam déclare que les propositions sont en principe «acceptables» pour lui et ses collègues Bissoondoyal et Mohamed. Mais il exprime le souhait de discuter de l’accord avec ses autres collègues.



La négociation Chapitre V (4/5)

AUSSITÔT le procès-verbal de la réunion approuvé par sir Seewoosagur, Londres demande au gouverneur de Maurice d’obtenir du gouvernement mauricien la confirmation formelle de son accord sur la cession de Diego Garcia. Le Colonial Office est confiant d’obtenir le feu vert du gouvernement mauricien. Il estime que sir Seewoosagur est tout à fait conscient qu’aucune des requêtes formulées aux Américains n’a la moindre chance d’aboutir, mais qu’il donnera malgré tout son accord.

Avant même la fin des négociations, les États-Unis sont tenus au courant de l’évolution des discussions lors d’une réunion à Londres. Jeffrey Coleman Kitchen, l’adjoint au sous-secrétaire d’État américain pour les Affaires politico-militaires, est informé que la majorité des ministres mauriciens a donné son accord et que «le Premier Ramgoolam s’est associé au projet anglo-américain, même si en public, on parlera uniquement du rôle du gouvernement britannique en matière de défense et de soutien de la sécurité intérieure de Maurice». Le représentant du Commonwealth Relations Office, Anthony John Fairclough, déclare qu’en vertu de cet accord, «le Royaume-Uni conservera la souveraineté sur les Chagos et donnera l’indépendance à Maurice».

En attendant la réponse officielle du conseil des ministres mauriciens, le Royaume-Uni, qui craint les retombées politiques du démembrement du territoire mauricien, déploie une intense activité diplomatique. Il s’inquiète de la prochaine conférence de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), de la réunion du Fourth Committee des Nations unies, et de la tenue d’une conférence contre les bases militaires étrangères organisée par l’Indonésie, fer de lance du mouvement des non-alignés.

Le Foreign Office et le Commonwealth Relations Office, expédient une note commune à certaines de leurs missions diplomatiques. Ils défendent la position du Royaume-Uni en faisant ressortir que les gouvernements des Seychelles et de Maurice ont donné un accord de principe à leurs propositions, en particulier les Mauriciens «parce qu’ils prévoient que les installations envisagées contribueront à leur propre sécurité».

Les Britanniques s’appuient là sur les déclarations des ministres mauriciens, se disant tous désireux, à l’instar de sir Seewoosagur, de participer à «la défense du monde libre». Cette même note invite les diplomates britanniques à ne pas utiliser le mot «détachement», detachment dans le texte. Un accord en ce sens avait été conclu avec les Américains : «…nous devrions éviter d’utiliser le terme détachement, et dire plutôt que certaines îles resteraient sous la souveraineté ou l’administration britannique, ce que le gouvernement local a accepté.»

Le 5 novembre 1965, le gouverneur de Maurice, sir John Shaw Rennie, informe le secrétaire d’État aux Colonies que «le conseil des ministres a confirmé aujourd’hui son accord sur la cession (detachment) de l’archipel des Chagos aux conditions prévues».

«En contrepartie le gouvernement britannique verse immédiatement à maurice les  3 millions de livres sterling promis.»

Les ministres demandent cependant la confirmation que le Royaume-Uni a bien accepté le principe d’un possible retour de ces îles à Maurice au cas où elles ne seraient plus utiles en matière de défense et que tout bénéfice éventuellement obtenu de la découverte de pétrole ou de minerais dans les eaux de l’archipel reviendrait à Maurice. Dans le procès-verbal des négociations, les Britanniques disent seulement qu’ils ont «bien pris note» de ces deux points.

Le secrétariat d’État aux Colonies répond immédiatement, mais reste évasif. Il considère que la question de bénéfices provenant de toute exploitation de minerais ou de pétrole ne se pose pas puisque le Royaume-Uni exercera sa souveraineté sur l’archipel et qu’il n’a aucune intention d’autoriser des prospections dans la région. Il n’évoque pas la possibilité d’une restitution de ces îles à Maurice.

Par la suite, le secrétaire d’État aux Colonies précise qu’«il doit être clair qu’une décision quant à la nécessité de conserver les îles doit appartenir totalement au gouvernement britannique et qu’il ne sera pas possible pour le gouvernement mauricien de soulever la question de sa propre initiative, ni de faire pression pour un retour des îles».

Le procès-verbal de la réunion du conseil des ministres mauricien note que «le conseil a décidé que le secrétaire d’État serait informé de leur accord pour que le gouvernement britannique prenne les mesures juridiques nécessaires afin de détacher (detach) l’archipel des Chagos.»

Maintenant que l’accord du conseil des ministres mauricien a été obtenu, le conseil exécutif des Seychelles ayant également donné son aval, le Conseil privé de la reine se réunit le 8 novembre 1965. Un «Order in Council», un décret royal, intitulé British Indian Ocean Territory Order, 1965, crée un nouveau territoire qui comprend l’archipel des Chagos, Aldabra, Farquhar et Desroches. Par ce recours à un décret royal, le gouvernement britannique évite tout débat à la Chambre des communes.

La nouvelle colonie britannique, le BIOT, est née.

À Londres, le 10 novembre, le secrétaire d’État aux Colonies fait une déclaration à la Chambre des communes en réponse à une question parlementaire. Il commence par souligner que la nouvelle colonie est créée «avec l’accord des gouvernements de Maurice et des Seychelles». Il précise que «de nouveaux arrangements pour l’administration de certaines îles de l’océan Indien ont été introduits par le décret royal du 8 novembre. Les îles concernées sont l’archipel des Chagos, situé à quelque 1 200 miles au nord-est de Maurice et Aldabra, Farquhar ainsi que Desroches dans la partie occidentale de l’océan Indien. Leurs populations respectives sont d’environ 1 000, 100, 172 et 112 personnes. Ces îles constituent désormais le Territoire britannique de l’océan Indien… »

En contrepartie le gouvernement britannique verse immédiatement à Maurice les 3 millions de livres sterling promis. La somme est encaissée par l’Accountant General au poste «vente des îles des Chagos».

Dans leurs documents officiels, les Britanniques justifient le paiement de la compensation à Maurice «pour la perte de souveraineté».

L’avoué britannique Richard Gifford qui prendra avec passion la défense des Chagossiens sera extrêmement sévère à l’égard et des Seychelles et de Maurice : «ceux-là étaient les deux seuls pays qui connaissent l’existence de la population et ils auraient pu objecter. Leur complicité a été facilement achetée.»



Les réfugiés Chapitre XI (début)

Les Chagossiens, maintenant repoussés dans les faubourgs miséreux de Port-Louis, essaient péniblement de refaire leur vie. Depuis leur déportation, en 1971, ils se sont établis pour la plupart dans des régions défavorisées proches de la capitale comme Cassis, RocheBois, Pointe-aux-Sables et Baiedu-Tombeau. Ils vivent dans des bicoques de tôle rouillée alignées le long de ruelles étroites et défoncées. L’île Maurice est alors un pays pauvre et surpeuplé où le chômage ne cesse de croître.

Les Chagossiens viennent gonfler les rangs des sans-emploi. Ils ont beaucoup de mal à se loger et vivent parfois à neuf dans une chambre. Leurs conditions de vie sont effroyables ; ils parviennent difficilement à se nourrir et souvent, plusieurs familles doivent partager dans une même cour l’eau d’un unique robinet, un seul cabinet de toilettes et une douche.

La crise du logement s’est aggravée dans tout le pays depuis le passage d’un violent cyclone en 1960, et dans les villes, elle prend des proportions dramatiques. Les Chagossiens vivent si mal qu’un grand nombre d’entre eux tombent malade et meurent en peu de temps. Un recensement effectué un an après leur arrivée fait état de  44 décès «pour cause de chagrin, de pauvreté et d’absence de soins médicaux». Un groupe qui les soutient cherche à les organiser et à défendre leur cause, l’Organisation fraternelle (OF), note un nombre élevé de maladies mentales et de suicides.

«Au moins un [Chagossien à Maurice] sur 40 est mort de faim et de maladie», constate en 1975 une enquête menée par le Minority Rights Group de Londres.

Les principales raisons de ces décès sont l’extrême pauvreté, le chômage, la dispersion familiale et les difficultés d’adaptation. L’étude souligne que la première cause de leurs souffrances est l’absence de véritable plan pour les accueillir à Maurice. Aucun programme de réinsertion n’a été élaboré. Les Chagossiens ont d’autant plus de difficultés à s’adapter que la ville de Port-Louis est le théâtre de fortes tensions ethniques provoquées par une guerre entre gangs de Mauriciens musulmans et d’Afro-Mauriciens. Les explosions de violences se produisent souvent dans les faubourgs où ils se sont regroupés.

Pour survivre, beaucoup de Chagossiens dépendent de l’assistance publique, du soutien et de la charité de parents ou d’amis. Quelques-uns d’entre eux travaillent épisodiquement pour de maigres salaires comme dockers, débardeurs, domestiques ou aide chauffeur de camion. L’absence de toute structure d’accueil et l’indifférence du gouvernement comme de la population mauricienne rendent presque impossible leur insertion. Leur savoir-faire acquis dans l’industrie huilière des îles n’est d’aucune utilité à Maurice. En outre, ils subissent les discriminations et les préjugés dont souffrent les Afro-Mauriciens, appelés créoles, auxquels ils sont assimilés. On les classe dans la catégorie des ti-kreol (petits créoles), qui n’ont accès qu’aux postes du bas de l’échelle, les plus mal payés.

«…Et ajoutent qu’à cause du chagrin, de la pauvreté, des privations et du manque de soins médicaux, ‘au moins 40 personnes sont mortes’ en exil.»

Les ti-kreol sont les Mauriciens les plus stigmatisés, considérés par les autres comme «paresseux, arriérés et stupides». Avec les Rodriguais, les Chagossiens constituent la couche inférieure de la catégorie des ti-kreol, le bas du bas.

Mais le malheur des Chagossiens finit par attirer l’attention de la presse étrangère et mauricienne. En septembre 1975, le Washington Post publie un article retentissant écrit à Port-Louis par le journaliste David B. Ottaway, qui révèle au public américain comment les Chagossiens ont été déportés pour permettre la construction de la base de Diego Garcia. Il explique que ces déportés vivent maintenant à Maurice dans une «pauvreté absolue». Quelques jours plus tard, le Sunday Times londonien étale sur trois pages le destin de «ces îlois que la Grande-Bretagne a vendus». À Maurice, plusieurs journaux publient des reportages sur leur profonde misère.

En début d’année, les réfugiés eux-mêmes ont commencé à se mobiliser avec le soutien du petit groupe animé par l’Organisation fraternelle et le principal parti d’opposition, le Mouvement militant mauricien (MMM). Ils rédigent une pétition qui est présentée au haut-commissaire britannique à Maurice, avec copie au Premier ministre mauricien et aux dirigeants politiques de l’opposition. Cette pétition dit leur colère d’avoir été arrachés à leurs îles parce que le gouvernement mauricien les a «vendues» au gouvernement britannique pour construire une base.

Ils rappellent que leurs ancêtres étaient des esclaves qui y ont vécu et qu’ils en sont les héritiers. Ils soulignent la misère de la plupart d’entre eux et ajoutent qu’à cause du chagrin, de la pauvreté, des privations et du manque de soins médicaux, «au moins 40 personnes sont mortes» en exil. Aux Chagos, «même si nous étions pauvres, nous ne mourrions pas de faim. Nous vivions en liberté», affirment-ils. Ils demandent au gouvernement britannique de faire pression sur le gouvernement mauricien pour qu’ils puissent obtenir un terrain, une maison pour chaque famille et des emplois.

Pratiquement au même moment, à Londres, se déroule une conférence entre des hommes de loi contactés par l’avocat-politicien mauricien Gaëtan Duval, leader du Parti mauricien social-démocrate (PMSD). Louis Bloom-Cooper, une connaissance de Duval, discute avec Bernard Sheridan, un notaire londonien, d’une plainte que se propose de déposer un déporté de Diego Garcia, Michel Vencatassin. C’est en fait Christian Ramdass, l’animateur d’un comité informel de Chagossiens réfugiés à Maurice, qui a sollicité Duval afin d’intenter une action en dommages et intérêts pour le compte des Chagossiens. À Maurice, le Britannique Donal Chesworth, un conseiller du gouvernement, a suggéré de confier l’affaire au cabinet Sheridan.

Considérant que le dossier est solide, les hommes de loi déposent une plainte le 17 février 1975 devant la haute cour de Londres. Vencatassin poursuit l’Attorney General au nom des secrétaires d’État aux Affaires étrangères et à la Défense. Il réclame un dédommagement pour intimidation, privation de liberté et violence liées à sa déportation de Diego Garcia et son déplacement à Maurice. Le plaignant fait valoir ses droits en tant que citoyen du Royaume-Uni et affirme que les autorités ont enfreint la loi non seulement en le déportant de Diego Garcia, mais aussi en lui interdisant de retourner dans les îles.

En juin 1975, Sheridan demande une aide juridictionnelle au gouvernement britannique et l’obtient. Ce qui permet à son cabinet de se faire une opinion documentée ; l’avocat Gerard Levy, qui étudie le dossier, estime que «les chances de succès… sont suffisamment grandes pour justifier la continuation des procédures, en particulier à cause de l’importance de cette action pour M. Vencatassin et d’autres personnes qui sont dans la même situation». Il est convaincu qu’il est possible d’arguer que l’Immigration Ordinance du BIOT constitue un abus de pouvoir. Toute la question sera de savoir si la Couronne peut se prévaloir de ses droits de propriété sur ses terres pour en déporter les habitants.



Les réfugiés Chapitre XI (suite)

Le gouvernement britannique présente sa défense le 19 août 1975. Il affirme avoir acquis les îles en 1967 et en avoir confié la gestion à Moulinié & Co. Il prétend que les îles ont cessé d’être exploitées et que les travailleurs ont été transférés, selon leurs vœux, soit dans les autres îles des Chagos, soit à Maurice. Il affirme que Vencatessen a opté pour Maurice.

Alors que l’affaire est devant les tribunaux, le chef du gouvernement mauricien se rendre à Londres en septembre 1975. Sir Seewoosagur évoque la question avec David Ennals, secrétaire d’Etat au Foreign and Commonwealth Office. Il demande l’expertise britannique pour aider son gouvernement à mettre en place un programme de réinsertion des Chagossiens déportés. Les Britanniques répondrent favorablement et rapidement à cette demande, soulignant que les autorités mauriciennes ont « traîné les pieds » sur ce point, au grand embarras des gouvernements britannique et américain.

A Londres même, une association, The Society for Diego Garcians in Exile, soutenue par l’église méthodiste, mène campagne en faveur des Chagossiens et fait pression sur le Foreign Office pour qu’il reconnaisse l’extrême gravité de leur situation.

En fait, l’indemnité de 650 000 livres sterling promise aux Chagossiens déportés a été versée en 1972. L’argent était censé servir à construire des logements et créer des coopératives d’élevage de porcs sur des terrains donnés par le gouvernement mauricien. Le gouvernement a accepté l’argent pour « solde de tout compte » concernant l’opération de déportation, mais cinq ans plus tard, il n’a toujours rien fait en faveur des réfugiés. Le ministère britannique du Développement outre-mer décide de déléguer à Maurice son conseiller en matière de développement social, Russel Prosser ainsi que John Goldsack, expert en agriculture. Cette offre est confirmée par sir Seewoosagur qui revient à Londres le 4 décembre 1975.

Entre-temps, les avocats de Vencatessen intensifient leur pression. Ils modifient leur plainte en 1976 pour accuser le gouvernement britannique d’avoir en réalité forcé les Chagossiens à partir et d’être responsable de leur déportation, de l’interdiction de leur retour, de la privation de leur droit de vivre à Diego Garcia ou dans le BIOT, de leur perte d’emploi et du déni de leurs droits de citoyens britanniques.

Mal à l’aise à cause de ce procès, le gouvernement britannique accélère la missino de Prosser dans le but de trouver une solution aux problèmes immédiats des Chagossiens. Le conseiller débarque à Maurice le 25 janvier 1976 et y passe une semaine. Il a quand même le temps de constater que les principales difficultés des refugiés sont le logement et le manque de formation. Il recommande la construction delogements très sociaux pou les 426 familles récensées, arrivées des Chagos depuis 1965, et la distribution du reste de l’argent à chacune d’elles. Il propose également la création d’un Comité d’implantation disposant des services d’un haut fonctionnaire pour superviser à plein temps les affaires chagossiens.

Peu après, en novembre 1976, à Londres, Sheridan demande que l’affaire soit prise raipdement car elle ne concerne pas seulement Vencatessen « mais aussi les droits de quelque 400 familles à Maurice ». Lorsque la date du procès est fixée, Sheridan prend l’initiative de contacter l’avoué du ministère des Finances « pour voir s’il était d’une quelconque utilité pour les deux parties de se parler ». L’affaire a pris une telle dimension que Sheridan rencontre à plusieurs reprises le Premier ministre mauricien en juillet 1977 à Londres. Le mois suivant, il écrit à Duval pour l’informer que le procès pasera bientôt mais qu’il existe une possibilité d’accord qui pourrait être dans l’intérêt des clients et de trois gouvernements concernés, le Royaume-Uni, Maurice et les Seychelles.

Afin d’étudier la question plus en profondeur, Sheridan revient discrètement à Maurice en septembre 1977. Il est invité à présenter ses propositions au Comité d’implantation, alors présidé par Dayendranath Burrenchobay, le Secretary to Cabinet mauricien.

Quand l’avoué retourne à Londres, de vifs débats s’engagent en justice au sujet des documents demandés par le plaignant, les défendeurs ayant exigé le classement secret défense d’environ 600 dossiers. Ceux qui sont roduits ont été préalablement réécrits et censurés. Le plaignant persiste et obtient en décembre 1977 que le Master examine les documents afin de déterminer s’ils sont effectivement couverts par le secret défense.

C’est en définitive pour éviter le risque de divulgation de ces documents confidentiels que l’avoué du gouvernement propose un arrangement peu avant la date de l’audience. D’un commun accord, les parties acceptent dans l’immédiat un ajournement de l’affaire.

Dans l’attente d’une nouvelle offre de dédommagement, découlant cette fois de la plainte de Vencatessen, les Chagossiens rejettent la proposition de Prosser de construire des logements avec l’argent versé au gouvernement mauricien. Ils exigent une indemnisation en espèces. Ce qui pousse le Premier ministre mauricien à déclarer en décembre 1977 : « le gouvernement a finalement abandonné l’espoir de convaincre les familles originaires de Diego Garcia qu’elles ont intérêt à ce qu’on leur construise des maisons plutôt que de recevoir seulement une indemnité en espèces. Des dispositions sont donc actuellement prises pour distribuer l’argent et les intérêts perçus aux familles.

Mais curieusement cette décision a été prise alors que plus de 60 % des familles interrogées avaient opté pour un logement.

En prévision de la distribution de l’argent, le Comité d’implantation décide de recenser à nouveau tous les Chagossiens installés à Maurice. Le ministère de la Securité sociale supervise ce recensement. Cette fois, on a dénombré 557 familles, dont 1 068 adultes. L’argent est finalement distribué en mars 1978, chaque Chagossien adulte recevant 7 590 roupies (environ 650 livres sterling) !

La famille de Raphaël Louis reçoit 19 800 roupies et il se met tout de suite à chercher un terrain. « Il trouve le coin idéal à Cassis : 76 toises (près de 290 mètres carrés) où construire la maison de ses rêves. Hélas, même dans les faubourgs, le prix du terrain a augmenté et on lui réclame 27 000 roupies. » D’autres Chagossiens, incapables de produire les documents demandés, ne reçoivent rien.

En juillet 1978, huit familles de Chagossiens qui vivent sous une tente décident, en signe de protestation, de s’installer au jardi de la Compagnie, en plein cœur de Port-Louis, face au haut-commissariat britannique. Ils sont finalement reçus par le Premier ministre, qui leur explique que le gouvernement ne peut rien pour eux dans l’immédia, la priorité en matière de logement étant accordée aux sinistrés mauriciens victimes d’un récent cyclone. Ils sont chassés par la police qui détruit leurs abris de fortune. Des Chagossiens surtout tiennent tête aux policiers pendant plusieurs jours.

En septembre, sept d’entre elles entament une grève de la famil, mais le ministre du Logement déclare que « tout traitement de faveur, accordé aux îlois grévistes de la faim constituerait tout simplement une injustice à l’égard des sinistrés (du cyclone) Gervaise ». Cette grève de la faim dure 21 jours et trois grévistes extrêmement affaiblies sont hospitalisées. 

Devant les problèmes persistants des Chagossiens, leur difficulté à se longer, à trouver du travail, et la faiblesse de la somme qu’ils ont reçue, la question d’une indemnisation supplémentaire est évoquée au Comtié d’implantation, même si on estime qu’il n’y a pratiquement aucune chance de faire aboutir cette demande auprès des Britanniques. Le comité ne sait pas encore qu’à la suite de la plainte de Vencatessen, le conseiller juridique du ministère des Finances a déjà écrit le 23 février 1978 au cabinet de Sheridan pour offrir 500 000 livres sterling aux familles des Chagossiens qui ont quitté le BIOT après sa création, en 1965. Il précise que cette offre est faite dans le même état d’esprit que celle de 650 000 livres versées au gouvernement mauricien pour leur réinstallation à Maurice. Mais elle est assortie d’une condition communiquée à l’homme de loi : « le gouvernement du Royaume-Uni ne sera toutefois pas disposé à payer cette somme en risquant d’être à nouveau poursuivi comme par votre client. Préalablement à tout paiement, la Couronne doit être assurée de rester à l’abri de toute possibilité d’actions futures contre le gouvernement du Royaume-Uni ou le BIOT. Si la plainte de Vencatessen est maintenue, cette offre sera retirée. » Le gouvernement mauricien en est informé.

Mais il n’y pas que Vencatessen ; le gouvernement britannique veut s’assurer que l’ensemble de la communauté chagossienne accepte la proposition. Il est décidé que Sheridan viendra à Maurice aux frais du gouvernement pour sonder les Chagossiens. Il se déplace avec un collègue en juin 1978 et ils rencontrent les représentants des Chagossiens.

Le 27 septembre 1978, le cabinet Sheridan répond formellement à l’offre. Sa lettre rappelle que le Royaume-Uni est légalement et moralement responsable du sort des Chagossiens, du peu de considération donnée aux conditions de leur réinstallation et de l’insuffisance de l’indemnité déjà payée par rapport à leurs besoins. Elle souligne aussi que les Chagossiens insistent pour que les négociations impliquent tous ceux qui sont à Maurice, et pas seulement ceux qui sont arrivés depuis leur déportation par le gouvernement britannique. Une réunion a lieu le 9 janvier 1979 à Londres pour débattre de la question, il est convenu qu’ « un arrangement serait dans l’intérêt de tous » ; le gouvernement améliore son offre : la somme de cinq cent mille livres est portée à un million deux cent cinquante mille livres aux mêmes conditions, mais elle n’est destinée qu’à ceux qu ont dû quitter le BIOT depuis sa création. Il est prévu que Sheridan obtienne l’accord de la communauté chagossienne et les quittances exigées par le gouvernement britannique.

En prévision du paiement de ce nouveau dédommagement, une liste des Chagossiens déportés est remise à jour avec l’aide de Fançoise Botte, une assistance sociale. Des discussions minutieuses se déroulent pour préciser la manière de bien identifier les bénéficiaires et le type de quittance qu’il conviendrait d’obtenir d’eux. C’est l’avocat Bloom-Cooper qui rédige la formule que les Chagossiens doivent signer. Au moins d’octobre 1979, il donne son avis :  « compte tenu des difficultés, tant sur le plan des procédures que sur le fond, qui existent dans cette affaire et de la durée probable du procès, je suis persuadé que l’offre d’un million deux cent cinquante mille livres devrait être acceptée pour solde de tout compte par les « îlois » déplacés de leur terre natale à Diego Garcia par les autorités britanniques et américaines.

Au cours du même mois, Sheridan, porteur de la proposition britannique, débarque de Londres accompagné de son épouse. Il annonce aux Chagossiens que le gouvernement du Royaume-Uni serait maintenant disposé à payer une indemnité supplémentaire à condition qu’ils renoncent tous à réclamer de nouvelles indemnisations et un quelconque droit de retour dans les îles.

L’avocat de Vencatessen, qui dit aussi agir par ailleurs au nom d’un groupe de Chagossiens (représentés par Duval) est reçu officiellement par le gouvernement mauricien. Il rencontre à plusieurs reprises des groupes de Chagossiens informés de sa présence par Ramdass et Botte. Il explique que tous que l’indemnité supplémentaire d’un million deux cent cinquant mille livres pourrait être payée « pour solde de tout compte », à condition que les Chagossiens l’acceptent du fait que la crélation de BIOT, de la fermeture des plantations qui existaient dans les îles, de la résiliation de leur contrat, de leur déplacement à Maurice, et de l’interdiction qui leur est faite de retourner dans les îles coknstituant le BIOT. Il leur propose de signer un acte d’acceptation et de procuration qui fait de lui leur unique représentant auprès du gouvernement britannique pour négocier un accord définitif. Le document proposé à leur signature stipule clairement qu’ils renoncent à toute autre demande, et le cas échant, à tout droit de quelque nature que ce soit à retourner au BIOT…

Un grand nombre de Chagossiens, illettrés, mal informés, pressés par des besoins d’argent, signent ce formulaire, où plus précisément y mette l’empreinte de leur pouce. Ils signent parce qu’ils sont dans la plus grande misère et ont terriblement besoin d’argent. Ils ne se rendent pas compte que la quittance qu’ils signent est une renonciation à leur droit de retour dans les îles.

Mis au courant de la mission de Sheridan, des dirigeants de l’opposition MMM et un certain nombre de Chagossiens objectent avec indignation. En particulier l’avocat Kader Bhayat, qui s’interpose et appelle fermement les Chagossiens à décliner l’offre. Il menace d’alerter l’opinion publique au sujet de la procédure adoptée par l’homme de loi britannique pour les amaner à signer un document qui pourrait hypothéquer leurs chances de retourner un jour sur leur terre natrale ainsi que celles du peuple mauricien d’obtenir la rétrocession de l’archipel qui, affirme-t-il, fait partie intégrante du patrimoine national mauricien. Bhayat fait remarquer que Sheridan abuse de la situation, que les Chagossiens ne comprennent rien au document qui leur est présenté et qu’ils ne parlent pas un mot d’anglais. Sheridan est forcé de battre en retraite ; il abandonne sa mission et quitte pricipitamment le pays. La tension est forte, il crait même pour la sécurité de sa femme qui a participé à la collecte des signatures des Chagossiens. Il a quand même recueilli 1 200 signatures en quelques jours. Mais Rita Bancoult, l’une de celles qui a signé, déclare par la suite :  « s’ils m’avaient dit que j’étais en train de signer pour abandonner mon île, je n’aurais jamais pris l’argent et j’aurais continué à vigre difficilement. »

Cet épisode fait l’objet de vives critiques de la part du London Minority Rights Group : « il est difficile d’imaginer qu’en 1979, un pays comme la Grande-Bretagne aurait eu recours à un procédé aussi indigne qui, sous son habillage juridique, équivaut à corrompre une personne pour qu’elle renonce à son droit de retour dans son pays natal. » La proposition de « dédommagement conditionnel » est décrite comme « l’une des trop nombreuses tactiques utilisées par le gouvernement britannique dans sa tentative d’effacer l’expérience chagossienne de l’histoire.

De retour à Londres, Sheridan reçoit aussitôt un télex d’un certain nombre de Chagossiens qui lui annoncent qu’ils révoquent leur acceptation des conditions britanniques. Le 25 novembre 1979, il reçoit une lettre conjointe de trois « comités d’îlois » ; Charlésia Alexis et Marie Lisette Talate, deux Chagossiennes, ainsi qu’Elie Michel, de l’Organisation fraternelle, représentent un premier comité récemment élu ; le deuxième comité est celui de Ramdass auquel se sont joints des membres du Comité d’implantation, Raphael Piron, Rosamund Saminaden et Mme Vythilingum ; le troisième est animé par Kishore Mundil, du Ilois Support Committee (ISC). Ils expliquent que les Chagossiens qui ont accepté les propositions britanniques n’étaient pas vraiment conscients de ce à quoi ils s’engageaient. Mais il ajoutent :  « nous déclarons catégoriquement que nous acceptons le dédommagement de vingt millions de roupies (qui correspond à 1,25 mllion de livres). » Toutefois, ils redisent qu’ils ne veulent pas abandonner leur droit de retour aux Chagos, même s’ils comprennent les problèmes pratiques d’un retour à Diego Garcia. En revanche, ils ne voient pas pourquoi ils ne pourraient pas être autorisés à retourner à Peros Banhos et Salomon.

Sheridan répond à cette lettre le 31 décembre 1979. Pour se défendre, il affirme qu’il n’a pas cherché à forcer la main aux Chagossiens pour qu’ils acceptent l’offre du gouvernement britannique, mais qu’il leur a seulement donné son avis. Selon lui, il n’est pas sûr qu’ils ont effectivement un droit de retour dans l’archipel et de toute façon, personne ne peut obliger le gouvernement britannique à envoyer des navires pour approvisionner les îles. De plus, le dédommagement pourrait être réservé à ceux qui sont nés dans les îles et qui ont été forcés à partir. « Les chances de succès (…) sont probablement faibles et même si l’affaire est gagnée, elle s’appliquera probablement à un petit groupe d’îlois. Les autres ne recevront rien », écrit-il avant de mettre les Chagossiens en demure de choisir.

Et le 2 mars 1980, les représentants des Chagossiens, regroupés dans une organisation commune qui a pris le nom de Joint Ilois Community (JIC), adresse à Sheridan une pétition signée par environ 800 personnes où on lit : « nous, membres de la communauté îloise, déclarons solennellement que nous sommes prêts à renoncer à nos droits de regour à Diego Garcia et acceptons une offre de dédommagement pour solde de tout compte à condition qu’elle soit payée de la manière suivante… » Ils veulent une indemnité suffisante pour acheter un terrain, construire une maison et créer une petite entreprise. Mais ils ajoutent : « nous n’abandonnons pas nos droits d’être rapatriés à moins que nos conditions ne soit acceptées et exécutées. »

Fort de la décision des Chagossiens, Sheridan écrit le 22 avril 180 au conseiller juridique du ministère britannique des Finances. Il lui demande si son gouvernement serait disposé à financer le déplacement d’une délégation de Chagossiens prêts à négocier un accord définitif. Londres donnt son feu vert, à condition qu’ils confirment leur renonciation au droit de retour, à toute nouvelle réclamation, et que l’on soit précis sur la liste des éventuels bénéficiaires.

Mais la pétition provoque des vifs désaccords au sein du JIC, Elie Michel de l’Organisation fraternelle, se retire, opposé à ce que Sheridan mène seul les négociations. Il crée un nouveau comité avec le soutien de Charlésia Alexis, Lilette Naïck et Lisette Talate. Lors d’une conférence de presse, le 2 juillet 1980, Charlésia Alexis, présidente d’un nouveau Comité îlois-Organisation fraternelle (CIOF), dénonce la pétition envoyée à Sheridan, déclarant que des Chagossiens l’ont signée sans savoir ce qu’ils faisaient et qu’ils ne renonceront jamais à leur droit de retour dans les îles.

La pétition est néanmoins transmise en août 1980 au conseille juridique du ministère des Finances par le cabinet Sheridan, qui souligne que le droit de retour reste un problème majeur. Le cabinet annonce qu’il poursuit son action dans l’affaire Vencatessen.

A Maurice, lors d’un débat à l’Assemblée législative, le 26 juin 1980, la majorité gouvernementale travailliste a rejeté un projet d’amendement de l’opposition MMM, qui veut inclure dans la définition du territoire mauricien l’archipel des Chagos. Le ministre des Affaires étrangères, sir Harold Walter set on ne peut plus catégorique : « (Le BIOT) fait partie du Royaume-Unie t de ses territoires d’outre-mer exactement comme la France qui possède les Dom-Tom, il fait partie du territoire britannique, on ne peut rien changer ; ceci est un fait, et un fait ne peut être nié… » Il précise que c’est avec l’accord de Maurice, que Diego Garcia a été « excisée ». Le leader de l’opposition, Anerood Jugnauth, demande à la majorité gouvernementale de soutenir néanmoins l’amendement qui est pas, plaide-t-il, une « question partisane ». En vain.

Aux lendemains de ce débat, le Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam, donne une conférence de presse où il commente la proposition du MMM ; il est tout aussi affirmatif : Maurice ne possède plus Diego Garcia : « nous avons été consultés, nous avons accepté de céder (« give away ») Diego Garcia et le gouvernement britannique a payé trois millions de livres de dédommagement… Après ce détachement, Diego Garcia est devenue une partie de e qui est appelé British Indian Ocean Territory, et la Grande-Bretagne a des droits souverains sur lui.

Sir Seewoosagur estime que « le pays se ridiculiserait aux yeux du monde » s’il voulait include Diego Garcia dans le territoire de l’Etat mauricien, « Diego Garcia ne nous appartient pas », martèle-t-il. Ce qui n’empêche pas Maurice, ajoute le Premier ministre, de revendiquer la souveraineté sur Diego Garcia parce qu’elle a des « droits moraux et éthiques sur l’île… » Le leader du PMSD, sir Gaëta Duval, estime également que Diego Garcia est un territoire britannique : « l’île Maurice avait beau ne pas être autonome quand elle a vendu Diego, le fait important reste qu’elle a gardé (sic) les quarante millions de roupes obtenues des Anglais pour la vente. En gardant ces quarante millions, même après l’indépendance, le gouvernement mauricien reconnaissait ainsi que cette vente avait bel et bien eu lieu… La transaction est ainsi reconnue et devent légale », assure-t-il.

En attendant les éventuelles négociations, les Chagossiens décident de maintenir la pression sur le plan politique. Leur première indemnité dépensée, la deuxième toujours incertaine, arrivés pour la plupart à leur sixième année d’exil, ils déclenchent une série de grève de la faim à partir du mois de septembre 1980 pour appuyer leurs demandes de dédommagement. Les femmes sont en première ligne. Le climat est tendu.

Le 13 novembre 1980, le cabinet Sheridan envoie au conseiller juridique du ministère des Finances une nouvelle mouture du document qui pourrait être proposé aux Chagossiens en vue d’un accord final ; la renonciation au droit de retour n’y figure plus. Le 16 janvier 1981, le conseiller juridique du ministère des Finances répond que la suppression de cette clause ne pase aucun problème.

Et en février 181, Sheridan revient à Maurice avec la nouvelle proposition de Londres : la somme d’un million deux cent cinquante mille livres sera payée si elle est acceptée comme paiement définitif et si les Chagossiens s’engagent à ne pas poursuivre le gouvernement britannique ; il confirme que la renonciation au droit de retour à Diego Garcia n’est plus exigée. Un comité ad hoc nommé au lendemain de la dernière grève de la faim, présidé par le secrétaire mauricien à la Défense, Bhinod Bacha, considère la proposition comme plutôt positive ».

Les Chagossiens ne lâchent aps prise poru autant. Ils déclenchent de nouvelles grèves de la faim. En mars 1981, ils sont nombreux, avec une majorité de femmes au premier rang desquelles Rita Bancoult et Lisette Talate, à manifester devant l’hôtel du gouvernement et le haut-commissariat britannique à Port-Louis. Ils réclament le paiement de trois millions de roupies représentant un reliquat de la première indemnité déjà distribuée. Ils continuent à revendiquer le droit de retourner aux Chagos, des logements et du travail. Ils veulent aussi obtenir officiellement le statut de réfugiés. « Rann nu Diego ! » (Rendez-nous Diego !) est leur cri de ralliement. Les manifestants font un sit-in devant le haut-commissariat britannique en scandant des slogans extrêmement hostiles au Premier ministre mauricien, aux Britanniques et aux Américains avant d’être refoulés jusqu’au jardin de la Compagnie. Policiers et manifestants s’affrontent rudement, échangeant des coups. La police lance des grenades lacrymogènes et arrête plusieurs manifestantes.

A son retour de voyage, en avril 1981, alors que l’état de santé des grévistes de la faim inspire des inquiétudes – c’est la grève de la faim la plus longue de l’histoire du pays : 20 jours -, le Premier ministre reçoit des représentants d’un Front national de soutien aux îlois (FNSI), dont le porte-parole est Jean Claude de l’Estrac. Après de longues discussions, un accord est conclu : le gouvernement accepte de payer les trois millions de roupies qu’exigent les Chagossiens et propose l’envoi d’une délégation mixte à Londres pour présenter leurs revendications parce que, déclare sir Seewoosagur, ‘toute la question ne concerne que le gouvernement britannique. »

L’accord prévoit que la délégation multipartite se rendra au Royaume-Uni à la première occasion. Sa composition comprend le ministre de la Sécurité sociale, Kailash Purryag (chef de la délégation), un ministre du PMSD, (l’Attorney General,  Paul Chong Leung, est finalement désigné), le député travailliste James Burty David, les députés de l’opposition Paul Bérenger et Jean Claude de l’Estrac ; Charlésia Alexis, Lilette Naïck, Elie Michel représentant le Comité îlois-Organisation fraternelle et un représentant du FNSI.  La conclusion de l’accord est annoncée aux grévistes de la faim au jardin de la Compagnie. « Amère victoire », dit Jean Claude de l’Estrac aux Chagossiens.

Le Premier ministre mauricien se rend immédiatement à Londres pour discuter avec son homologue britannique, Margaret Thatcher. Il est décidé que des négociations élargies se dérouleront en juin 1981 à Londres. En ce qui concerne la base militaire elle-même, l’agence britannique Reuter, qui rend compte de la rencontre entre les deux Premiers ministres, rapporte que les entretiens ont porté sur des « inquiétudes communes relativement à la sécurité dans l’océan Indien ».

Sir Seewoosagur navigue en effet entre deux eaux, il déclare à Maurice que « Diego Garcia est une forteresse pour la paix »,  il vote à Freetown, au Sierra Leone, pour une résolution de l’Organisation de l’unité africaine qui qualifie Diego Garcia de « menace pour la paix… »

Le secrétaire général du MMM, Paul Bérenger ne rate pas l’occasion de mettre en exergue les contradictions du gouvernement. Il réclame une offensive diplomatique d’envergure, maintenant que l’OUA a reconnu la souveraineté de Maurice sur Diego Garcia d’autant plus que l’Inde soutient aussi cette cause.

Les négociations de Londres sur le sort des Chagossiens vont pouvoir s’appuyer sur un rapport très documenté commandé par le gouvernement à Hervé Sylva, un enseignant qui a longtemps travaillé dans le milieu chagossien. Sylva dresse un sombre constat : les conditions de logement des exilés sont inhumaines – dans un cas, 31 personnes cohabitent dans trois chambres à Roche-Bois ; 21 occupent deux chambres des Dockers’ Flats, à Baie-du-Tombeau ; 14 vivent dans une pièce à la cité La Cure. Ils sont sans travail permanent, ils sont ostracisés par beaucoup de Mauriciens et ont très mal géré l’argent de la première indemnité ; plus des trois quarts d’entre eux n’ont qu’un souhait : retourner aux Chagos. Sylva souligne que le simple fait de distribuer de l’argent aux Chagossiens ne peut pas résoudre durablement leurs problèmes et plaide pour une meilleure intégration des jeunes dans la société mauricienne.

Le rapport Sylva rendu public, après un grand rassemblement des Chagossiens le 10 juin 1981, la délégation mauricienne dirigée par le ministre Purryag se rend à Londres. Ramdass est aussi du voyage.

En prévision des discussions, les Mauriciens présentent au gouvernement britannique un mémoire qui chiffre à huit millions de livres l’indemnité supplémentaire demandée. Cette réclamation est contenue dans une lettre présentée au haut-commissaire britannique à l’issue d’une assemblée générale du Comité îlois-Organisation fraternelle. Elle décrit la situation « désespérée » de la communauté chagossienne depuis qu’elle a été arrachée à sa terre natale entre 1965 et 1973. Le montant a été calculé à partir du prix d’un terrain et de la construction d’une maison de 250 mètres carrés ainsi qu’une allocation de quinze mille roupies. L’indemnité serait destinée aux 900 familles récemment recensées.

A Londres, les Chagossiens et leurs représentants reçoivent une douche froide. Les négociations butent immédiatement sur l’intransigeance des Britanniques, qui s’en tiennent à leur dernière offre : un million deux cents cinquante mille livres pour solde de tout compte. Ils l’estiment « juste et raisonnable », mais ajoutent quand même trois cent mille livres d’assistance technique. Les Chagossiens doivent en outre renoncer à tout droit Sur Diego Garcia et s’engager à ce que Vencatessen retire sa plainte. La délégation mauricienne rejette l’offre ; Bérenger et Michel sont inflexibles. Le ministre Purryag exprime également un fort mécontentement. Outre le montant du dédommagement, d’autres questions restent en suspens : la formulation des quittances exigées, le nombre et l’identité des éventuels bénéficiaires. Au bout de quatre jours de vaines discussions, la réunion est ajournée.

L’annonce de la rupture des négociations provoque un fort mécontentement chez les Chagossiens. Ils manifestent à nouveau devant le haut-commissariat britannique à Port-Louis et disent leur frustration dans une lettre déposée à la mission diplomatique . Le Premier ministre mauricien, très déçu, exprime sa colère et fustige l’attitude « malhonnête et dominatrice » des Britanniques. Le leadeer du MMM et chef de l’opposition, Anerood Jugnauth, parle de « banditisme » et de « piraterie diplomatique ». 

De guerre lasse après d’autres grèves de la faim, soutenues par la Fédération des Organisations fraternelles et le MMM, les Chagossiens acceptent en septembre 1981 de reprendre les négociations avec Londres. Une réunion des représentants des différents comités de défense des Chagossiens est convoquée. Il est convenu à l’unanimité de présenter de nouvelles propositions au haut-commissaire britannique. Le Comité îlois-Organisation fraternelle se déclare disposé à ramener ses exigences de huit à six millions de livres pour faciliter la reprise des négociations. Une faction hostile aux frères Michel est même prête à négocier puor trois millions cent mille livres qui seraient distribuées à un plus petit nombre de Chagossiens.

Quelques jours plus tôt, un premier groupe de travailleurs mauriciens sont allés à Diego Garcia participer à la construction d’un bloc d’appartements pour les militaires de la nouvelle base…

Sentant bien la fatigue des Chagossiens et leur volonté d’arriver à tout prix à un accommodement, les Britanniques font un geste. En mars 1982, arrive à Maurice une délégation dirigée par sir Leonard Allinson, sous-secrétaire adjoint au Foreign and Commonwealth Office. Elle négocie avec une délégation menée par le ministre de la Sécurité sociale, Kailash Purryag, composée de l’Attorney General, Paul Chong Leung, et d’autres fonctionnaires. Paul Bérenger, Bhinod Bacha, et des représentants des Chagossiens, Elie Michel, Charlésia Alexis, Lilette Naïck, Kishore Mundil et Christian Ramdass participent aux discussions. Deux conseillers juridiques britanniques, Stephen Grosz et John MacDonald, QC, partiellement payés par le gouvernement mauricien, viennent soutenir le CIOF.

A l’ouverture des négociations, le 22 mars 1982, la délégation britannique propose deux millions deux cent cinquante mille livres, le double du chiffre initial. Les représentants des Chagossiens refusent l’offre, qu’ils jugent toujours insuffisante. Au cours d’une réunion entre le Premier ministre mauricien et sir Leonard, avant l’ouverture officielle des discussions, sir Seewoosagur avait proposé une contribution d’un million de livres sous la forme de terrains à bâtir, à condition que le Royaume-Uni ajoute un million supplémentaire. C’est ce que font les Britanniques,  qui proposent rapidement quatre millions de livres. Cette fois, les Chagossiens acceptent. Ils n’en peuvent plus.

Ils sont prêts à signer un accord qui prévoit que l’indemnité sera payée pour « tout ce qui est lié à l’ordonnance de 1965 créant le BIOT, y compris la fermeture des plantations sur l’archipel des Chagos, le départ ou l’expulsion de ceux qui y vivaient ou y travaillaient, leur licenciement, leur transport et leur réinstallation à Maurice ainsi que l’interdiction de retourner aux Chagos ». Après d’âpres discussions auxquelles participent Bérenger et Mundil, il est convenu que si les Chagossiens ne peuvent plus engager de poursuites du fait de la création du BIOT, cela n’engage pas l’Etat mauricien.

Le projet d’accord est visé par les conseillers juridiques du gouvernement mauricien, qui considèrent qu’il ne met pas en péril les revendications mauriciennes de souveraineté. Il est paraphé le 27 mars 1982 après d’ultimes négociations auxquelles participe la délégation multipartite. Le ministre mauricien de la Sécurité sociale, qui avait dirigé la délégation à Londres, parle de « jour joyeux et historique » pour les Chagossiens.

L’accord prévoit la création d’un Trust Fund chargé de gérer le capital de quatre millions de livres et d’éventuels intérêts « pour assurer le bien-être économique et social des îlois ». Une clause de l’accord envisage de réserver 250 000 livres pour dédommager le Royaume-Uni au cas où de nouvelles  plaintes seraient déposées contre lui. Si la somme prévue se révèle insuffisante, le gouvernement mauricien s’engage à payer la différence.

Quelques mois plus tard, le 11 juin 1982, le MMM remporte une nette victoire aux élections générales. L’accord portant sur la nouvelle indemnisation est signé le 8 juillet 1982 par Jean Claude de l’Estrac, qui vient d’être nommé ministre des Affaires étrangères, et le haut-commissaire britannique, James Allen. Lors de la cérémonie de signature, à l’hôtel du gouvernement, le ministre rend hommage à Sylvio et Elie Michel de l’Organisation fraternelle, qui ont beaucoup soutenu les Chagossiens. « La saga de nos frères et sœurs îlois depuis leur déplacement de l’archipel des Chagos, en 1965, sera écrite en lettres d’or dans l’histoire d’un peuple qui, malgré de très grandes souffrances et un traitement humiliant, n’a jamais accepté de courber l’échine et a toujours gardé la tête haute dans sa lutte pour la justice. Pour le monde, la communauté îloise est l’exemple vivant d’une peuple héroïque qui est resté stoïque face à l’adversité, et ferme dans ses revendications légitimes d’un traitement humain… », déclare Jean Claude de l’Estrac.

Mais des divergences apparaissent rapidement au sein de la communauté chagossienne. Les discussions s’éternisent au sujet des critères choisis pour identifier les bénéficiaires de l’indemnisation. Le programme de logement promis est lent à se mettre en place, même si le conseil d’administration du Trust Fund trouve des terrains appartenant à l’Etat à Pointe-aux-Sables et à Roche-Bois, et les Chagossiens finissent par exiger le montant total de leur indemnité en espèces. Le président du Trust Fund, le père Jocelyn Patient, se désole de ne pouvoir proposer un plan de réinsertion à long terme. Mais, dit-il, « les îlois ont des affaires plus urgentes que le long terme auxquelles penser. »

Ils sont surendettés, ils veulent améliorer immédiatement les misérables logements dans lesquels ils vivent. Le Trust Fund décide alors en 1983 de distribuer tout l’argent : environ un millier d’adultes reçoivent près de 45 000 roupies (2 700 livres) et 250 enfants une moyenne de 8 000 roupies chacun.

A la suite de cet accord, un certain nombre de leaders chagossiens, en particulier Aurélie et Charlésia Alexis, qui avaient participé à la grève de la faim, décident de créer la première organisation de soutien essentiellement chagossienne, le Chagos Refugees Group (CRG). Avec Rita Bancoult, ses fondateurs sollicitent la participation d’Olivier, son dernier fils, né à Peros Banhos. Olivier Bancoult est l’un des rares réfugiés à avoir été scolarisé. A dix-huit ans, il s’engage.

Un groupe concurrent émerge aussitôt, le Comité social des Chagossiens (CSC). Fondé par Fernand Mandarin et l’avocat mauricien Hervé Lassémillante, ce groupe s’oppose vivement à la démarche du CRG. Les divergences vont s’accentuer au fil des années. Bancoult est par la suite accusé par Lassémillante de parler « en tant que Britannique », de déclarer que tous les Chagossiens le sont, que les Chagos sont un territoire britannique et qu’il réclame le droit de retour en tant que citoyen du Royaume Uni…

Pour voir plus clair dans l’affaire, le nouveau gouvernement mauricien issu des élections législatives de juin 1982 approuve une motion du Premier ministre, Anerood Jugnauth, qui propose la nomination d’une commission parlementaire pour enquêter sur les circonstances qui ont mené au détachement de l’archipel des Chagos et « la nature exacte des transactions qui se sont déroulées… »

Et auparavant, l’Assemblée nationale unanime, a approuvé un amendement de la Constitution qui a redéfini l’Etat mauricien en y incluant l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia. Présentant le projet de loi à l’Assemblée législatives, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, alors Attorney-General, déclare : l’archipel des Chagos est un territoire mauricien et afin d’affirmer notre souveraineté sur cet archipel, il est impératif qu’il soit expressément inclus dans la définition de Maurice… » Le nouveau Premier ministre, Anerood Jugnauth, le ministre des Finances, Paul Bérenger et d’autres intervenants soulignent la portée « historique » de l’événement.

Alors que Maurice affirme sa souveraineté sur Diego Garcia et les îles de l’archipel des Chagos, les Chagossiens, en particulier, le Chagos Refugees Group de Bancoult, ont choisi de mener leur combat en se prévalant de leur nationalité britannique. Dans un premier temps, c’est devant les cours de justice du Royaume-Uni qu’ils se battent pour obtenir le droit de retour sur leur terre natale.

L’an prochain à Diego Garcia, les Chagossiens y croient encore…

(À suivre…)

NdlR : l’express publiera régulièrement un extrait du livre de Jean Claude de l’Estrac, L’an prochain à Diego Garcia, dans une démarche de vulgarisation des faits historiques.

A lire aussi : Retour sur l’histoire: 1983, victoire diplomatique mauricienne à New Delhi

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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